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LCI : « La BCE fera ce qu'il faut pour ramener l'inflation autour de 2 % »

Elizabeth MARTICHOUX

Bonjour Monsieur VILLEROY de GALHAU.

François VILLEROY de GALHAU

Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

Elizabeth MARTICHOUX

Merci beaucoup d’être ce matin sur LCI. Vous êtes gouverneur de la BANQUE DE FRANCE, la BANQUE DE FRANCE, elle assure évidemment, comme on dit, la stabilité financière, mais c’est aussi une boussole de l’économie française. Où va-t-on ? Où va-t-on, Omicron est omniprésent, se développe à des niveaux qu’on n’avait pas imaginés. Et vous, vous avez entre les mains une enquête, que vous avez réalisée fin décembre, et surtout, début janvier, là, elle est toute fraîche…

François VILLEROY de GALHAU

Début janvier, oui.

Elizabeth MARTICHOUX

Auprès des chefs d’entreprises, qui donne le pouls de ce qui nous attend, de ce qui est et de ce qui nous attend. Où va-t-on, est-ce que ça tangue, est-ce que ça tient ?

François VILLEROY de GALHAU

En un mot, cela tient du côté économique. Mais je dis peut-être comment nous assurons ce rôle de boussole dont vous parlez : chaque mois, nous interrogeons 8.500 entreprises sur le terrain, de toutes tailles, et les hommes et les femmes de la BANQUE DE FRANCE le font de façon totalement indépendante.

Elizabeth MARTICHOUX

Du gouvernement…

François VILLEROY de GALHAU

…du gouvernement, de tous partis politiques, des intérêts privés, et je crois que du coup, c’est depuis le début de la crise, depuis deux ans, chaque mois, la meilleure boussole de où en est l’économie. Ce que nous voyons, c’est que malgré la vague Omicron, l’économie française est globalement résistante. Cela veut dire au passage que les Français eux-mêmes, nous tous, nous sommes très résilients. Je veux vraiment saluer la façon dont les Français souffrent du virus, nous le voyons tous autour de nous, mais s’organisent, travaillent pour continuer à produire.

Elizabeth MARTICHOUX

Y compris les parents, qui sont en télétravail…

François VILLEROY de GALHAU

…Oui, y compris les parents de jeunes enfants par exemple. Nous en avons autour de nous, et je vois comme c’est difficile. Mais c’est assez remarquable en même temps parce que janvier, globalement, en activité économique, serait au même niveau que décembre, il n’y a pas de recul, malgré Omicron. Or décembre était un plus haut de l’économie française. Cela confirme aussi nos prévisions de croissance sur l’année 2021, elle sera très haute, à 6,7 %, la plus haute qu’on ait vue depuis 50 ans. Et sur 2022, notre prévision est à 3,6 %, c’est encore un très bon chiffre. Alors, bien sûr, il y a des différences entre secteurs…

Elizabeth MARTICHOUX

On a le chiffre du dernier trimestre 2021…

François VILLEROY de GALHAU

Nous n’avons pas encore les chiffres observés, mais notre prévision, à partir de cette enquête de début janvier, c’est 0,6 % de croissance sur le dernier trimestre. Cela donne, ça fait beaucoup de chiffres, pardon, mais cela donne…

Elizabeth MARTICHOUX

Non, non, mais c’est important…

François VILLEROY de GALHAU

Cela donne près de 7 %, je le disais, sur l’ensemble de l’année 2021, la plus forte croissance depuis 50 ans, c’est un très beau rebond. Peut-être pour revenir un peu en arrière, l'économie française avait un peu plus souffert que les autres du premier confinement, vous vous souvenez, au printemps 2020, mais elle a rebondi nettement mieux que les autres.

