Rapport

Rapport annuel de la Banque de France 2025

Mise en ligne le 24 Mars 2026
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La Banque de France recense dans son Rapport annuel les actions mises en œuvre au cours de l’année pour remplir ses trois missions fondamentales : stratégie monétaire, stabilité financière, services à l’économie et à la société. Elle y présente également les actions réalisées par les femmes et les hommes qui la composent, en mettant l’accent sur sa responsabilité sociale et environnementale. Enfin, elle communique sur sa gestion financière et les comptes de l’exercice.

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Avant-propos du gouverneur

« Malgré l’incertitude géopolitique, nous devons continuer à agir pour relever les défis de l’économie française. La Banque de France y contribuera, comme pôle de stabilité et de confiance. »
François Villeroy de Galhau

Quelle est la situation de l’économie française, et en particulier de l’inflation ?

En 2025, la France et l’Europe ont confirmé une victoire essentielle : l’inflation est revenue à 1,9 % en zone euro, et à 1,1 % en France en février 2026. Ce résultat est l’aboutissement d’un chemin considérable, depuis le choc déflationniste de la Covid, qui a profondément perturbé l’activité, puis la guerre en Ukraine, qui a provoqué une vague inflationniste que la politique monétaire a permis d’endiguer. Avec le reflux durable de l’inflation, la politique monétaire a rempli sa mission de stabilité des prix, et elle va continuer à le faire face au défi du dernier choc pétrolier.

Quels sont les autres défis auxquels nous faisons face ?

Nous devons à la fois maîtriser notre dette et rendre l’économie française et européenne durablement plus dynamique. Notre croissance potentielle a presque été divisée par deux en une génération, passant de 2 % en 2000 à 1,1 % aujourd’hui en France, alors qu’elle atteint 2,2 % aux États-Unis. Les solutions sont connues et détaillées dans les rapports Draghi et Letta : il faut intégrer davantage le marché unique, investir mieux en orientant l’épargne vers les fonds propres, et innover plus vite en simplifiant. En France, nous savons aussi qu’il faut diminuer la dette publique qui crée un étouffement budgétaire – avec 70 milliards d’intérêts supplémentaires chaque année au bout de dix ans – et un étouffement économique à travers le surcoût de financement.

Quel doit être le rôle de la politique monétaire ? Est-ce que les taux d’intérêt sont au bon niveau ?

Le « choc Iran », c’est à la fois un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance. Nous agirons avec pragmatisme, guidés par les données et les prévisions. Mais il faut aussi dissiper une idée fausse : notre politique monétaire reste plus accommodante que celle de la Fed ; avec des taux significativement inférieurs, et un portefeuille de titres publics plus important.

Vous avez parlé de simplification. Comment doit-elle se traduire dans le domaine de la stabilité financière ?

Simplifier, c’est d’abord créer les conditions pour innover davantage : alléger ce qui peut l’être, sans tomber dans une dérégulation dangereuse à l’américaine. Les rapports de la BCE et du Mécanisme de surveillance unique en décembre dernier proposent de premières pistes concrètes : une réglementation plus simple et une supervision centrée sur les risques. Ce sont des points d’appui, que nous devons utiliser et pousser collectivement.

Dans un contexte géopolitique très incertain, comment la Banque de France prépare-t-elle l’avenir de la monnaie numérique européenne ?

Non seulement le monde est plus incertain mais la tokenisation transforme la finance, ce qui nous conduit à innover pour renforcer notre souveraineté et notre résilience monétaires. Dès 2026, l’Europe franchira une étape décisive avec une première monnaie numérique de gros, utilisée pour les règlements entre banques, et nous souhaitons également voir émerger les premiers dépôts bancaires tokenisés ou la création de stablecoins en euros. Pour le grand public, l’euro numérique ne réussira que s’il s’appuie sur un partenariat gagnant entre secteur public et acteurs privés – comme la solution Wero – plutôt que sur une compétition intra-européenne qui ne profiterait qu’à des joueurs américains.

Comment la Banque de France accompagne-t-elle les entreprises face aux risques économiques liés au dérèglement climatique ?

Les événements météorologiques et climatiques extrêmes comme les canicules ou les inondations se multiplient et exposent déjà un grand nombre d’entreprises à des risques opérationnels et financiers accrus. Pour aider à mieux les anticiper, la Banque de France a mis à disposition cette année l’outil ODACC, qui permet d’identifier précisément leur exposition aux aléas climatiques. Mais pour limiter le dérèglement, il faut aussi accompagner le secteur financier et les entreprises dans leurs plans de transition vers une économie bas-carbone.

Le rapport annuel rend compte également de vos résultats financiers. Qu’en est-il cette année ?

Nos pertes liées à l’activité monétaire, élevées l’an dernier, se sont significativement réduites du fait de la baisse des taux et de la diminution de la taille de notre bilan. Nous avons également poursuivi la mise aux normes techniques de notre stock d’or, ce qui conduit en 2025 à une plus-value exceptionnelle. Notre résultat financier est donc au total nettement positif. En outre, notre gestion rigoureuse se poursuit tout en adaptant aux mutations de l’économie les services que nous rendons à l’économie et à la société française.

C’est votre dernier avant-propos du rapport annuel, car vous avez annoncé que vous quitterez la Banque de France en juin 2026. Pourquoi ?

C’est le onzième rapport annuel que j’ai l’honneur de présenter ! La Banque de France est la plus belle mission que j’ai exercée dans ma vie de serviteur public et mon départ est une décision personnelle de l’homme libre que j’ai toujours essayé d’être. Je savais qu’après la Banque de France, je souhaiterais m’engager dans une autre mission d’intérêt général, à dimension sociale. Jean-Marc Sauvé m’a sollicité pour lui succéder en juin 2026 à la présidence de la fondation Apprentis d’Auteuil, acteur majeur de l’aide à l’enfance et de la formation des jeunes en difficulté. Après avoir beaucoup réfléchi, j’ai décidé d’accepter, d’autant que l’essentiel de ma mission à la Banque de France sera accompli d’ici juin.

La Banque de France s’est beaucoup transformée depuis votre nomination comme gouverneur. Quelle en a été la motivation ?

La Banque de France est au service des Français et des entrepreneurs ; elle se doit donc de leur rendre le meilleur service au meilleur coût. Depuis 2016, grâce à deux plans stratégiques ambitieux, nous avons tenu bon sur nos missions à travers les crises, tout en devenant plus performants. Nous adaptons notre monnaie et le système financier à la numérisation de l’économie et nous développons des outils pour assurer la résilience des banques et des entreprises face aux risques climatique et cyber. Tout en renforçant notre accompagnement dans notre réseau de 105 implantations sur tout le territoire. Ceci est le fruit de l’engagement sans faille des près de 9 000 femmes et hommes de la Banque de France. Grâce à eux, nous avons réussi une transformation publique exigeante, mais exemplaire. Ce rapport d’activité leur rend hommage, à rebours du pessimisme trop en vogue sur notre pays et son service public.

Mise à jour le 24 Mars 2026