Pourquoi s’intéresser à la consommation aux Etats-Unis ?
La consommation des ménages, qui représente près de 70 % du PIB américain, constitue donc un moteur essentiel de la croissance mondiale. Sa dynamique a des implications au delà des États Unis, notamment pour la demande adressée à l’Europe, et donc indirectement pour l’orientation de la politique monétaire en zone euro.
Or, l’environnement macroéconomique en 2025 a été marqué par plusieurs facteurs qui auraient dû peser sur le consommateur américain : une hausse historique du protectionnisme (Berthou et al 2025), d’importantes incertitudes autour des politiques économiques de l’administration Trump et une inflation élevée. En dépit de ces éléments, la consommation a crû de +2,1% en 2025. Cette situation repose t elle sur des fondamentaux robustes ou sur des mécanismes plus fragiles, liés notamment aux valorisations financières ?
Pour répondre à ces questions, il apparait nécessaire d’analyser les déterminants de la consommation des ménages US. Les revenus du travail et les transferts (prestations sociales) sont les principaux déterminants, qui ont pu jouer un rôle important dans le dynamisme de la croissance de la consommation aux US, en particulier après la crise Covid, avec la reprise de l’activité et le soutien public. Au-delà des revenus, le faible chômage, la stabilité du crédit et l’épargne accumulée pendant la période Covid ont pu amortir la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation. Cependant, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer la résilience observée.
En parallèle, la période récente se caractérise par une hausse exceptionnelle des prix des actifs financiers : entre début 2023 et fin 2025, l’indice S&P 500 a progressé d’environ 80 % (cf. Graphique 1). Cette dynamique a fortement accru la richesse nette des ménages, en particulier pour ceux qui détiennent une part significative de leur patrimoine sous forme d’actions, directement ou via des fonds de pension. Cette hausse de la richesse financière a soutenu la consommation via plusieurs canaux. D’une part, elle accroît les ressources perçues comme durables par les ménages, même si elles ne sont pas disponibles directement, ce qui les incite à consommer davantage. D’autre part, elle améliore leur accès au crédit (à travers une meilleure solvabilité) et réduit le besoin d’épargne de précaution. Ainsi, la consommation récente ne peut être comprise sans tenir compte de cette interaction étroite entre les marchés financiers et l’économie réelle.
Graphique 1 : Valorisation du S&P 500