Elizabeth MARTICHOUX

Il y a un effet de rattrapage, mais vous nous dites : ça tient, alors, c'est remarquable, décembre, c'était le plus haut, et on serait, janvier, au plus haut, mais d'abord, vos chefs d’entreprises, ils vous disent ce qui se passe maintenant, mais ils n'ont pas de visibilité pour les semaines qui viennent, alors qu’Omicron n’a pas atteint son pic…

François VILLEROY de GALHAU

D’abord, la question que nous leur posons, c'est comment vous voyez l’activité des semaines qui viennent justement, et ils nous répondent en connaissant Omicron, parce que, malheureusement, Omicron était déjà connu la semaine dernière. Ils nous disent aussi, dans le sens de votre question, qu’il y a plus d'incertitudes qu'au mois de décembre. On l'a vu dans chacune des vagues précédentes : simplement, cette incertitude, elle est remontée par rapport à décembre, mais elle est moins forte que lors des confinements, vous vous souvenez, du printemps 2020 ou de l'automne 2020 ou…

Elizabeth MARTICHOUX

Mais elle existe…

François VILLEROY de GALHAU

Ou de mars, avril 2021.

Elizabeth MARTICHOUX

Et c’est vrai que c'est un peu surprenant ce que vous nous dites, parce que c'est un peu contre-intuitif, on a beaucoup parlé des difficultés d'approvisionnement de certaines matières premières, on a beaucoup parlé des pénuries, on a parlé de l'inflation, on va reprendre tout ça, mais enfin, ça ne s’est pas évanoui…

François VILLEROY de GALHAU

Bien sûr, ces difficultés existent, et nous y sommes très attentifs.  Pour préciser l'image, il faut regarder un peu ce qui se passe par secteur, parce que là, j'ai parlé de l'ensemble, mais il y a des différenciations assez fortes entre secteurs. Si on regarde du côté des services, bien sûr, l'hébergement souffre…

Elizabeth MARTICHOUX

L’hôtellerie…

François VILLEROY de GALHAU

On est à peu près à trois quarts du niveau normal aussi dans la restauration, l'événementiel, ça, ce sont des secteurs qui souffrent…

Elizabeth MARTICHOUX

A trois quarts de…

François VILLEROY de GALHAU

Si 100 % était le niveau pré-Covid, aujourd’hui, la restauration tourne à peu près aux trois quarts. Dans l’industrie, l’automobile souffre à cause de ces difficultés d’approvisionnement. Mais en sens inverse, et on en parle moins souvent, vous avez des secteurs qui vont mieux qu'avant le Covid, ce sont les services aux entreprises, comme l'informatique ou l'intérim, cela renvoie aux besoins de recrutement des entreprises. Ce sont des secteurs qui sont aujourd'hui en pleine croissance. Et dans l'industrie, il y a des secteurs qui vont bien, la chimie, la pharmacie, l’agroalimentaire les équipements électriques. Ce sont donc des secteurs qui sont au-dessus de leur niveau d'avant-crise, et l'ensemble donne une économie française qui a retrouvé son niveau Covid, pré-Covid depuis septembre dernier, qui est aujourd'hui un peu au-dessus.

Elizabeth MARTICHOUX

Alors gros sujet d'inquiétude Monsieur VILLEROY de GALHAU, c'est l'inflation, 2,8 % en 2021, est-ce qu'elle sera plus forte en 2022 ?

François VILLEROY de GALHAU

Sur l'inflation, nous sommes bien sûr très attentifs, parce que c'est très sensible pour les Français. Il y a une bosse d'inflation ; si j'étais venu, Elizabeth MARTICHOUX, vous voir il y a exactement un an, l'inflation était à zéro, trop faible même sur le plan économique. Dans un an, nous pensons que l'inflation en France sera redescendue sous 2 %, et entre les deux, il y a une bosse. Celle-ci s'explique essentiellement par les prix de l’énergie, on le constate tous d’ailleurs, sur les prix de l'essence, du gaz etc. L'énergie en moyenne, c'est 10 % seulement du panier de consommation des Français, mais cela se voit beaucoup parce que l'énergie a augmenté de 20 % depuis un an.

Elizabeth MARTICHOUX

Depuis un an, ça continue, ça continue…

François VILLEROY de GALHAU

Sur les autres biens, les 90 % de notre panier, que ce soit les services, les produits alimentaires, les produits manufacturés qu'on achète, là, l'inflation est autour de 2 %, donc ce qui est souhaitable.

