La parole à

La parole à Xavier Debrun : « Nos projections ont été finalisées dans un contexte très incertain à la suite du déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février dernier. »

Mise en ligne le 30 Mars 2026
Xavier Debrun

Chaque mois, un expert de la Banque de France est interviewé dans le cadre de notre newsletter LinkedIn. Pour le numéro de mars 2026, Xavier Debrun, Directeur Général en charge des Statistiques, des Études et de l’International, revient sur les dernières projections macro-économiques publiées par la Banque de France, dans un contexte international marqué par de nombreuses incertitudes.

1. La Banque de France vient de publier ses projections macroéconomiques pour 2027 et 2028. Quels en sont les principaux enseignements et les perspectives en matière de croissance en France à court-moyen terme, dans un contexte international marqué par une hausse des incertitudes économiques, politiques et géopolitiques ? 

Nos projections ont en effet été finalisées dans un contexte particulièrement incertain à la suite du déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février dernier. Nous avons donc fait le choix d’élaborer plusieurs scénarios cohérents avec ceux de l’Eurosystème publiés le 19 mars. Le scénario de base s’appuie sur les hypothèses tirées des marchés à terme au 11 mars 2026, où la flambée des prix des hydrocarbures ne serait que temporaire et correspondrait à une résolution relativement rapide du conflit. Depuis cette date, la situation géopolitique demeure très instable et les prix de l’énergie ont augmenté, tout en étant extrêmement volatils. Nous présentons donc deux scénarios plus défavorables, avec des hausses plus fortes et plus durables de prix des hydrocarbures.

Dans le scénario de base, la croissance du PIB est prévue à 0,9 % en 2026, révisée en légère baisse par rapport à nos projections de décembre. En effet, l’activité s’est avérée plus résiliente qu’attendu fin 2025, et devrait également l’être au premier trimestre 2026 sur la base des dernières enquêtes conjoncturelles disponibles. Au-delà de cet horizon, il est indéniable que la hausse des prix de l’énergie et la détérioration du contexte géopolitique pèseraient sur l’économie française. La croissance serait de 0,8 % en 2027, révisée de -0,2 points de pourcentage par rapport à nos prévisions de décembre, essentiellement dû à une croissance moindre de l’investissement privé. L’activité devrait accélérer en 2028 sous l’effet conjugué d’une consommation des ménages solide car soutenue par le pouvoir d’achat de la masse salariale, ainsi qu’un rebond attendu des exportations.

Dans le scénario le plus défavorable, où les prix du pétrole et du gaz atteindraient respectivement 145 dollars par baril et 106 EUR/MWh au deuxième trimestre 2026 et par la suite durablement à des niveaux plus élevés, la croissance en France serait amputée de 0,6pp cette année et de 0,4pp l’année prochaine. Une énergie durablement plus chère se conjuguerait avec une incertitude géopolitique élevée pour freiner la consommation des ménages et l’investissement privé. 

2. Après une stabilisation de l’inflation en France en 2025 à 0,9%, le conflit actuel en Iran et au Moyen-Orient fait redouter une forte poussée des prix de l’énergie. Comment les modèles de prévision de la Banque de France intégrèrent-ils ces risques et leurs impacts sur les projections d’inflation ?

Nos prévisions de mars présentent en effet une trajectoire d’inflation révisée suite au choc énergétique que nous traversons depuis le 28 février : +0,4pp d’inflation cette année, portant le taux d’inflation moyen à 1,7% ; +0,1pp en 2027 pour un taux d’inflation moyen à 1,4%. 

Comment fait-on une prévision d’inflation à la Banque de France ? C’est exactement le sujet du billet de blog de l’un des économistes responsables de cette prévision1. En gros, les prévisionnistes de la Banque de France utilisent une palette d’outils pour réaliser les projections d’inflation, centrée autour du modèle d’analyse et de projection d’inflation, ou MAPI. À un horizon de trois mois, nous réalisons des projections d’inflation pour vingt composantes désagrégées des prix à la consommation, nous fondant pour cela sur les informations économiques récentes (prix à la production, documents budgétaires, fédérations professionnelles), qui nous informent entre autres sur les aléas climatiques, les révisions de tarifs publics ou taxes, ou les négociations entre les producteurs et les distributeurs dans l’agro-alimentaire. Nous tenons compte également de la saisonnalité que nous adaptons au contexte de chaque prévision. 

À un horizon d’un an, notre modèle de projection porte sur des agrégats de taille plus importante, comme les produits manufacturés ou les services. Les projections d’inflation se décomposent cette fois en douze agrégats. La prévision repose en grande partie sur les équations économétriques de notre modèle MAPI qui s’appuie à la fois sur des relations théoriques robustes, comme par exemple le lien entre le prix des services et les coûts salariaux, et sur des estimations économétriques qui permettent au modèle de « coller aux données ». Nos projections intègrent également le contexte international et notamment des hypothèses de prix à terme des matières premières alimentaires et énergétiques sur les marchés mondiaux, hypothèses qui sont communes à l’ensemble de l’Eurosystème. 

3. Dans cet environnement international marqué par une hausse des aléas, comment les perspectives de croissance et d’inflation en France se comparent-elles à celles de ses partenaires de la zone euro ? 

Si nous comparons les prévisions de mars de la BCE portant sur la zone euro dans son ensemble avec celles de la Banque de France sur l’économie française, nous serions sur un même rythme de croissance en 2026, et 0,4 point inférieur en moyenne en 2027 et 2028. Mais il ne faut pas oublier que la croissance française a été plus soutenue que celle de la zone euro au cours des années 2023-2025 (+0,4 point en moyenne par an si l’on exclut l’Irlande où la croissance est artificiellement gonflée par l’investissement en propriété intellectuelle des sociétés américaines). Les industries allemande et italienne ont particulièrement souffert du choc énergétique de 2022 et de la concurrence exacerbée en provenance de Chine. Nous serons attentifs aux développements économiques de deux de nos partenaires commerciaux majeurs au cours des prochains mois. 
 

1 Comment fait-on une prévision d’inflation à la Banque de France ? | Banque de France

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Mise à jour le 30 Mars 2026