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Point de conjoncture

Point sur la conjoncture française à fin avril 2020

 

 

Sur la base de notre enquête mensuelle de conjoncture (EMC) de mars, nous avions le 8 avril dernier présenté une estimation de la perte d’activité par secteur et au niveau agrégé (en termes de PIB) à fin mars, c’est-à-dire durant la première quinzaine de confinement.
 

L’EMC d’avril (menée entre le 28 avril et le 6 mai) nous permet d’actualiser cette photographie à fin avril. Selon les chefs d’entreprise interrogés, les pertes d’activité dans l’industrie et dans le bâtiment auraient été un peu moins importantes en avril que durant les premières semaines de confinement fin mars. Dans les services marchands, on observe une dichotomie entre ceux tournés vers les entreprises, qui demeurent moins affectés (à l’exception de l’intérim), et ceux davantage tournés vers les ménages, dont la perte d’activité reste quasiment aussi forte que fin mars. Au total, alors qu’il y a un mois nous avions estimé à environ – 32 % la perte de PIB sur une semaine-type de confinement en mars, notre nouvelle estimation pour une semaine-type de confinement en avril se situe autour de – 27 %. Il s’agit bien sûr d’ordres de grandeur entachés d’une large marge d’incertitude, mais qui suggèrent néanmoins de moindres pertes de PIB en avril.

S’agissant des perspectives pour le mois de mai et le début de sortie du confinement, les chefs d’entreprise interrogés s’attendent dans la plupart des secteurs (à l’exception de la restauration et de l’hébergement) à un redémarrage partiel de leur activité. Compte tenu néanmoins des fortes incertitudes sur les modalités et la vitesse de sortie du confinement, nous ne publions pas ce mois-ci une prévision d’évolution du PIB pour le trimestre en cours, contrairement à notre pratique habituelle.

Dans le cadre des scénarios établis par l’Eurosystème pour l’ensemble de la zone euro, nous publierons durant la semaine du 8 juin des projections macroéconomiques relatives à la France couvrant la période 2020-2022, ainsi que notre prochaine enquête mensuelle de conjoncture.

 

1. Selon l’enquête mensuelle de conjoncture, les pertes d’activité restent importantes en avril, mais de moindre ampleur que fin mars à l’exception de certains secteurs comme les services aux ménages

 

L’enquête mensuelle de conjoncture a été menée du 28 avril au 6 mai auprès d’un échantillon de 8 500 entreprises ou établissements.

 

1.1 En avril, la baisse de l’activité par rapport à l’ensemble du mois de mars

concerne de nouveau tous les secteurs, compte tenu cependant d’une durée de confinement plus longue

Avec un mois plein de confinement en avril (à comparer à un demi-mois en mars), l’activité économique a atteint un niveau particulièrement bas.

Les entreprises se sont toutefois adaptées et ont peu à peu mis en place différentes mesures de protection sanitaire des salariés. Ceci a permis de limiter les fermetures de sites et de redémarrer la production, à un rythme néanmoins très inférieur à la normale et inégal selon les secteurs.

 

Dans l’industrie, la baisse de la production est à nouveau forte dans la plupart des sous-secteurs, mais de moindre ampleur qu’en mars si l’on tient compte du fait que l’ensemble du mois a été sous confinement.

Le nombre de jours de fermeture exceptionnelle est ainsi de 5 jours en moyenne, comme en mars. Ce nombre est toutefois à comparer à une durée totale de confinement de 21 jours en avril contre 10,5 jours en mars (dans les deux cas hors week-ends et jours fériés), soit en moyenne dans l’industrie un taux d’ouverture des sites de production voisin de 75 % (contre environ 50 % fin mars).

Le nombre de jours de fermeture varie néanmoins de 1 jour dans l’industrie pharmaceutique à 11 jours dans le matériel de transport. Les secteurs industriels qui montrent le plus grand nombre de jours de fermeture exceptionnelle sont le plus souvent ceux qui affichent aussi dans l’enquête les soldes d’opinion relatifs à l’évolution de l’activité (par rapport au mois précédent) les plus dégradés et les taux d’utilisation des capacités de production les plus bas.

Pour le deuxième mois consécutif, l’activité se replie dans tous les secteurs industriels ; ce repli est dans l’ensemble moins marqué qu’au mois de mars, si l’on tient compte du fait que la durée du confinement y a été deux fois plus longue 1. Mais il reste très important dans l’industrie automobile, la plasturgie, les fabrications d’équipement, la métallurgie.

