Liste actualité
InterventionInterview

« Chaque quinzaine de confinement nous coûte environ -1,5% de PIB annuel »

BFM BUSINESS
GOOD MORNING BUSINESS – Le 15/04/2020 
Invité : François VILLEROY DE GALHAU, gouverneur de la BANQUE DE FRANCE
 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                   Je suis avec le gouverneur de LA BANQUE DE FRANCE, François VILLEROY DE GALHAU, bonjour Monsieur le gouverneur. Merci d’être avec nous ce matin. 
 

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                   Bonjour Christophe JAKUBYSZYN !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                  Avec des chiffres qui viennent de tomber à l’instant que vous venez de publier sur le commerce de détail en mars pour la France. Ce n’est pas des chiffres très réjouissants encore une fois, 24% de baisse sur l’ensemble du mois de mars, moins 32% pour le petit commerce, moins 43% pour la vente de produits industriels. C’est … encore une fois, les Coups de semonce se multiplient.

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                   Oui, ils sont convergents sur le diagnostic que nous avions déjà publié la semaine dernière d’une économie française qui perd un tiers de son activité par rapport à la normale. Peut-être deux commentaires supplémentaires à propos du commerce. Le premier, c'est qu'il y a une grande différence entre le commerce de produits alimentaires qui est à peu près inchangé et le commerce de produits industriels, vous le disiez, à moins 43%.  Donc ceci montre l'importance, dès que ça sera possible, de rouvrir des commerces non alimentaires pour l'activité. Et l'autre commentaire que je ferai peut-être, c'est à propos de chiffres sur les paiements par carte des Français. Alors, les paiements par carte ne sont qu'une partie de la consommation des Français mais là aussi, il y a une forte baisse avec quand même une tendance à l'atténuation de la baisse. Nous suivons ça semaine par semaine, on était à moins 50% dans la première semaine du confinement en montants et on est la semaine dernière juste à moins 37%  notamment parce que la vente à distance a retrouvé son niveau habituel mais une économie française qui, comme toutes les économies mondiales aujourd'hui, est bien sûr très sévèrement frappée. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                  Ça veut dire que les Français, s'ils ne payent plus par carte, ils ne payent déjà plus par espèces, forcément consomment moins quand même en ce moment.

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                  Oui, oui, les Français consomment moins. On estime là aussi un tiers en moins, on retrouve toujours ce tiers de perte, due au confinement. Si je traduis ça d'ailleurs en termes de chiffre de croissance, c'est l'estimation qu’a faite la BANQUE DE FRANCE : chaque quinzaine de confinement nous coûte à peu près 1,5% de perte de PIB annuel et presque autant en déficit supplémentaire  et donc ceci donne sur 8 semaines de confinement qui sont maintenant la période prévisionnelle depuis l'annonce du président de la République, ceci devrait donner une baisse du PIB pour la France d'environ 7 à 8% sur l'année. C'est en tout cas les prévisions du FMI et du gouvernement même s'il y a encore beaucoup d'incertitudes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                  Donc vous confirmez effectivement cette prévision du gouvernement qui présente son projet de loi de finances rectificative ce matin en Conseil des ministres avec moins 8% ?

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                  Non, si vous voulez bien, la BANQUE DE FRANCE ne fait pas de prévisions annuelles à ce stade parce que tout va dépendre aussi du rythme de la reprise derrière. Si on regarde les chiffres qu’a publiés le FMI hier, ce qui est très frappant, c'est que c'est un choc sans précédent, c'est un choc qui est partout, y compris dans les pays qui sont moins touchés par la pandémie comme le Japon,  le Canada ou plus près de nous l'Allemagne dont on parlait tout à l'heure avec quand même une petite lueur positive, c'est qu'il devrait y avoir un rebond fort en 2021. On attend pour 2021 une croissance de  …Le FMI en tout cas attend une croissance de 4,5% pour la France, de 4,7%  pour la zone euro. Ca, ça serait la plus forte croissance depuis plus de 30 ans. Pour le dire autrement, si nous gérons bien, je souligne le « si nous gérons bien » cette crise, c'est un choc très sévère mais qui devrait être temporaire. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                On l’espère, Monsieur le gouverneur ! Une question : lundi soir, le président de la République a dit qu'il attendait des banques et des assurances, mais on va parler des banques, d'être au rendez-vous de cette mobilisation économique. « J’y veillerai », a dit le chef de l'Etat. Est-ce que vous estimez comme lui que pour le moment les banques françaises ne sont pas tout à fait au rendez-vous de la mobilisation économique ?

