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Rencontres régionales et européennes du microcrédit

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir dans notre succursale de Paris La Défense pour ces Rencontres du microcrédit. Ces Rencontres ont un caractère novateur par leur double dimension, régionale et européenne. Une dimension régionale, car cette année, la Banque de France organise des Rencontres du microcrédit dans toutes les régions, et il s’agit aujourd’hui des Rencontres de l’Ile-de-France, les septièmes du genre avec cette semaine aussi la Nouvelle-Aquitaine et PACA. Une dimension européenne également, car nous nous associons à la 3ème journée européenne de la microfinance du Réseau Européen de Microfinance (REM). Comme souvent dans la réalisation de ses missions, la Banque de France a à la fois les pieds sur le terrain et la tête en Europe.

Nous avons également organisé cette journée en liaison avec l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), un acteur central de la microfinance en France, dont je salue chaleureusement la Présidente-Fondatrice Maria Nowak. Je salue également Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de France et Président du COSEF (Comité d’orientation et de suivi de l’emploi des fonds du Fonds de cohésion sociale de la Caisse des dépôts), ainsi que Dominique de Crayencour, Directeur Général honoraire de la Banque européenne d’investissement (BEI) et Vice-Président du REM, que je remercie pour leur présence aujourd’hui. Plus largement, je souhaite remercier tous les intervenants de cette matinée car ils sont nombreux à être là, et en particulier nos intervenants européens. En introduction de vos débats, je vais dans un premier temps souligner notre engagement global en faveur des personnes en situation de fragilité financière, avant de vous détailler notre action pour promouvoir le microcrédit.

 

1. La Banque de France est fortement engagée en faveur des personnes en situation de fragilité financière.

La Banque de France est sans doute vue d’abord comme une grande institution régalienne, gardienne de notre monnaie – l’euro – et ancrée dans ses 217 ans d’histoire. Mais elle est tout autant un service public, présent quotidiennement auprès des Français et notamment des plus défavorisés d’entre eux : nous le revendiquons.

Dans le cadre des services à l’économie – une de ses trois grandes missions aux côtés de la stratégie monétaire et de la stabilité financière –, la Banque de France est pleinement engagée en faveur de l’inclusion des personnes en situation de fragilité financière. De cela, je veux vous donner trois exemples. Je préside l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB) dont le rapport pour l’année 2016 montre que des progrès restent à accomplir en la matière. On estime ainsi qu’au moins  2,4 millions de clients bancaires sont en situation de fragilité financière et que parmi ceux-ci, environ 10 % seulement, soit 250 000, ont effectivement accès à l’offre spécifique prévue pour ces clients par la loi bancaire de 2013 : je l’ai dit il y a quelques mois, c’est un début. Je le redis avec plus de force aujourd’hui : il n’est pas question que les établissements bancaires en restent là. La Banque de France œuvre également en faveur de la prévention et du traitement des situations de surendettement, dont le nombre diminue : nous avons eu 194 000 saisines des commissions de surendettement en 2016, soit une baisse de 11 % par rapport à 2015, qui devrait se poursuivre en 2017 (- 7 % sur les 9 premiers mois de l’année par rapport à 2016). Voilà une très bonne nouvelle dans la lutte contre l’exclusion, et qui n’est peut-être pas assez connue. Nous allons par ailleurs réduire les délais de solution de plusieurs mois pour plusieurs dizaines de milliers de familles, grâce à deux mesures de simplifications qui vont entrer en vigueur début 2018. De plus, en tant qu’opérateur de la stratégie nationale d’éducation économique et financière des publics, la Banque de France a mis en ligne en janvier 2017 un portail pédagogique, « Mes Questions d’Argent » : 300 000 pages ont été consultées depuis son ouverture. Elle travaille avec 12 000 intervenants sociaux, chaque année.

