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François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France - La Montagne

Interview de François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

LA MONTAGNE - 26 novembre 2018

 

Le gouverneur de la Banque de France se rend dans le Puy-de-Dôme, ce lundi, pour visiter l’imprimerie de Chamalières et la papeterie de Vic-le-Comte, où doit être concentrée la fabrication des billets à partir de 2023. François Villeroy de Galhau a accordé à La Montagne un entretien en amont.

 

Patrice Campo – La Montagne : Quel est l’objet de votre visite de ce lundi et où en est le déménagement de l’imprimerie de Chamalières ?

Je suis venu sur les deux sites, mais il est important de voir la nouvelle papeterie qui fonctionne à plein depuis juillet. Au sujet de la refondation de l’imprimerie, la décision de principe a été prise d’investir dans un nouvel outil, à Vic-le-Comte. Il sera le plus moderne d’Europe et plus respectueux de l’environnement tout en devant diminuer les coûts de production. Nous en sommes aux études précises et à la rédaction de l’avant-projet définitif. Fin 2019, le Conseil général de la Banque de France devra valider définitivement cet investissement de l’ordre de 200 millions d’euros. S’agissant d’une aussi grosse somme d’argent public, cette validation est nécessaire pour confirmer le projet, au vu des derniers chiffres et précisions dont nous disposerons.

Quel est le scénario envisagé quant aux volumes de billets en circulation à l’avenir ? 

La Banque de France n’abandonnera jamais le cash et les billets. La confiance dans la monnaie passe par la liberté de choix des Français quant à leurs moyens de paiement : cette liberté est donc au cœur de notre mission. Sur l’évolution des volumes de billets, nous distinguons la détention et l’usage. La détention, c’est le stock comme moyen d’épargne. Cette demande continue à augmenter pour les billets en euro, de plus de 4 % en 2017, y compris en dehors de la zone euro. Notre hypothèse est que cette demande va continuer à croître. Et c’est ce stock qui importe pour la fabrication des billets. Quant à l’usage du billet comme moyen de paiement, il a lui tendance à diminuer même s’il reste très majoritaire en nombre de transactions. Les Français utilisent davantage leur carte, dont le sans contact, et leur mobile. Cette tendance influe sur un autre de nos métiers, celui des caisses qui assurent la distribution des billets sur le territoire. Dans ce domaine, nous adaptons notre réseau de caisses et centres fiduciaires depuis quinze ans. Nous devons continuer à le faire.

Que deviendra le site de Chamalières ?

Compte tenu des délais, la nouvelle usine de fabrication des billets ne produirait qu’à partir de 2023. Nous avons le temps d’étudier avec les élus et les pouvoirs publics le meilleur usage du site de Chamalières qui a vocation à être réaffecté.

Contexte économique et prévisions : En termes de conjoncture, 2018 sera-t-elle positive ?

Il y a eu un trou d’air sur la première moitié de 2018, en partie la contrepartie de 2017. On voit aujourd’hui une stabilisation de la croissance, autour de 1,6 % sur l’ensemble de 2018. C’est plutôt un bon cru au regard de la moyenne de croissance des dix dernières années. Ceci permettra cette année un recul du chômage, selon les normes du BIT (Bureau International du Travail) et une augmentation du pouvoir d’achat d’environ 1 %.

Quelles sont les tendances sur les autres missions de la Banque de France, médiation du crédit et surendettement ?

Nous tenons à garder une succursale dans chaque département pour assurer notre  mission de services à l’économie, qui concerne tant les ménages que les entreprises. Les dossiers soumis à la médiation du crédit sont en baisse et c’est une bonne nouvelle. Mais les entrepreneurs qui ont des difficultés à obtenir des crédits ne doivent pas hésiter à la saisir. Elle est efficace : en 2017, deux tiers des dossiers recevables ont été réglés. Sur le surendettement des ménages, nous observons une baisse du nombre de dossiers de 12 % cette année en Auvergne-Rhône-Alpes, après une baisse de 30 % sur les quatre années précédentes. C’est un effet positif de la loi Lagarde de 2010 sur le crédit renouvelable. Nous devrions revenir en 2018, pour la première fois depuis 1989 et l’instauration de la loi Neiertz, en dessous du nombre de nouveaux dossiers de cette année-là. Cependant, nous restons mobilisés. Dans le cadre de la mission d’éducation économique et financière, que nous menons depuis 2016, nous allons former cette année 17.000 travailleurs sociaux pour aider les familles à mieux gérer leur budget en amont. 

 

« Le Bitcoin n’est pas une monnaie »

Le Bitcoin et les autres crypto-actifs ne sont pas des monnaies. Ils ne sont ni des moyens de paiement ni des moyens d’épargne. Ce sont des actifs purement spéculatifs, aux valeurs très variables, et ceux qui investissent sur ces crypto-actifs le font à leurs risques et périls. Ceux qui l’ont fait ces derniers temps ont perdu des sommes significatives. Nous recommandons la plus grande prudence, y compris sur le projet formé par la société KeplerK, dont on a voulu faire croire, à tort, qu’elle avait un accord de la Banque de France pour la vente chez les buralistes.

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InterviewFrançois VILLEROY DE GALHAU, Gouverneur de la Banque de France
François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France - La Montagne
  • Publié le 26/11/2018
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