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RTL : « Selon nos prévisions, la croissance française sur 2021 sera à 6,7 % »

L'invité de RTL MATIN – Le 08/12/2021

Invité : François VILLEROY de GALHAU, Gouverneur de la Banque de France

 

Alba VENTURA

Bonjour François VILLEROY de GALHAU.

François VILLEROY de GALHAU

Bonjour Alba VENTURA.

Alba VENTURA

Comme chaque mois vous publiez votre enquête réalisée après de milliers d’entreprises, vous avez passé 8500 entreprises au laser, alors la particularité de cette enquête c’est qu’elle a débuté au moment où apparaissait la cinquième vague et le variant Omicron, même si ce n’est pas lui qui domine aujourd’hui, mais est-ce que ça pèse sur les entreprises, sur le moral des affaires ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est une enquête effectivement très intéressante vu le moment où elle a été réalisée, entièrement la semaine dernière, donc après l’annonce d’Omicron, et son résultat est plutôt encourageant: les chefs d’entreprise ne changent pas significativement leurs perspectives d’activité, la croissance française reste solide. Ils sont un tout petit peu plus prudents pour l’avenir en disant qu’ils ont un peu plus d’incertitudes, c’est normal, la semaine dernière on ne savait rien sur Omicron. Mais l’économie française a rattrapé le niveau pré-Covid depuis août-septembre dernier, et maintenant elle le dépasse. Pour vous donner un chiffre, qui est assez impressionnant , nous publierons l’ensemble de nos prévisions le 20 décembre prochain, mais je peux déjà vous dire ce matin que la croissance française sur 2021 sera à 6,7 %, dans nos prévisions. C’est un chiffre beaucoup plus élevé que ce qu’on attendait en première moitié de l’année, et c’est le plus haut chiffre de croissance depuis plus de 50 ans.

Alba VENTURA

Et je crois que même Bercy tablait sur 6,25 %, donc vous vous êtes à 6,7.

François VILLEROY de GALHAU

Tout le monde a régulièrement relevé à la hausse, je vous donne ce matin la photo la plus précise compte tenu de tout ce que nous savons.

Alba VENTURA

6,7 %.

François VILLEROY de GALHAU

Il y a, si vous me permettez de compléter, quand même deux points d’attention dans cette enquête, qui sont un peu la contrepartie de cette reprise très solide: ce sont d’abord les difficultés d’approvisionnement des chefs d’entreprise. Nous les prenons au sérieux, même si nous pensons qu’elles sont temporaires, mais aujourd’hui cela pèse.

Alba VENTURA

C’est quoi par exemple les difficultés, c’est les semi-conducteurs dans l’automobile ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est le prix de l’énergie, ce sont les semi-conducteurs, et un certain nombre de matières premières. C’est lié à la force de la reprise, cela devrait se dissiper progressivement. Aujourd’hui cela ne pèse pas d’ailleurs sur le niveau d’activité des entreprises, à part le secteur automobile, qui a dû freiner. Mais vous avez peut-être vu que STELLANTIS et RENAULT, ont annoncé qu’ils allaient faire repartir leur production en début 2022. Et puis il y a les difficultés de recrutement: celles-là sont un peu moins fortes aujourd’hui, mais par contre nous craignons qu’elles soient plus durables.

Alba VENTURA

Et ça c’est notamment dans quel secteur ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est un peu partout, et il y a autour de la moitié des entreprises, aujourd’hui, qui se plaignent de difficultés de recrutement…

Alba VENTURA

L’hôtellerie-restauration, non, particulièrement ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est un peu tous les secteurs, Alba VENTURA…

Alba VENTURA

Vous avez dit la moitié des entreprises, quand même, qui se plaignent.

François VILLEROY de GALHAU

Oui. Mais il y a aussi un bon côté, c’est que depuis un an les entreprises ont embauché massivement. Les créations d'emplois entre mi-2020 et mi-2021 c'est environ 600.000 emplois dans les entreprises, on n’avait jamais vu cela. Donc c'est un peu normal qu'il y ait plus de difficultés à recruter, mais c'est quand même un problème durable de l'économie française.

Alba VENTURA

On a les chiffres de l'INSEE, là, qui tombent à l'instant sur l'emploi salarié, 95.200 créations nettes d'emplois dans le privé au troisième trimestre. Dites-moi Monsieur le Gouverneur, entre les difficultés de recrutement, les difficultés d'approvisionnement, les prix de l'énergie, tout ça ça joue sur l'inflation.

François VILLEROY de GALHAU

Oui. Nous sommes très attentifs à l'inflation. Elle était très faible au début de l'année, mais elle a monté régulièrement, notamment du fait du prix de l'énergie. Elle est aujourd'hui, en France, autour de 3 %. Mais de façon cohérente, avec ce scénario de difficultés temporaires dont je vous parlais, nous dirons le 20 décembre, mais je le précise dès ce matin, qu’après un haut encore quelques mois, l'inflation devrait baisser en France l'an prochain et descendre sous 2 % d'ici la fin 2022.

Alba VENTURA

Donc ça ne va pas durer, ce n’est que temporaire à votre avis.

François VILLEROY de GALHAU

Nous y sommes très attentifs, mais cela s'explique par ces difficultés d'approvisionnement et ces tensions sur l'énergie.

Alba VENTURA

Alors, qui dit hausse des prix, dit impact sur le pouvoir d'achat des Français. François VILLEROY de GALHAU, est où la solution pour le pouvoir d'achat des Français ?