 

2. Le microcrédit est pour nous un champ plus nouveau, mais dès lors cohérent.

C’est dans ce même esprit que la Banque de France s’est résolument engagée à favoriser le microcrédit, en raison de l’importance de ce type de financement comme facteur d’inclusion sociale et économique. C’est ainsi l’une des onze actions prioritaires de notre stratégie RSE. Notre objectif – très ambitieux, d’autant qu’il ne dépend pas que de nous – est que l’encours de microcrédits atteigne 2 milliards d’euros fin 2020, soit une progression de 40 % en 4 ans. Ce serait la prolongation du rythme soutenu dont  témoignent les statistiques de la Banque de France : les encours de microcrédit – personnel et professionnel – ont progressé de 32 % en trois ans pour atteindre près de 1,4 milliards d’euros fin 2016. Le microcrédit bénéficie à des personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire usuel pour mener à bien leurs projets. Ainsi, une très large majorité des encours de microcrédit (86 %) est constituée de microcrédits professionnels qui contribuent essentiellement à la création ou à la reprise de très petites entreprises (TPE). L’expérience des acteurs du microcrédit montre que ces entreprises ont des taux de pérennité souvent supérieurs à la moyenne nationale et contribuent elles-mêmes à créer des emplois. Et avec un montant moyen de 2 550 euros, le microcrédit personnel bénéficie, quant à lui, à des personnes en situation de précarité, puisque près de la moitié des bénéficiaires (46,2 %) sont sans emploi et vivent de minimas sociaux. Il leur permet surtout d’accéder à l’emploi ou de mener des projets de mobilité.

Comment pouvons-nous ici aider ? Il ne s’agit pas, à la différence des missions que j’évoquais précédemment, d’intervenir directement ; mais nous voulons être en appui des acteurs du microcrédit – et notamment des associations : faciliter, inciter, faire connaître.

  • Au niveau national, il y a notre action statistique. Elle permet de mesurer, quantitativement et qualitativement, la fragilité financière et l’effectivité des mesures qui doivent être déployées pour la réduire. C’est un outil indispensable, qui éclaire l’action de tous les acteurs de l’inclusion bancaire : pouvoirs publics, banques, associations. Comme le législateur l’a demandé, l’Observatoire de l’inclusion bancaire l’utilise aussi, et va l’utiliser de plus en plus, pour déterminer des axes précis de progrès.
  • De plus, nous avons créé deux prix Banque de France : le Prix du microcrédit personnel et le Prix du microcrédit professionnel. Ces prix sont destinés à récompenser des parcours individuels particulièrement emblématiques du rôle du microcrédit accompagné dans la lutte contre les exclusions. En octobre 2016, nous avons ainsi récompensé Mme Roda Abdo Ahmed, qui a pu accéder à une formation professionnelle dans la région d’Amiens grâce à l’acquisition d’un véhicule financé par un microcrédit, et M. Folly Lakoussan, qui a développé à Annecy une microentreprise créatrice d’emploi dans le secteur médico-social. Je vous donne rendez-vous au deuxième trimestre 2018 pour la remise des prochains Prix du microcrédit.
  • Par ailleurs, dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale d’éducation économique et financière des publics, nous menons des actions pour sensibiliser les prescripteurs potentiels de microcrédit, notamment les travailleurs sociaux. Plus largement, le portail « Mes Questions d’Argent » permet d’informer les bénéficiaires potentiels de microcrédit de l’existence et de l’utilité de ce type de financement.
  • Au niveau local, nos correspondants TPE, présents dans chaque département depuis septembre 2016, qui ont pour mission d’accompagner les dirigeants de TPE dans leurs démarches, peuvent orienter les microentreprises qui n’accèdent pas à des financements classiques vers des interlocuteurs adaptés, comme les associations de microfinance. Ce fut le cas pour 145 des 2055 TPE accompagnées depuis la mise en place de ce dispositif. En outre, nous incitons les commissions de surendettement à autoriser les demandes de souscriptions de microcrédits qui leur sont soumises, notamment lorsque les projets concernés permettent d’améliorer l’insertion professionnelle et la situation budgétaire des bénéficiaires. 
  • Enfin, nous avons donc lancé cette année les Rencontres régionales du microcrédit qui associent les acteurs publics, bancaires et associatifs du secteur.

 

Vous aurez peut-être d’autres idées aujourd’hui de ce que la Banque de France peut faire. N’hésitez pas à le dire : je ne vous promets pas que nous vous suivrons sur tout, mais nous regarderons sérieusement. Et nous voyons déjà un beau symbole dans le fait que la Banque de France accueille aujourd’hui la diversité des acteurs que vous êtes. Merci à chacun de votre engagement, et je vous souhaite à tous une excellente matinée.

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DiscoursFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
Rencontres régionales et européennes du microcrédit
  • Publié le 20/10/2017
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