Elizabeth MARTICHOUX

Vous dites, c’est une courbe en cloche, il y a une bosse, on y est là ?

François VILLEROY de GALHAU

Nous pensons que nous sommes assez proches du sommet de la bosse, on a d'ailleurs vu que le chiffre de décembre était stable par rapport à novembre. Je ne vais pas vous faire un pronostic au mois près, mais nous sommes assez près du sommet de la bosse…

Elizabeth MARTICHOUX

Et ça va refluer après ?

François VILLEROY de GALHAU

Et cela devrait effectivement progressivement refluer sous 2% pour l’inflation française d’ici à la fin de l’année.

Je vais vous dire ce matin quelque chose de très simple, mais très clair : je garantis que nous, la Banque centrale européenne, la BANQUE DE FRANCE, nous ferons ce qu'il faut pour que l'inflation revienne autour de 2 % dans la durée.

Elizabeth MARTICHOUX

C’est-à-dire ?

François VILLEROY de GALHAU

2 %, c’est notre objectif.

Elizabeth MARTICHOUX

Il y a une bonne inflation à 2 %, c’est ce que vous dites ?

François VILLEROY de GALHAU

Il y a une bonne inflation autour de 2 %, absolument.

Elizabeth MARTICHOUX

Pour ceux qui nous regardent, ça veut dire quoi, on va faire tout, c’est quoi…

François VILLEROY de GALHAU

Alors, cela renvoie à la politique monétaire que nous menons au sein de la Banque centrale européenne présidée par Christine LAGARDE. Je participe tous les 15 jours au Conseil des gouverneurs de cette Banque centrale ; nous prenons et prendrons les mesures adaptées pour que l'inflation soit autour de 2 %.

Elizabeth MARTICHOUX

Je voudrais revenir sur, parce que ça leur parle les Français, l'inflation…

François VILLEROY de GALHAU

Bien sûr…

Elizabeth MARTICHOUX

Par exemple, un chef d'entreprise comme Michel-Edouard LECLERC, qui parle souvent des prix, qu'est-ce qu’il dit encore hier, il soutient que l'inflation est sous évaluée, en magasin, il rappelle les prix des pâtes, c'est plus de 20 %, lui, il fait sa prévision, c'est une BANQUE DE FRANCE à sa manière, vous allez apprécier, il dit que ce sera…

François VILLEROY de GALHAU

Oui, il n’a peut-être pas tout à fait la même indépendance, mais j’ai un grand respect pour l'entrepreneur qu’il est…

Elizabeth MARTICHOUX

Et il n’a peut-être pas les mêmes intérêts.

François VILLEROY de GALHAU

Et il a des intérêts.

Elizabeth MARTICHOUX

4 % en 2022, lui, il dit, mais il faut le prendre au sérieux parce que les Français l’entendent…

François VILLEROY de GALHAU

Chacun fait son job, et les distributeurs sont là pour vendre leurs produits. Je pense que personne ne peut mettre en doute la qualité du travail, ce n’est pas nous qui mesurerons l'inflation, c’est l’INSEE…

Elizabeth MARTICHOUX

C’est l’INSEE, eh bien, lui, la met en doute…

François VILLEROY de GALHAU

Quand l’inflation est très basse, l’INSEE le dit, quand l’inflation monte, comme aujourd’hui, l’INSEE le dit,

Elizabeth MARTICHOUX

C’est une moyenne…

François VILLEROY de GALHAU

Ce qui est vrai, c’est qu’il y a moins d’inflation en France que dans les autres pays européens, ou a fortiori qu’aux Etats-Unis...

Elizabeth MARTICHOUX

Oui, c’est étonnant qu’en Allemagne ou aux Etats-Unis…

François VILLEROY de GALHAU

Cela tient notamment à notre mix-énergétique, c'est-à-dire la part du nucléaire, et à divers autres facteurs, mais néanmoins, temporairement, il y a trop d'inflation en France. C'est pour cela que nous sommes très vigilants, et je vous dis, je garantis que nous ferons ce qu’il faut.

