Cette hausse de la détention d’obligations vertes et par conséquent le pic de greenium négatif observé mi-2020 peuvent également refléter un intérêt accru des investisseurs de détail pour les obligations vertes, attisé par l’offre des émetteurs et l’évolution de l’opinion concernant le changement climatique et les risques environnementaux dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Les investisseurs de détail sont effectivement sensibles aux manifestations du changement climatique. Contrairement aux investisseurs institutionnels, ils se détournent des entreprises à forte intensité carbone après avoir subi des températures inhabituellement élevées au niveau local (Choi et al., 2020).
La baisse du greenium enregistrée par la suite semble correspondre au resserrement de la politique monétaire et à la hausse des taux d’intérêt fin 2022, qui a limité la capacité financière des investisseurs de détail et réduit les émissions d’obligations vertes. Plusieurs études suggèrent que la demande d’obligations vertes de la part des investisseurs de détail pourrait être sensible aux chocs économiques tandis que la baisse de la demande affaiblit encore les déséquilibres demande-offre et sont susceptibles d’expliquer un greenium moins élevé et non significatif.
Conséquences sur la politique publique et le développement du marché
Ces résultats montrent que le marché européen des obligations vertes, quoique soutenu par de solides politiques environnementales, subit une dynamique du greenium déterminée par les conditions macroéconomiques et le comportement des investisseurs. Les investisseurs de détail affichent une préférence claire pour les obligations vertes, mais leur sensibilité à l’impact environnemental effectif reste limitée. Cela soulève des préoccupations en matière d’écoblanchiment, les émetteurs étant susceptibles d’exagérer les résultats environnementaux de leurs obligations en vue de les rendre plus attrayantes. Pour remédier à cela, les décideurs et les émetteurs devraient donner la priorité à des cadres réglementaires robustes, tels que la norme « EU Green Bond Standard », qui établit des critères stricts pour les obligations finançant des projets durables sur le plan environnemental. Ce cadre garantit la transparence, la crédibilité et l’alignement avec la taxonomie de l’UE sur les activités durables, ce qui favorise des résultats crédibles sur le plan environnemental et renforce la confiance des investisseurs. Un environnement réglementaire solide est essentiel pour favoriser la croissance du marché des obligations vertes, soutenir la participation des investisseurs de détail et canaliser efficacement les revenus tirés de ces obligations vertes vers une économie bas carbone.