Au-delà du seul défi environnemental, le changement climatique engendre des risques pour la stabilité économique et financière. Avec l’accélération de la hausse des températures à l’échelle planétaire et le retard pris par les politiques climatiques, le système économique et financier est doublement exposé. D’une part, le risque physique grandit avec la multiplication des catastrophes naturelles. De l’autre, le risque de transition pourrait s’intensifier en cas d’adoption de nouvelles réglementations climatiques ou de l’émergence de ruptures technologiques. De tels développements sont susceptibles de dégrader l’activité économique (Champey et Gosset, 2026) et de provoquer des corrections sévères sur les marchés financiers ainsi qu’une dévalorisation des portefeuilles des institutions financières.
Afin de quantifier l’ampleur de l’impact du dérèglement climatique pour le secteur financier français, ce billet s’appuie sur un scénario climatique de risque physique à court-terme« catastrophes et stagnation politique » (« Disaster and Policy Stagnation ») du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS), publié en mai 2025 (NGFS, 2025). Ce scénario simule des événements climatiques extrêmes mais plausibles au niveau régional : une série de sécheresses, vagues de chaleur et incendies en 2026, suivie par des inondations et des tempêtes en 2027. Pour mettre ces résultats en perspective, nous les comparons à ceux du scénario « signal d’alarme » (« Sudden Wake-Up Call »), qui se concentre sur les effets d’une transition climatique désordonnée.
Deux scénarios climatiques aux impacts contrastés
Le premier constat est que, en moyenne, le scénario de désastres physiques induit des pertes plus importantes et étendues que le scénario de transition climatique soudaine. Dans le premier scénario (risque physique), la correction potentielle moyenne des actions atteint –14,5 %, soit un impact cinq fois supérieur à celui du second scénario (risque de transition ; –2,7 %). Cette tendance se confirme pour les obligations d’entreprise et souveraines, avec des corrections respectives de –4,2 % et –3,2 % dans le scénario de risque physique, contre seulement –1,0 % et –0,6 % dans le scénario de transition, comme le montre le Graphique 1.
Cependant, l’analyse des cas extrêmes révèle des corrections bien plus fortes dans certains cas. La dispersion sectorielle et géographique des corrections est plus marquée pour le scénario de risque de transition dans le cas des actions et des obligations d’entreprise. Ainsi, les acteurs les plus exposés à la transition vers une économie bas-carbone pourraient subir des dévalorisations sévères, pouvant atteindre –99 % pour les actions et –83 % pour les obligations émises par les entreprises du secteur du charbon en Argentine, au Brésil et au Mexique.
Une exposition très hétérogène selon les secteurs d’activité
L’analyse sectorielle confirme cette double lecture : les désastres climatiques et les chocs de transition n’affectent ni les mêmes acteurs, ni de la même manière. Les « événements secs » (sécheresses, incendies) de 2026 affecteraient surtout certains secteurs comme l’agriculture (–41 % pour les actions des quelques entreprises cotées) et la construction (–18 %), comme l’illustre le Graphique 2. À l’inverse, les « événements humides » (inondations, tempêtes) de 2027 auraient un impact négatif plus généralisé pour l’ensemble des secteurs économiques, avec une correction moyenne de –15 % sur les actions due aux dommages sur les actifs physiques des entreprises.
En comparaison, l’impact moyen du scénario de transition soudaine sur l’économie est plus limité (–2,7 % pour les actions), mais les secteurs des énergies fossiles subiraient des corrections substantielles. Les pertes moyennes s’élèveraient à –25 % pour les actions des entreprises opérant dans le secteur du charbon et –16,5 % pour le pétrole. Pour les secteurs les plus polluants situés dans certaines géographies, les corrections pourraient s’avérer encore plus importantes. Les pertes pourraient ainsi atteindre –99 % dans le secteur du charbon, –67 % pour la production d’électricité à partir de gaz, et aller jusqu’à –53 % pour le secteur pétrolier.
Graphique 2 : Chocs de valorisation sur les actions : distribution par secteur et scénario