Elizabeth MARTICHOUX

Alors, vous ferez ce qu’il faut, les prix vont continuer d'augmenter, autrement dit.

François VILLEROY de GALHAU

Non, je vous l’ai dit, l’inflation va régulièrement diminuer au long de cette année…

Elizabeth MARTICHOUX

C’est une bonne nouvelle pour les consommateurs…

François VILLEROY de GALHAU

Encore une fois, notre prévision est confirmée par cette enquête mensuelle : les chefs d’entreprises nous disent dans cette même enquête des premiers signes de stabilisation. Vous parliez de leurs difficultés d'approvisionnement ; c'est cela qui explique l'inflation, en bonne partie : quand c'est plus difficile d'acheter des composants, ils coûtent plus cher, et les industriels le répercutent, nous l'avons intégré dans la prévision dont je vous parle. Mais ils voient des premiers signes de stabilisation : dans l'industrie, les difficultés d'approvisionnement diminuent un peu au mois de décembre par rapport au mois de novembre, même si elles restent élevées.

Elizabeth MARTICHOUX

Et les prix se l’énergie vont se tasser ?

François VILLEROY de GALHAU

Les prix de l'énergie commencent à se stabiliser à un niveau élevé, mais c'est évidemment un aléa assez important sur la prévision, parce que cela dépend d'un marché international, que la France comme les autres pays européens suivent.

Elizabeth MARTICHOUX

Alors on va parler du Livret A, dans un instant, mais un mot, parce que ça c'est un indice que, pour l'instant, les entreprises ont plutôt le moral, il y a un peu d'argent en réserve, c'est les PGE, les fameux prêts garantis par l’Etat, c'est un outil que Bruno LE MAIRE a sorti pour aider les entreprises à passer le cap, on en est où des remboursements, est-ce qu'elles ont du mal, les entreprises, est-ce qu'elles demandent toutes les fameux étalement promis par Bercy ?

François VILLEROY de GALHAU

Non, il n’y a pas des difficultés de remboursement massives. Mais vous avez raison, les prêts garantis par l'Etat, cela a été un succès français assez remarquable : il y a 700.000 entreprises, y compris des PME et des TPE surtout, qui ont pu bien traverser la crise grâce aux PGE, mis en place il y a deux ans. L'autre bonne nouvelle, et cela, nous le disons, nous, BANQUE DE FRANCE, c’est que l'immense majorité des entreprises, y compris les PME et les TPE, est en situation de rembourser les PGE en temps et en heure…

Elizabeth MARTICHOUX

Immense majorité, c’est-à-dire ?

François VILLEROY de GALHAU

Je vais un peu expliquer cela. D'abord, ce qu'on ne sait pas toujours, c'est que la moitié des entreprises ont remboursé ou ont commencé à rembourser leur PGE. Nous n'avons pas d'inquiétude sur l'autre moitié, pourquoi, parce que les faillites sont au plus bas aujourd'hui, historiquement.

Elizabeth MARTICHOUX

Le niveau de faillites en France est au plus bas ?

François VILLEROY de GALHAU

Oui, on ne le sait pas toujours, mais cela fait partie de la bonne gestion de la crise qui a eu lieu autour de Bruno LE MAIRE…

Elizabeth MARTICHOUX

Parce qu’il y a encore des soutiens…

François VILLEROY de GALHAU

… et des autorités publiques. Et en outre, nous interrogerons dans cette enquête les entreprises sur leur trésorerie, les trésoreries sont plus hautes que d’habitude. Donc plus de 95 % des entreprises sont en situation de rembourser leur PG en temps et en heure. Pour les autres, c'est donc une petite minorité de cas, on pense significativement moins de 5 %, il y aura un traitement au cas par cas qui est possible. Le ministre y travaille, Bercy avec les banques. Au passage, c'est aussi une bonne nouvelle pour nous, Français, que les entreprises puissent rembourser leur PGE. Si elles ne le remboursaient pas, cela voudrait dire un trou supplémentaire dans notre caisse collective, un alourdissement de la dette publique. Je vais le dire de façon très simple : si les entreprises ne remboursaient pas leur PGE, c'est nous tous, Français, qui devrions rembourser la somme tôt ou tard, nous ou nos enfants. Donc c'est une nouvelle importante.