François VILLEROY de GALHAU

C'est à négocier entreprise par entreprise. Mais quand on regarde globalement, compte tenu notamment des mesures de soutien qui ont été mises en place en 2020-2021 face au Covid, en moyenne, je dis bien en moyenne, le pouvoir d'achat des Français a tenu, il a même en 2020 légèrement progressé, on n’a pas encore les chiffres 2021. Maintenant je comprends tout à fait l'attention de tous à la question de l'inflation, le prix de l'essence c’est extrêmement visible…

Alba VENTURA

Vous avez peut-être entendu Elisabeth BORNE, la ministre du Travail, qui s'est fâchée contre les salaires dans l'hôtellerie-restauration, il y a une question de salaires quand même !

François VILLEROY de GALHAU

Je crois qu'on revient là sur ces difficultés de recrutement. Il faut d'abord, dans beaucoup de secteurs, développer la formation, parce que nous avons en face de ces difficultés de recrutement encore des centaines de milliers de jeunes au chômage, il faut donc beaucoup développer l'apprentissage, etc. Et puis il faut rendre le travail plus attractif. Cela passe, dans certains secteurs, par des augmentations de salaire, cela passe aussi sans doute par la réforme de l'assurance chômage, parce que beaucoup de chefs d'entreprise parlent de cette difficulté. Je crois qu'il faut additionner les remèdes en la matière.

Alba VENTURA

On parle de pouvoir d'achat, l'épargne des Français elle a gonflé, je crois qu'on est à plus de 150 milliards à la faveur…

François VILLEROY de GALHAU

Supplémentaires.

Alba VENTURA

A la faveur du Covid, est-ce que les Français vont se remettre à consommer ou est-ce que on va continuer à épargner, à la faveur de produits type Livret A ?

François VILLEROY de GALHAU

L'épargne, effectivement, supplémentaire, associée au Covid, a sans doute touché son plafond depuis l'été dernier. Les Français commencent à l'utiliser, un petit peu, prudemment, notamment pour l’immobilier, ce qui est une bonne chose. Ils financent un peu plus de leurs achats d'immobilier par leur épargne. Vous posez la question du Livret A, là je vais préciser le calendrier, c'est évidemment une question très sensible. Nous ferons le calcul de la formule, qui intégrera notamment l'inflation des six derniers mois de 2021, mi-janvier. Je ferai à cette date ma recommandation au ministre, et il y aura une décision pour  fixer le taux du Livret A au 1er février prochain. C’est cela le calendrier normal, je ne peux pas encore vous donner les chiffres.

Alba VENTURA

Vous ne pouvez pas nous donner d’indication.

François VILLEROY de GALHAU

J’en profite pour dire que le Livret d'Epargne Populaire, dont on parle moins, est lui totalement protégé contre l'inflation, c'est un produit très intéressant auquel beaucoup de Français ont droit.

Alba VENTURA

Je voulais juste revenir sur les entreprises, elles vont avoir jusqu'au mois de mars pour rembourser leurs prêts garantis par l'Etat, il y a un tiers des patrons de PME qui nous disent qu'ils ne seront pas en mesure de rembourser en mars, est-ce qu'il faut, selon vous, leur laisser un délai ou étaler les remboursements ?

François VILLEROY de GALHAU

La solution est cas par cas. Vous savez qu'à la BANQUE DE FRANCE nous cotons la situation des entreprises, y compris des PME. Là , cela fait partie des bonnes nouvelles de 2021, la situation des entreprises nous paraît plus robuste, y compris les PME, qu'on pouvait le craindre. Vous vous souvenez, on parlait d'un tsunami de faillites, il n’y en aura pas. S’il y a certaines entreprises, je pense que ce sera nettement moins que le tiers, qui ont des difficultés là-dessus, il y aura du traitement au cas par cas.

Alba VENTURA

François VILLEROY de GALHAU, Monsieur le Gouverneur de la BANQUE DE FRANCE, avec Noël qui arrive, vous avez alerté sur les fraudes aux chèques, alors c'est vrai que ce n’est pas très utilisé un chèque, mais c'est très fraudé, il faut se méfier de quoi ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est à la fois le moyen de paiement le moins utilisé aujourd’hui, qui est en recul, mais le plus fraudé, et donc nous avons donné un certain nombre de conseils de bon sens. Cela commence par surveiller l'arrivée de ses chéquiers, bien remplir les rubriques à l’encre noire, excusez-moi d'être très pratique. Et il faut absolument éviter d'encaisser un chèque pour le compte d’un tiers, cela risque d’être des fraudes…  

Sur les conseils aux Français, permettez-moi de dire un mot aussi du placement vedette des Français, c'est l'assurance-vie, qui est encore plus important que le Livret A. Là nous allons regarder sérieusement la question des frais de l'assurance-vie, qui est très sensible pour les Français, Et c’est un sujet assez compliqué techniquement. Mais avec l’ACPR, qui est le gendarme des banques et des assurances, que je préside, nous allons, sur 2022, multiplier  des enquêtes, des contrôles, des questionnaires, et nous publierons dans le courant de l'année un état des lieux avec des recommandations, il s'agit d'avoir un montant des frais…

Alba VENTURA

Baisser les frais, donc ?

François VILLEROY de GALHAU

Ce n’est pas forcément baisser les frais, parce que le travail de l’assurance-vie mérite rémunération, mais il s'agit qu’il soit transparent, c'est-à-dire bien connu des assurés, et qu’il soit juste, c'est-à-dire proportionnel au travail fourni. Ce sera un dialogue avec les professionnels, mais nous devons et nous allons faire la lumière sur le sujet.

Alba VENTURA

Merci beaucoup François VILLEROY de GALHAU. 

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InterviewFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
RTL : « Selon nos prévisions, la croissance française sur 2021 sera à 6,7 % »
  • Publié le 08/12/2021
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