 

Note de lecture : À partir des réponses des chefs d’entreprise sur une échelle à 7 graduations, on calcule un solde d’opinion qui exprime la différence entre la proportion d‘entreprises estimant qu‘il y a eu progression et celles qui jugent qu‘il y a eu détérioration. Les soldes d’opinion agrégés se situent ainsi entre les deux bornes + 200 et – 200.

 

Pour l’ensemble de l’industrie, le taux d’utilisation des capacités de production est passé de 77 % en février à 56 % en mars, et 46 % en avril soit le plus bas niveau jamais enregistré dans cette enquête.

Les services marchands enregistrent une nouvelle baisse d’activité très marquée, avec néanmoins une nette dichotomie entre les services tournés vers les entreprises (à l’exception de l’intérim) et ceux tournés vers les ménages.

Le nombre de jours de fermeture exceptionnelle en avril est de 9 jours en moyenne, après 6 jours en mars, avec des écarts très importants, de 1 jour dans l’informatique à 24 jours dans l’hébergement restauration.

Dans les services aussi, les secteurs avec le plus grand nombre de jours de fermeture exceptionnelle sont ceux pour lesquels les soldes d’opinion relatifs à l’évolution de l’activité (par rapport au mois précédent) se sont le plus dégradés.

Le secteur de l’hébergement et la restauration est pour le deuxième mois particulièrement touché et la chute dans le travail temporaire est encore plus importante au mois d’avril, en lien avec la forte baisse d’activité enregistrée dans les secteurs employant beaucoup d’intérimaires (automobile notamment).

Les services aux entreprises (à l’exception de l’intérim) restent relativement moins affectés que les services en lien avec le public, tels que l’hébergement-restauration, les plus directement et durablement touchés par les mesures de confinement.

Note de lecture : À partir des réponses des chefs d’entreprise sur une échelle à 7 graduations, on calcule un solde d’opinion qui exprime la différence entre la proportion d‘entreprises estimant qu‘il y a eu progression et celles qui jugent qu‘il y a eu détérioration. Les soldes d’opinion agrégés se situent ainsi entre les deux bornes + 200 et – 200.

De façon concomitante, les services ayant le mieux résisté sont ceux qui ont pu mettre en place le télétravail de façon massive. Dans les services, 39 % des chefs d’entreprise interrogés déclarent avoir eu recours au télétravail, contre 16 % dans l’industrie et 14 % dans le bâtiment. Trois secteurs des services utilisent le télétravail à plus de 70 % : l’édition, l’informatique et les activités juridiques et comptables.

L’activité du bâtiment se dégrade à nouveau au mois d’avril mais avec une ampleur moins marquée qu’en mars.

1.2En matière de trésorerie, la situation se détériore encore dans les services et reste dégradée dans l’industrie

Dans les services, les entreprises jugent que leur situation de trésorerie s’est encore détériorée en avril. Dans l’industrie, la situation de trésorerie reste dégradée mais de façon à peu près inchangée par rapport à mars.

Sur le segment de notre enquête, avec un échantillon essentiellement composé de PME et Entreprises de Taille Intermédiaire, près de la moitié des entreprises interrogées déclarent avoir demandé un PGE et 10 % des entreprises envisagent une demande au cours des prochaines semaines.

Dans l’hébergement-restauration, près de 60 % des entreprises interrogées déclarent avoir demandé un PGE.

Dans le secteur des transports, la part des entreprises exprimant une intention de demander un PGE au cours des prochaines semaines est particulièrement importante (20 %).

 

1.3 Pour le mois de mai et l’après confinement, les entreprises anticipent un début de reprise de l’activité, à l’exception de l’hébergement et de la restauration

La reprise de l’activité attendue en mai (par rapport au mois précédent) est d’ampleur significative mais serait loin d’effacer les baisses des deux mois précédents.

Les chefs d’entreprise ont été en outre interrogés de façon spécifique sur leurs perspective d’activité pour l’après 11 mai : il leur a été demandé d’estimer leur niveau d’activité par rapport à un niveau jugé normal. Dans la plupart des secteurs, ils anticipent une reprise de l’activité, plus marquée dans l’industrie et le bâtiment, sans que l’activité ne revienne toutefois à un niveau habituel. Dans l’ensemble, les secteurs parmi les plus sinistrés durant le confinement (comme l’industrie automobile ou la réparation d’automobiles) seraient ceux qui se redresseraient le plus, tout en restant à niveaux d’activité encore très loin de la normale. Mais certaines activités resteraient quasiment à l’arrêt, comme l’hébergement et la restauration.

