Pour obtenir les bénéfices à long terme de la décarbonation, il faut payer les coûts macroéconomiques de la transition
Notre principale conclusion est que la transition vers une économie bas carbone a un coût macroéconomique à moyen terme. Par rapport à un scénario de base sans transition, nous estimons que la croissance de la production serait 0,2 point de pourcentage plus faible au moment du point bas et obtenons un pic d’effet inflationniste de 0,5 point de pourcentage (cf. figure 1). Ces effets sont principalement dus au passage de technologies efficaces mais polluantes à des technologies moins efficaces mais propres, qui entraîne une perte importante en matière d’efficacité moyenne du capital et du travail. L’effet direct de la taxe et la baisse de productivité en résultant alimentent des hausses de prix, malgré des pressions à la baisse provenant de l’effet récessionniste de la perte de revenu réel qui en résulte. À court terme, les prix à la consommation augmentent en raison de la taxe carbone, avec un effet défavorable sur la demande malgré la redistribution des recettes fiscales, tandis que l’effet inflationniste à moyen terme et les pertes de production résultent principalement des effets d’offre. Même si le modèle FR-BDF suffirait à lui seul, à court terme, à capturer les répercussions dues principalement aux effets non liés à l’offre, la plus grande partie de l’impact total à moyen terme sur la production et l’inflation est dû aux effets d’offre extraits du modèle FR-GREEN.
Quelle politique monétaire pour stabiliser l’inflation à moyen terme ?
La politique monétaire joue un rôle essentiel dans la façon dont l’économie réagit aux chocs, et c’est tout aussi vrai pour la transition énergétique. Le scénario de base fait l’hypothèse d’une orientation constante de la politique monétaire : le taux d’intérêt nominal est ajusté afin de maintenir le taux réel à un niveau constant, ce qui permet à l’inflation d’augmenter temporairement. Des politiques monétaires alternatives font apparaître un arbitrage. Accroître le taux d’intérêt selon une règle de Taylor standard réduit légèrement l’inflation mais entraîne des pertes de PIB plus élevées. Une politique monétaire plus agressive – relever les taux d’intérêt de 200 points de base – ramène l’inflation à la cible de 2 % à moyen terme, ce qui correspond au mandat principal de la BCE, qui est de maintenir la stabilité des prix, mais amplifie le ralentissement de la croissance du PIB (cf. figure 4). Il convient de noter que l’ampleur du resserrement de la politique monétaire nécessaire pourrait se révéler moins importante avec d’autres modèles macro, qui présentent une plus forte sensibilité de l’inflation aux taux d’intérêt. Il convient également de garder à l’esprit qu’un excédent d’inflation de 0,5 point de pourcentage devrait être soutenable, comme cela a été le cas au début des années 2000 : entre 1999 et 2007, l’énergie a contribué pour 0,4 point de pourcentage à une inflation moyenne mesurée par l’IPCH de 2,1 % dans la zone euro.
Figure 4 : Réaction du PIB et de l’inflation aux chocs de taxe carbone, selon différentes hypothèses de politique monétaire