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« Ralentissement de la croissance, pas de retournement » - France 2

Interview de François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

FRANCE 2 – TELEMATIN – Davos - 25 janvier 2019

  

Jean-Paul Chapel- Bonjour à tous, bonjour François Villeroy De Galhau.

 

François Villeroy De Galhau, Gouverneur de La Banque de France

Bonjour Jean-Paul Chapel.

 

Vous êtes le Gouverneur de la Banque de France. La Banque centrale européenne hier a annoncé des chiffres de croissance qui sont plutôt inquiétants concernant la zone euro, avec beaucoup de risques dans le monde mais en particulier dans la zone euro. Cette croissance qui fléchit, est-ce que c'est le cas aussi en France ?

 

D'abord, nous avons simplement constaté que la croissance ralentit un peu partout en Europe et dans le monde. C'est un ralentissement, on avance moins vite. Ce n'est pas un retournement, vers une récession où on reculerait. La grande explication de ce ralentissement partout, c'est l'incertitude. Ce monde de début 2019 est un monde de tensions géopolitiques avec notamment les menaces de guerre commerciale de Monsieur TRUMP contre la Chine ou contre l'Europe, ou bien le Brexit. Si on vient à la France, notre pays ralentit relativement moins que les autres. Notre prévision de croissance à la Banque de France, c'est 1,5 % de croissance cette année, c'est-à-dire le même niveau que l'an dernier. Et je fais la prévision devant vous ce matin que, comme la France ralentit moins, cette année pour la première fois depuis longtemps la croissance française devrait être supérieure à la croissance allemande.

 

Ah oui ? On peut faire mieux que les Allemands ? Ils sont sur une tendance à 1 % eux, c’est ça ?

 

Un peu plus de 1 %. Nous n'avons pas publié de nouveaux chiffres hier à la Banque centrale européenne,  nous le ferons au mois de mars. 1,5 % cela paraît peut-être un peu abstrait pour ceux qui nous regardent mais cela veut dire un peu plus d'emplois dans l'économie et, surtout, davantage de pouvoir d'achat.

 

Alors il y a une petite divergence entre votre prévision et celle du gouvernement français puisqu’hier, le Ministre Le Maire a maintenu sa prévision de croissance à 1,7 %.

 

Notre prévision est indépendante du gouvernement ; je le souligne. C’est ce que nous croyons et traditionnellement, notre prévision est un peu plus prudente que celle du gouvernement. Nous avons publié ce chiffre depuis le mois de décembre et je le confirme ce matin.

 

Et vous ne bougez pas. L’activité du secteur privé, donc les entreprises privées, s'essouffle. Est-ce que ça risque de fléchir un peu plus au premier trimestre ?

 

Nous aurons des premières indications sur ce premier trimestre dans les semaines qui viennent. Nous voyons plutôt une tendance à la stabilisation, après un fléchissement à la fin de l'année dernière à cause du mouvement des gilets jaunes.

 

Vous l’avez chiffré à 0,2. 

 

Nous avions chiffré l’effet à à peu près 0,2 pour cent effectivement sur la croissance. Aujourd'hui nous voyons plutôt une stabilisation mais cela dépend bien sûr des secteurs.

 

Alors conséquences en matière d'emploi et de salaire, quelles sont vos prévisions ? L’emploi va se porter mieux ?

 

Il y a une baisse du chômage mais qui est plus progressive et il y a surtout des augmentations de salaire dans l'économie et…

 

Ça, c’est nouveau. Parce que jusqu’à présent…

 

Oui. Là, on voit une accélération des salaires. Si on ajoute l'ensemble, c'est-à-dire l'évolution des retraites, l'évolution des impôts, nous estimons qu’en moyenne - je souligne en moyenne - il devrait y avoir une augmentation du revenu réel après inflation de plus de 1,5 % cette année. C’est une croissance du pouvoir d'achat la plus forte depuis douze ans. Je souligne que c'est une moyenne parce que bien sûr....

 

Oui. Il y a des gagnants et des perdants.

 

Il y a une majorité de gagnants quand la moyenne augmente et c'est une bonne nouvelle, mais chaque Français est sensible à sa situation à lui ou à elle, et il faut être très attentif aux inégalités, à ce que les économistes appellent la distribution. 

 

C'est ça, mais ça c'est une augmentation du pouvoir d'achat sur l'année 2019. En clair, les Français ils ne l'ont pas vue encore.

