La transmission de la politique monétaire est-elle hétérogène entre les pays de la zone euro et au cours du temps ? Une réévaluation
Document de travail n° 1062. Nous évaluons le degré d’hétérogénéité de la transmission de la politique monétaire entre les pays de la zone euro sur la période 2000–2025. À partir de projections locales mensuelles, nous estimons les effets d'un choc de politique monétaire sur un large ensemble de variables de transmission, aux niveaux de la zone euro et national. Premièrement, nous constatons une hétérogénéité limitée des réponses de l’activité et de l’inflation aux chocs de politique monétaire alors que les variables associées au crédit aux ménages présentent des asymétries plus prononcées. Deuxièmement, des différences structurelles clés entre pays, telles que le niveau d’endettement des ménages, la maturité de la dette, la rigidité des taux d’intérêt et la composition sectorielle de l’économie, influencent effectivement les réponses nationales à un choc monétaire commun. Toutefois, lorsqu’elles sont considérées conjointement, ces caractéristiques se compensent, expliquant la transmission relativement homogène de la politique monétaire au niveau agrégé. Troisièmement, l’estimation mensuelle d’un modèle FAVAR confirme et élargit les résultats obtenus par projections locales : l’asymétrie reste modérée pour l’IPCH et le PIB réel, mais s’avère plus marquée pour les spreads souverains, les prix alimentaires, les variables de crédit ou l’indicateur de consommation. Enfin, une estimation du modèle FAVAR en fenêtre glissante montre que la dispersion des réponses nationales à un choc de politique monétaire varie au cours du temps et se caractérise principalement par des périodes de divergence temporaires liées aux épisodes de crise. Cette dispersion revient toutefois systématiquement à un niveau de référence faible, reflétant des interventions clés de politique monétaire plutôt que des divergences économiques structurelles profondes. Les politiques monétaires non conventionnelles jouent un rôle central dans cette dynamique : elles tendent à réduire les divergences entre pays en période de crise, en impactant plus fortement les pays les plus affectés, et opèrent ainsi, par construction, comme un choc de politique monétaire hétérogène, d’après notre principale métrique.