Un siècle plus tard, l’hyperinflation laisse-t-elle une empreinte durable sur les anticipations d’inflation ?
Document de travail n° 1050. Les épisodes d’inflation laissent-ils une trace durable dans la manière dont les individus forment leurs anticipations d’inflation ? Pour répondre à cette question, nous exploitons l’écart d’un siècle entre deux épisodes inflationnistes en Autriche : l’hyperinflation de l’après-Première Guerre mondiale (1914–1922) et la forte poussée inflationniste du début des années 2020.
Notre analyse relie l’évolution des prix historiques dans les dix plus grandes villes autrichiennes aux anticipations d’inflation individuelles contemporaines. Notre principal résultat est une association persistante, suggestive d’une « mémoire de l’inflation » : les individus résidant dans des régions plus exposées à l’hyperinflation des années 1920 déclarent aujourd’hui des anticipations d’inflation plus élevées, un siècle plus tard. Une hausse de 1 % de l’inflation régionale du début des années 1920 est associée à une anticipation d’inflation supérieure d’environ 0,37 % aujourd’hui. Cette association est positive aussi bien en période de faible inflation (mai 2020–avril 2021) qu’en période de forte inflation (mai 2021–août 2024). Concrètement, passer de la ville la moins exposée à la ville la plus exposée historiquement est associé à des anticipations d’inflation supérieures d’environ 9,5 % sur l’ensemble de la période, et d’environ 11,7 % en se fondant sur l’estimation de la période de forte inflation.
Nous documentons aussi un canal possible de persistance intergénérationnelle via l’environnement informationnel : les régions plus marquées par l’inflation historique sont aujourd’hui davantage exposées à la couverture médiatique de l’inflation. Ces résultats impliquent qu’un même choc inflationniste peut générer des réactions hétérogènes des anticipations au sein d’un pays