 

Quand on regarde le pouvoir d'achat sur une longue période, il a stagné à la suite de la grande crise financière. C'était effectivement une période difficile. Il recommence à augmenter depuis 2016 et là nous prévoyons une accélération en 2019. Encore une fois, il faut regarder aussi la répartition de ces gains.

 

La hausse des prix, l'inflation, ça c'est quelque chose que vous surveillez à la Banque de France.

 

C’est quelque chose dont nous sommes en charge, même, pour que l'euro reste la monnaie de confiance des Français.

 

Alors ces prix, ils vont augmenter ?

 

Notre objectif, c'est une inflation qui soit faiblement positive, un peu en dessous de 2 %. Nous y sommes aujourd'hui. Les variations de l'inflation dépendent beaucoup du prix du pétrole et on devrait donc avoir encore une baisse de l'inflation dans les mois qui viennent. On devrait même arriver autour de 1 % certains mois. Mais pour la tendance de moyen terme, les Français peuvent compter sur un euro qui est bien protégé et des prix qui augmentent moins de 2 %.

 

Et là aussi, il y a une différence.

 

Cela fait partie d'ailleurs du pouvoir d'achat quand l'inflation est bien maîtrisée. Depuis vingt ans, puisque nous avons marqué les vingt ans de l'euro, l'inflation moyenne est restée sous ce seuil de 2 % et c'est une bonne chose.

 

Mais là aussi, il y a une différence entre les chiffres officiels et puis la perception des consommateurs qui, dans leurs achats quotidiens d'alimentation ou d'autres produits, ressentent et voient les prix augmenter plus vite. Et même les associations de consommateurs ont refait leurs calculs et ils contestent parfois les chiffres officiels.

 

Ce sont des chiffres qui sont calculés là aussi de façon indépendante.

 

Parce qu’on sous-estime les loyers aussi.

 

Je crois que ce que vous dites sur la perception, c'est très humain et cela peut arriver pour vous et pour moi. C'est que chacun est évidemment plus attentif aux prix qui montent qu'aux prix qui baissent. Mais globalement, c'est bien l'évolution. On voit d'ailleurs que les prix des services en général augmentent moins vite que les prix, par exemple, de l'énergie qui sont très sujets aux variations internationales. 

 

Cette croissance qui est relativement faible en Europe et en France, est-ce que ça repousse à plus tard la fin du soutien à l'économie ? Je ne vais pas dire la planche à billets mais l'argent pas cher et abondant pour l’économie.

 

Nous - l'Eurosystème, c'est-à-dire la Banque de France et la Banque centrale européenne-, nous resterons engagés à maintenir des taux d'intérêt très bas, ce qui est une bonne chose pour l'économie. Notamment pour les ménages qui empruntent pour leurs projets immobiliers ou pour les entreprises qui investissent. Progressivement, nous réduisons ce qu'on appelle le stimulus monétaire, c'est-à-dire le soutien que nous apportons mais c'est très progressif en fonction de l'amélioration de la situation économique. Et nous prendrons le temps qu'il faut en fonction de l'évolution de l'activité.

 

Un dernier mot…

 

Donc une garantie de maintien de financement très favorable pour les projets des Français.

 

En quelques secondes, un dernier mot sur l'engagement des banques à limiter les frais bancaires pour les foyers en difficulté, les foyers les plus fragiles. Est-ce que toutes les banques appliquent cette limitation ?

 

C'est quelque chose qui me paraît extrêmement important, que nous souhaitions depuis longtemps avec le gouvernement : que les frais bancaires baissent pour les trois millions et demi de clients en situation de fragilité, c'est-à-dire ceux qui sont souvent en situation de découvert.

 

Est-ce qu’elles l’appliquent ?

 

Je vais le dire ce matin : cet engagement, il s'applique très rapidement, c'est-à-dire à partir de février au plus tard, le mois prochain. Il doit s'appliquer très clairement, tous les clients concernés doivent être informés. Et il va s'appliquer fermement : nous allons le contrôler strictement.

 

Merci beaucoup, François Villeroy De Galhau, d'avoir été avec nous.

Très, très bonne journée à vous tous.


 

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InterviewFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
« Ralentissement de la croissance, pas de retournement » - France 2
  • Publié le 25/01/2019
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