Le Graphique 3 suggère que les prix de l’énergie contribuent davantage à cette attention élevée que les prix alimentaires. Comment ces différents signaux affectent-ils la formation des anticipations d’inflation ? La littérature a montré que les agents surpondèrent les signaux individuels au détriment des signaux agrégés, ce qui explique en partie la dispersion des anticipations d’inflation au sein des enquêtes auprès des ménages ou des entreprises (Billet de blog, n°285).
L'inflation élevée avive l’attention à l’inflation
Pourquoi l’attention des agents économiques varie-t-elle avec le niveau d’inflation ? Les agents économiques sont confrontés chaque jour à un flux important de nouvelles informations sur les évolutions macroéconomiques et sur des chocs spécifiques, et prennent des décisions en fonction de ces informations. Toutefois, l’accès à ces informations peut être coûteux : cela requiert du temps et de l’attention. Il peut être alors rationnel pour les agents économiques de ne pas porter une attention continue à l’ensemble des informations auxquelles ils peuvent avoir accès. Le degré d’attention à certaines informations et la fréquence à laquelle les agents vont accéder à une nouvelle information va alors dépendre des gains attendus de cette nouvelle information.
Ainsi, quand l’inflation est durablement faible et peu volatile, il peut être opportun pour les agents économiques de moins souvent prêter attention à ce sujet. Au contraire, quand l’inflation est élevée, les ménages et les entreprises ont un intérêt à suivre plus précisément l’évolution des prix pour ne pas perdre en pouvoir d’achat, prendre leurs décisions de consommation ou sur les prix qu’ils fixent. La théorie de l'inattention rationnelle (Sims, 2003, et Mackowiak et Wiederholt, 2009) suggère ainsi que les individus choisissent d'être inattentifs parce que les coûts d’acquisition et de traitement de l’information l'emportent sur les bénéfices.
La transmission des chocs à l’inflation est plus rapide quand l’attention est plus élevée
Lorsque les agents économiques sont plus attentifs à l’inflation, ils prennent davantage en compte les chocs agrégés dans leurs décisions de prix et de salaires alors qu’en inflation faible, les chocs individuels comptent davantage que les chocs agrégés. Une attention élevée à l’inflation peut alors conduire à une répercussion plus rapide et plus importante d’un choc inflationniste aux prix et aux salaires (Pfauti, 2023, et Billet de blog n°324).
En outre, dans un régime d'attention à l'inflation élevée, les banques centrales doivent être plus prudentes dans la communication de leurs intentions de politique et leur gestion des anticipations d'inflation, susceptibles de réagir plus fortement. En contrepartie, cela peut aussi être utilisé favorablement : la communication de la banque centrale, potentiellement plus influente qu’en période d’inflation faible, devrait permettre à la politique monétaire d’avoir plus d’impact sur l’inflation.