Un marché du capital-risque encore insuffisamment développé en dépit de progrès récents
Malgré un ralentissement du marché ces deux dernières années – après la forte croissance observée entre 2020 et 2022 – les investissements annuels en capital-risque (Venture capital, VC) dans l’Union européenne (UE) ont fortement cru depuis 2010 pour passer de 2,5 Mds€ à plus de 10 Mds€ en 2023.
Le marché européen du capital-risque reste toutefois en retrait par rapport aux États-Unis. Entre 2014 et 2023, les investissements en capital-risque ont ainsi atteint au total 89 Mds€ dans l’UE contre plus de 1000 Mds€ aux États-Unis et l’écart ne s’est que marginalement réduit. Ce retard affecte uniformément toutes les étapes de financement des start-ups. Si le manque de fonds européens de grande taille limite le financement des phases de croissance avancée (cf. Julien-Vauzelle et al., 2022), les difficultés persistent également dès les premières phases, notamment lors de l’amorçage (Graphique 1).
Le capital-risque joue pourtant un rôle central pour soutenir l’innovation, en permettant l’émergence et le développement de jeunes entreprises à fort potentiel. En acceptant de porter un risque élevé sur des horizons longs, les investisseurs en capital-risque offrent un mode de financement particulièrement adapté aux start-ups. Le déficit européen en la matière constitue l’une des causes identifiées dans le rapport Draghi (2024) pour expliquer le retard technologique et de productivité croissant de l’Europe vis-à-vis des États-Unis.
Rôle clé des acteurs publics et manque d’appétence des investisseurs institutionnels en Europe
L’intervention publique est utile pour pallier certaines défaillances de marché, notamment lorsque l’horizon des investisseurs privés est trop court au regard du temps nécessaire à la maturation de l’entreprise. En Europe, la combinaison d’instruments nationaux (via Bpifrance ou KfW en Allemagne) et européens (notamment via le Fonds européen d’investissement – FEI – et l’Initiative Champions technologiques européens – ICTE) contribue au développement de l’écosystème en stimulant l’offre globale de financement. Sur la période 2013-2023, les montants investis dans le capital-risque par les acteurs publics sont comparables aux États-Unis et en Europe, de l’ordre de 40Mds€ (Arnold et al., 2024), mais ils ont représenté 30 % des investisseurs dans l’UE, contre seulement 4 % aux États-Unis. Ainsi, la faiblesse relative du financement du capital-risque en Europe s’explique avant tout par l’insuffisante mobilisation des investisseurs financiers privés de long terme, dont la contribution est dix-sept fois plus faible qu’aux États-Unis (Graphique 2).
Développer le marché du capital-risque européen nécessite d’élargir et diversifier la base d’investisseurs privés. À la différence des États-Unis, où les fonds de pension et les fonds de dotation des universités jouent un rôle moteur, ces acteurs sont moins présents en Europe. Les investisseurs institutionnels européens, notamment les assureurs, privilégient traditionnellement les produits de taux. Les assureurs européens investissaient à hauteur de 1,45% de leurs placements en capital-investissement (une catégorie plus large que le capital-risque regroupant les investissements institutionnels en fonds propres dans des entreprises non cotées pour financer leur développement, leur transformation et leur expansion) au quatrième trimestre 2024. Les investisseurs institutionnels capables d’investir à long terme tout en diversifiant leurs risques sont pourtant bien placés pour jouer un rôle plus actif dans le capital-risque. La révision de la directive Solvabilité II contribue par exemple à lever certains obstacles à l’investissement en capital-risque pour les assureurs, en facilitant l’accès au dispositif Long-Term Equity Investment (LTEI).
Graphique 2. Répartition des investisseurs entre 2013 et 2023 (En % du capital risque total levé)