Elizabeth MARTICHOUX

Alors, c'est une bonne nouvelle, tant mieux, mais enfin, la dette, pardon, la dette, elle continue de grossir, elle est à quel niveau du PIB ?

François VILLEROY de GALHAU

La dette a beaucoup grossi à travers les deux ans de crise Covid…

Elizabeth MARTICHOUX

Elle est à 118 %, c’est combien ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est un petit peu moins, autour de 113, 114 % du PIB, mais vous avez raison, c’est un chiffre très élevé…

Elizabeth MARTICHOUX

Mais elle continue d’augmenter. D’ailleurs, dans ce contexte pré-présidentiel, il y a des responsables politiques qui disent, c'est un scandale, ça a été mal géré, et d'ailleurs, nous sommes le pays le plus endetté d'Europe, vrai ou faux ?

François VILLEROY de GALHAU

Non, nous ne sommes pas le pays le plus endetté d'Europe : des pays comme l'Italie ont une dette supérieure à la nôtre. On n'avait pas le choix pendant la crise, souvenez-vous, il y a d'ailleurs des voix qui ont dit : on n'en fait pas assez, etc.,

Elizabeth MARTICHOUX

Mais on en a fait beaucoup…

François VILLEROY de GALHAU

Je pense qu’on a fait ce qu’il fallait. Notre problème, c'était notre dette avant Covid, parce qu'on était déjà à près de 100 %.

Elizabeth MARTICHOUX

La France a cette particularité, oui…

François VILLEROY de GALHAU

Après, ce n'est pas à moi de faire les programmes des différents candidats, la BANQUE DE FRANCE est indépendante dans le débat électoral. Mais je crois qu'il serait bon qu'on se donne un objectif de désendettement dans la durée sur 10 ans, et qu'on se dise que d'ici 10 ans, il faut qu'on soit revenu à nettement moins de 100 %...

Elizabeth MARTICHOUX

Dans combien de temps dans 10 ans…

François VILLEROY de GALHAU

D’ici 10 ans, parce que c'était le niveau d'avant Covid, on ne peut pas l’effacer aussi rapidement…

Elizabeth MARTICHOUX

Oui, alors après, il y a le comment quand même…

François VILLEROY de GALHAU

Le comment, cela veut dire plus de croissance et une meilleure efficacité de nos dépenses publiques.

Elizabeth MARTICHOUX

D'accord, la croissance ne suffira pas, parce que c'est ce qu'on sert aussi, grâce à la croissance, on va payer ce que nous a coûté la crise…

François VILLEROY de GALHAU

Vous soulevez là un point très important, si vous me permettez cette remarque. Jusqu’ici, on parle de la croissance à court terme et de la bonne résilience de l'économie française, mais le problème que nous pourrions avoir est différent une fois les traces Covid effacées. Aujourd'hui, on parle beaucoup de l'inflation, c'est le souci, et la croissance va bien. Dans 2, 3 ans, ce peut être le contraire, c'est-à-dire que l'inflation sera normalisée, j'ai souligné ce retour vers 2 %, mais notre croissance, elle risque de ralentir, et de revenir vers un niveau trop faible entre 1 et 1,5 % par an. Donc il y a un certain nombre de réformes qu'il faut faire pour la croissance, et cela aidera pour la dette.

Elizabeth MARTICHOUX

Une, donnez-nous un exemple de réformes ?