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                  Nous y veillons aussi à notre place à travers le rôle de la médiation du crédit, j'y reviendrai, mais si on regarde la principale action des banques, qui est la distribution de ces prêts garantis par l'Etat, ce qu'on appelle les PGE, qui couvrent jusqu'à 3 mois de perte de chiffre d'affaires pour les entreprises, en crédits de trésorerie, là les chiffres sont vraiment impressionnants, je vous les ai apportés ce matin, nous sommes à hier soir - nous regardons les entrées de demandes chez les banques, donc très en amont du processus  - nous sommes à 230.000 demandes et près de 45 milliards demandés en montant, il y a environ 3 milliards supplémentaires par jour, donc voyez, c'est extrêmement important, avec heureusement une grande majorité de TPE parmi les demandes qui sont reçues. Alors je crois que globalement les banques jouent le jeu, et je veux saluer la mobilisation de leurs salariés, pour autant nous veillons très attentivement à leurs décisions, et ça c'est le rôle de la médiation du crédit, qui est un vrai garde-fou de la médiation des banques. Alors, sur la médiation du crédit de la BANQUE DE FRANCE, là aussi je vous donne les derniers chiffres, nous avons reçu la semaine dernière environ 130 demandes par jour, pour vous donner un ordre de grandeur ça veut dire que nous recevons actuellement davantage de demandes à la médiation en une journée, que l'année dernière nous en recevions en un mois entier, donc ça c'est beaucoup,  en même temps si je compare ces chiffres aux demandes de nouveaux prêts, de ces nouveaux PGE, c'est moins de 1 % des nouvelles demandes de prêts qui arrivent aujourd'hui, mais la médiation du crédit est extrêmement mobilisée, et là c'est une très grande majorité de TPE qui ont quelques salariés, qui font des demandes de prêts un peu inférieures à la moyenne des chiffres du PGE, là aussi pour vous donner des ordres de grandeur, en moyenne une demande de PGE c’est 130.000 euros, ce qui arrive chez nous à la médiation c’est 90.000, mais nous sommes extrêmement mobilisés pour trouver une solution pour toutes ces entreprises.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                  Vous nous avez donné beaucoup de chiffres intéressants ce matin, je les rappelle, 230.000 demandes de prêts à ce jour, pour un total de 45 milliards d'euros, et vous nous dites que moins de 1 % fait l'objet d'un recours auprès de la médiation du crédit. On sait en général si c'est la résolution de ces conflits entre la banque et son client, quand la banque ne veut pas accorder un PGE, un prêt garanti par l'Etat ?

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                   Alors il peut y avoir, Christophe JAKUBYSZYN, un décalage dans le temps, c'est-à-dire qu'entre le moment où la demande arrive à la banque et la décision de la banque il y a quelques jours, et ensuite le temps d'arriver à la médiation et que la médiation agisse il y a à nouveau une période, donc je suis prudent sur les comparaisons de chiffres,  nous verrons ça avec un peu plus de recul, mais nous allons publier, chaque semaine, les chiffres de la médiation, et surtout les caractéristiques des entreprises concernées. Je crois qu'il est extrêmement important d'être mobilisé d'abord aux côtés des TPE et PME, nous le sommes aussi, au passage, sur les délais de paiement, qui est un sujet aussi très sensible de cette crise. Il y a de la trésorerie, il y a de la liquidité pour tout le monde, il ne faut pas que certaines entreprises, notamment des grandes entreprises, pensent s'en sortir au détriment des autres en allongeant les d'élèves vis-à-vis de leurs fournisseurs, donc nous publierons là-dessus des données demain, le nom de 10 entreprises solidaires qui ont amélioré leurs délais de paiement, nous les saluons, et nous dirons aussi que nous nous sommes penchés sur une dizaine d'entreprises qui avaient des comportements beaucoup moins vertueux et sur lesquelles, grâce à notre intervention, les choses sont en train de s'arranger.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                   Et vous donnerai les noms de ces moins vertueux aussi ?

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                   Alors, nous donnerons pour l'instant les noms des entreprises solidaires, comme il se trouve que les mauvais comportements ont été corrigés grâce à notre intervention, pour l'instant nous ne publions pas, mais s'il le fallait, nous n'hésiterons pas à le faire. Je dis d'ailleurs, à propos des délais de paiement, si vous le permettez, que les assureurs-crédit ont aussi un rôle important à jouer et là leur comportement, qui est surveillé aussi par la médiation du crédit, nous paraît encore perfectible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                  Une dernière question. On a vu que les banques américaines publient des résultats très négatifs ces dernières heures, vous êtes inquiet pour la stabilité du système financier mondial et notamment français ?

FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU

                                  Non, je crois que les banques françaises sont encore plus solides qu’il y a 10 ans, elles ont plus que doublé leur capital, elles ont une liquidité abondante, et d’ailleurs sur la liquidité la Banque centrale européenne s’est engagée à les fournir de façon quasi illimitée. Alors, ce n’est pas le résultat du hasard si les banques sont plus solides, c’est le résultat des actions de réglementation financière qui ont été menées depuis 10 ans, vous vous souvenez, Christophe JAKUBYSZYN, ce qu’on appelle Bâle 3, qui était très critiqué il y a encore quelques mois, heureusement qu’on a fait ça pour avoir des banques beaucoup plus solides, à la différence de 2008 la crise actuelle n’a rien d’une crise bancaire, nous n’en voyons d’ailleurs aucun des symptômes, et ça c’est un atout dans un choc qui est extrêmement sévère.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

                                   Merci infiniment Monsieur le Gouverneur, François VILLEROY DE GALHAU, d’avoir été notre invité ce matin dans « Good Morning Business. » 

 

Interwiew réalisée par Christophe Jakubyszyn

Télécharger la version PDF du document

InterviewFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
« Chaque quinzaine de confinement nous coûte environ -1,5% de PIB annuel »
  • Publié le 17/04/2020
  • 4 page(s)
  • FR
  • PDF (282.76 Ko)
Télécharger (FR)