Au sein de la population des surendettés, le niveau d’endettement doit cependant s’apprécier au regard de la capacité de remboursement, calculée comme la différence entre les ressources nettes et le budget restant après paiement du loyer, des charges locatives et des dépenses nécessaires à la subsistance du foyer. En l’absence d’enfant, la proportion d’hommes et de femmes seuls étant en incapacité de rembourser leurs dettes est équivalente (environ la moitié). En revanche, chez les familles monoparentales, les femmes sont plus nombreuses à avoir une capacité de remboursement négative (61 %, 4 points d’écart avec les hommes) en raison de ressources plus faibles. Moins de la moitié des ressources de ces dernières sont composées de revenus d’activité (46 % contre 60 % pour les hommes), les prestations familiales et les minima sociaux étant plus importants.
Les entrepreneuses individuelles sont plus endettées que les autres femmes en surendettement
Depuis l’entrée en vigueur de la loi en faveur de l’activité professionnelle indépendante (API) en 2022, les entrepreneurs individuels (EI) peuvent désormais bénéficier de la procédure de surendettement pour apurer les dettes relevant de leur patrimoine personnel (cf. traitement de l'endettement de l'EI). En 2025, 1 103 dossiers de surendettement ont été déposés par des EI, en hausse marquée par rapport aux années précédentes (+ 44 % par rapport à 2024). Les entrepreneuses individuelles représentent 45 % des dossiers, ce qui est largement supérieur à la proportion des femmes dirigeantes en France (25 % en 2023 comme détaillé dans un autre billet de ce blog). En excluant les surendettés EI vivant en couple (39,6 %, cf. graphique 1), hommes et femmes EI seuls, avec ou sans enfants, sont presque à parité (autour de 30 %).
Ce qui distingue le plus fortement les EI surendettés est l’ampleur de leur endettement médian, qui double presque celui des autres surendettés. La proportion des EI en incapacité de rembourser leurs dettes est également supérieure, et encore plus forte pour les hommes que pour les femmes. Par ailleurs, l’endettement des EI est largement dominé par les dettes immobilières, ce qui renvoie à la difficulté de dissocier les patrimoines personnel et professionnel.
À composition familiale identique, les dettes immobilières pèsent relativement plus dans l’endettement total chez les femmes que chez les hommes EI (cf. graphique 3b). À l’inverse, la part de leurs dettes diverses (regroupant celles non liés à immobilier, charges courantes et consommation, et incluant les dettes professionnelles) est inférieure à celle observée chez les hommes EI, mais demeure plus élevée que chez les autres personnes surendettées.
Les écarts observés entre femmes et hommes doivent être interprétés avec prudence. Le genre reflète en effet des différences de situation familiale, de patrimoine, d’activité et de revenu (e.g. les femmes participent moins au marché du travail et plus souvent à temps partiel, cf. INSEE, 2022 et UNECE, 2025). Une analyse intégrant d’autres variables socio‑économiques (telles qu’âge, catégorie socio-professionnelle ou secteur d’activité) et tenant compte des interactions entre multiples dimensions est en conséquence nécessaire pour appréhender de manière plus complète ces écarts. Cet approfondissement -à paraître- est conforme aux recommandations formulées notamment par la Commission européenne (2022) et s’insère dans la continuité d’études économétriques sur le surendettement menées en France ainsi qu’à l’étranger.