Jugement des entreprises sur leur niveau d’activité en avril et fin mai (en pourcentage du niveau jugé « normal »)

2.Les informations sectorielles de l’enquête permettent d’évaluer la perte d’activité à un peu plus d’un quart pour une semaine-type de confinement en avril, a comparer à près d’un tiers durant la deuxième quinzaine de mars
 

Lors de notre précédente publication du 8 avril à partir de l’EMC de mars, nous avions évalué la perte d’activité sur une semaine-type de confinement en mars à environ − 32 % dans l’ensemble de l’économie. Cette estimation était du même ordre de grandeur que celles précédemment établies par l’INSEE et l’OFCE. Compte tenu d’une quinzaine de confinement en mars, nous en avions déduit une estimation de la variation trimestrielle du PIB au 1er trimestre autour de − 6 %. La publication des premiers résultats du PIB au 1er trimestre par l’Insee évalue la chute du PIB à – 5,8 %. Ces résultats confortent le diagnostic d’ensemble ainsi que la décomposition des chocs sectoriels avec, à fin mars, une baisse presque deux fois plus forte dans la construction que dans l’industrie ou les services marchands, alors que l’agriculture et les services non marchands sont restés relativement épargnés.

Comme expliqué ci-dessus, notre dernière enquête suggère de moindres pertes d’activité en avril par rapport aux semaines de confinement de mars. En effet, le nombre de jours de fermeture exceptionnelle en avril est resté stable dans l’industrie et n’a que faiblement augmenté dans les services marchands (cf. Graphique « Nombre moyen de jours de fermeture exceptionnelle dans l’industrie », « Nombre moyen de jours de fermeture exceptionnelle dans les services ») alors que le nombre de semaines de confinement a doublé en avril par rapport à mars. Ceci confirme qu’un grand nombre d’entreprises ont pu intégrer les mesures sanitaires dans leur mode de fonctionnement et reprendre leur activité. Toutefois cette reprise a pu n’être que partielle si les mesures sanitaires et la distanciation ne permettent pas le même niveau d’activité par jours ouvré que la normale.

Le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie s’était établi à 56 % en moyenne sur mars après 77 % en février, ce qui représente un taux d’utilisation d’environ 35 % sur la dernière quinzaine de mars. Il remonte à 46 % en moyenne en avril, témoignant là aussi d’une reprise de l’activité industrielle par rapport à la fin mars. Les soldes de l’enquête, qui mesurent la variation mensuelle de l’activité, se sont eux aussi améliorés et affichent des valeurs moins négatives en avril par rapport à mars. Avec une durée de confinement environ deux fois plus longue en avril qu’en mars, cela suggère là encore un niveau d’activité moins dégradé en avril que pendant la deuxième quinzaine de mars. C’est surtout le cas dans l’industrie où le solde d’évolution des livraisons se redresse à – 70 après – 95 en mars. Dans les services, l’amélioration est plus modeste, le solde d’activité passant à – 99 en avril après – 116 en mars.

L’utilisation de ces informations au niveau de désagrégation le plus fin possible nous permet d’actualiser notre estimation de perte d’activité pour une semaine type de confinement. Cette perte est estimée pour le mois d’avril à environ – 27 % après – 32 % pour la quinzaine de confinement de mars. L’amélioration est concentrée dans les secteurs de l’industrie manufacturière hors agro-alimentaire, cokéfaction raffinage (– 37 %, après – 48 %) et des services marchands (– 27 %, après – 37 %). La perte d’activité dans la construction resterait néanmoins très importante, de l’ordre de – 75 %.

Si l’on regroupe les secteurs les plus exposés aux mesures de confinement, soit l’industrie manufacturière hors agro-alimentaire, la construction, et les services marchands non financiers et non immobiliers (qui représentent ensemble 55 % du PIB), la perte d’activité représente environ 40 % du niveau normal (contre la moitié dans notre estimation de début avril pour la deuxième quinzaine de mars).

Cette reprise de l’activité en avril par rapport à fin mars est par ailleurs corroborée par d’autres sources de données à haute fréquence comme la consommation d’électricité ajustée des températures, les paiements par carte bleue et les retraits de billets auprès des DAB. Ces données, collectées au cours du mois d’avril, ont signalé un début de reprise partielle de la consommation et de la production.

Cette nouvelle évaluation de la perte d’activité signale une tendance à l’amélioration par rapport à notre précédente estimation relative à mars, ainsi que par rapport à la dernière estimation de l’INSEE (à – 33 % le 7 mai). Ceci peut s’expliquer par le fait que l’enquête sur laquelle s’appuie notre estimation a été menée fin avril-début mai, soit vers la fin de la période de confinement. Il convient toutefois d’interpréter ces écarts avec prudence, compte tenu des marges d’incertitudes inhabituellement larges qui entourent toutes ces estimations.

Mis à jour le : 12/05/2020 09:52