Quels peuvent être les effets des conditions de financement sur l’accès au logement ?
La confrontation directe des évolutions de taux d’intérêt et des prix du logement ne doit pas être surinterprétée. On constate par exemple qu’avec le durcissement de la politique monétaire à partir de 2022-2023, les prix immobiliers ont peu évolué (Graphique 1), impliquant des difficultés d’accès à la propriété pour certains ménages, les normes HCSF ayant cependant permis de préserver la part des crédits aux primo-accédants dans la production totale de nouveaux crédits à l’habitat.
Si les conditions de taux sont un élément clé pour le financement, d’autres paramètres peuvent jouer, comme la mise en œuvre de mesures macroprudentielles encadrant les conditions d’octroi. Pour sa part, l’évolution des prix de l’immobilier, sur un marché par ailleurs très fragmenté, résulte de facteurs multiples, dont le coût du crédit n’est qu’un des éléments. Elle dépend, entre autres, des conditions économiques, de la démographie, de la solvabilité des emprunteurs, de l’aménagement du territoire, de la politique fiscale ou encore du différentiel de rendements avec d’autres actifs financiers.
Ainsi, au-delà des prix immobiliers et des conditions d’emprunt pour l’accès à la propriété, Bonnet, Garbinti et Grobon (2018) mettent aussi en évidence le rôle de l’évolution des structures familiales (proportion croissante de familles monoparentales alors que la proportion de couples avec enfants – ayant une propension plus élevée que la moyenne à accéder à la propriété – recule). Ces auteurs évaluent également l’importance des aides (donations et héritages) que peuvent recevoir les ménages les plus aisés par rapport aux jeunes ménages les plus modestes.
Pour autant, sur la relation entre conditions de financement, prix immobiliers et accession à la propriété, une étude récente de Waddell et Walker (2025) est particulièrement éclairante. Ces auteurs regardent, dans le cas du Royaume-Uni, si l’augmentation de l’offre de prêts hypothécaires a pu avoir un effet perceptible sur le taux d’accession à la propriété, en permettant en particulier plus de financements aux primo-accédants. Leurs résultats montrent qu’il n’en est rien. L’offre de crédit supplémentaire a plutôt eu tendance (i) à favoriser les transactions de propriétaires occupants (ventes-rachats de résidences principales, acquisition de résidences secondaires ou de logements locatifs), (ii) à faire monter les prix des logements (Graphique 3) et (iii) à faire éventuellement pression sur les loyers.
Graphique 3
Choc positif de 1 % sur l’offre de crédit au Royaume-Uni :