En 2009, suite à la crise financière, le G20 a lancé la Data Gaps Initiative pour combler les lacunes de données ayant entravé la prévision de la crise et la prise de décisions politiques. Aujourd’hui, cette initiative intègre notamment des recommandations sur le développement d’indicateurs climat, dont la mesure de l'empreinte carbone des investissements directs étrangers (IDE). Pour répondre à cet objectif, le Fonds Monétaire International a proposé une méthode d’estimation à partir de données macroéconomiques.
En France, l’INSEE, via les comptes carbone, propose également une approche macroéconomique pour déterminer l’empreinte carbone de la France qui comprend les émissions françaises et le solde des émissions importées et exportées. Enfin, la Banque de France a récemment publié une estimation en suivant une méthode assez similaire.
Une approche guidée par la disponibilité de données granulaires
Dans un article publié en mars 2025, nous proposons une approche qui se veut granulaire, l’empreinte carbone des IDE étant estimée, notamment, à partir des bilans carbone publiés par les entreprises elles-mêmes.
Cette approche est complémentaire du cadre conceptuel suivi par le FMI. Celui-ci repose sur une hypothèse particulièrement forte d’homogénéité de l’intensité carbone de la production des entreprises détenues par des non-résidents dans les différents secteurs d’activité, ou, autrement dit, d’une indifférenciation des processus de production au sein de chaque filière. S’appuyer sur des données microéconomiques, notamment les émissions de gaz à effet de serre (GES) de chaque entreprise, permet de relâcher l’hypothèse d’homogénéité et ainsi de saisir la diversité des processus de production des entreprises.
À moyen terme, notre approche granulaire permettra de tester la robustesse des hypothèses de l’approche du FMI. In fine, notre objectif est analogue en ce sens qu’il cherche à évaluer dans quelle mesure les multinationales françaises contribuent aux émissions de GES à travers leur production à l’étranger ; et symétriquement, quelles sont les émissions de GES des filiales françaises détenues par des maisons-mères étrangères.
Le principal défi est d'allouer les émissions totales de GES publiées par un groupe multinational aux différentes entités qui le composent.
Un arbre décisionnel peut résumer l'ensemble du processus (Figure 2). Lorsqu'une entreprise est cotée, elle publie généralement un bilan carbone et ses données sont accessibles, qu'il s'agisse de ses états financiers détaillés ou de rapports extra-financiers. Lorsque nous disposons de données sur les émissions de GES, nous les utilisons directement (Cas 1). Cependant, pour les rares entités cotées dont les données d’émissions de GES ne sont pas disponibles (Cas 3), nous devons les estimer. Tous les liens avec l’entreprise investie sont déterminés par la quote-part de participation de l'investisseur direct.
Figure 2 – Arbre décisionnel d’estimation des émissions de GES pour les entreprises faisant l’objet d’un IDE