François VILLEROY de GALHAU

Je pense notamment à tout ce qu’on peut faire autour du développement de l'offre de travail, de l'offre de compétences, la formation professionnelle, l'apprentissage, l'éducation, l'école. Nous ne pouvons pas être le pays, Elizabeth MARTICHOUX, qui garde des difficultés de recrutement des entreprises d'un côté, et puis, 7 à 8 % de chômeurs, dont des centaines de milliers de jeunes. Cela, c'est un paradoxe économiquement et socialement inacceptable.

Elizabeth MARTICHOUX

On verra si c’est un enjeu de la campagne, ce n’est pas sûr, ce n’est pas gagné, et c’est un enjeu tout court…

François VILLEROY de GALHAU

C’est un enjeu de moyen terme ; je pense qu’un des risques du Covid, c'est que, évidemment, nous sommes tous dans l'urgence, et le débat ne porte que là-dessus. Mais un jour, j'espère assez vite, le Covid sera terminé, et on va retrouver ces défis de moyen terme.

Elizabeth MARTICHOUX

Un mot du Livret A, est-ce que vous attendez vendredi, dernier indicateur de l’INSEE, pour donner votre préconisation de taux, alors il est à 0,5 %, on l’a dit, c’est historiquement pas, mais ça dure depuis un petit bout de temps, vous allez le remonter, on peut le confirmer, vraisemblablement on dit 0,8 %.

François VILLEROY de GALHAU

Alors, d’abord je précise comment cela se passe : c’est le ministre qui décide…

Elizabeth MARTICHOUX

Qui va arbitrer, vous vous faites une préconisation.

François VILLEROY de GALHAU

On aura vendredi matin le chiffre définitif de l’inflation de décembre, à partir de là la BANQUE DE FRANCE fait le calcul, et donc je ferai ma recommandation au ministre vendredi.

Elizabeth MARTICHOUX

Autour de 0,8 %...

François VILLEROY de GALHAU

Je rappelle que la formule c’est pour moitié l’inflation des six derniers mois, et pour moitié les taux d’intérêt des six derniers mois. Je ne peux pas encore donner le chiffre, mais un mot du Livret d’Epargne Populaire, dont on ne parle pas, qui lui est totalement protégé contre l’inflation…

Elizabeth MARTICHOUX

Juste le Livret A, pardon, le Livret A, quoi qu’il en soit, coup de pouce ou pas coup de pouce…

François VILLEROY de GALHAU

Mais je reviendrai sur le Livret d’Epargne Populaire.

Elizabeth MARTICHOUX

De Bruno LE MAIRE, justement c’est lié, c’est un rendement qui évidemment est négatif, il restera négatif à cause de l’inflation.

François VILLEROY de GALHAU

La formule du Livret A est lissée. Quand l’inflation était à zéro, je rappelais, il y a un an, et que le Livret A rapportait 0,5, il rapportait plus…

Elizabeth MARTICHOUX

Mais maintenant ?

François VILLEROY de GALHAU

Il y a une formule : ce n’est pas moi qui l’ai décidée, c’est le gouvernement, qui regarde pour moitié l’inflation et pour moitié les taux d’intérêt.

Elizabeth MARTICHOUX

Mais du coup le Livret A est un placement sûr, mais qui ne rapporte pas, est-ce que c’est juste, parce que quand on est riche on achète des actions et… ?

François VILLEROY de GALHAU

C’est un placement sûr et qui rapporte plus que nombre de placements aujourd’hui, mais le Livret d’Epargne Populaire, lui est totalement protégé contre l’inflation

Elizabeth MARTICHOUX

Il y a combien de Français qui… ?

François VILLEROY de GALHAU

Il y a 15 millions de Français qui peuvent accéder au Livret d’Epargne Populaire, il y en a la moitié seulement qui ont des livrets aujourd’hui. Le LEP, c’est pour les Français peu imposés, ou pas imposés, et je me permets de parler de ce produit ce matin parce qu’il y a des millions de Français qui pourraient y avoir droit, et qui aujourd’hui n’ont pas ouvert de LEP, le rendement…

Elizabeth MARTICHOUX

Il est intéressant.

François VILLEROY de GALHAU

Je fais l’annonce ce matin, le rendement du LEP, après la révision, sera plus de deux fois plus élevé que celui du Livret A. Donc cela fait une différence significative.

Elizabeth MARTICHOUX

Donc vous dites allez sur le Livret d’Epargne Populaire, pour ceux qui sont éligibles…

François VILLEROY de GALHAU

Oui, le Livret A c’est un bon produit, mais pour l’épargne populaire, le vrai produit de protection du pouvoir d’achat, c’est le Livret d’Epargne Populaire.

Elizabeth MARTICHOUX

Parce qu’il y a des enjeux d’égalité sociale quand même, encore une fois, quand on peut, eh bien on a des placements qui sont plus rentables que le Livret A aujourd’hui.

François VILLEROY de GALHAU

Bien sûr. Vous savez, des produits comme le Livret d’Epargne Populaire, ou le Livret A, existent en France et n’existent pas dans les autres pays européens. Je trouve que c’est une très bonne chose en France au passage, alors que quelquefois on l’a critiqué.

Elizabeth MARTICHOUX

Monsieur le Gouverneur de la BANQUE DE FRANCE, on en avait parlé une fois, c’est un titre qui existe, napoléonien, donc c’est comme ça, un joli titre d’ailleurs. Les Français sont méfiants à l’égard des politiques, est-ce que ce matin vous nous dites qu’ils peuvent avoir confiance en l’économie française, elle est solide ou pas, malgré le niveau de la dette, malgré les déficits ?

François VILLEROY de GALHAU

Ils peuvent avoir confiance en l’économie française, mais l’économie française c’est nous tous, c’est notre travail. Ils peuvent avoir confiance en la monnaie, l’euro, et j’ai dit la perspective sur l’inflation…

Elizabeth MARTICHOUX

Les 20 ans.

François VILLEROY de GALHAU

Voilà, nous garantissons le retour vers 2 % dans la durée, et effectivement on fête les 20 ans de l’euro, avec un chiffre qui est très impressionnant, qui est notre meilleur encouragement : 74 % des Français ont confiance dans l’euro, souhaitent garder l’euro comme monnaie. Si on regarde sur le temps long, l’inflation a été très bien maîtrisée pendant ces 20 ans : elle est en moyenne de 1,4 %, nettement en dessous des 2 % dont on parlait, et cela a aidé à protéger le pouvoir d’achat des Français. Le pouvoir d’achat ce sont des mesures compliquées, mais je veux juste citer une moyenne : en moyenne l’euro a contribué à bien protéger le pouvoir d’achat des Français, +25% pendant ces 20 ans.

Elizabeth MARTICHOUX

Ah oui, alors que l’euro était accusé de tous les maux, d’ailleurs des partis politiques préconisaient d’en sortir, ce n’est plus du tout le cas, notamment l’extrême droite, ce n’est plus dans son programme…

François VILLEROY de GALHAU

Je ne fais pas de commentaire politique, mais c’est un élément de confiance collective. C’est un superbe succès des Européens au passage, nous avons construit ensemble une monnaie mondiale.

Elizabeth MARTICHOUX

Voilà, et le prix de la baguette il n’a pas explosé.

François VILLEROY de GALHAU

Vous avez raison, il ne suffit pas de donner des moyennes. Il faut regarder le pain : le prix du pain correspond exactement au 1,4 % dont je vous parlais, ou si on regardait les pâtes, dont on parlait tout à l’heure, les pâtes c’est même quasi stable, c’est 0,1 % par an. Donc voyez, derrière ces chiffres il y a la vie concrète des Français.

Elizabeth MARTICHOUX

Merci beaucoup. Vous confirmez en tout cas votre prévision de croissance, 2021, 6,7, quatrième trimestre 2021, 0,6 %, et une inflation qui va refluer tout au long de l’année, merci beaucoup d’avoir été ce matin sur le plateau de LCI, bonne journée à vous.

François VILLEROY de GALHAU

Merci.

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InterviewFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
LCI : « La BCE fera ce qu'il faut pour ramener l'inflation autour de 2 % »
  • Publié le 12/01/2022
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