Note : les barres bleu clair donnent la contribution des entrées-sorties d’exportateurs ("marge extensive") et les barres bleu foncé donnent la contribution de la réduction de la variation de la valeur moyenne des exportations des unités légales subsistantes dans l’échantillon (la marge "intensive"). La courbe noire indique la variation interannuelle pour chaque mois de la valeur des exportations agrégées. Par exemple : la valeur des exportations en avril 2020 a été 40% inférieure à celle d’avril 2019.
Ces résultats suggèrent d’approfondir l’analyse de l’évolution de la marge intensive. Les exportations françaises, comme celle des autres pays, présentent un fort degré de concentration : en 2019, 0,1% des exportateurs – soit une centaine d’unités légales – concentraient 36% de la valeur exportée (41% si l’on inclut le secteur aéronautique). Et parmi ceux-ci, le groupe composé des 0,01% plus grands exportateurs (une dizaine d’unités légales) réalisait à lui seul 14% du total des exportations (19% si l’on inclut le secteur aéronautique). Cette concentration implique que les performances de ces « champions à l’exportation » sont déterminantes pour l’évolution des exportations agrégées.
Les "champions à l’exportation" sont responsables de la moitié de l’effondrement
On peut maintenant revenir en détail sur le graphique 1 détaillant l’impact de la concentration des exportateurs sur la réaction des exportations agrégées au choc de la Covid. Les barres noires présentent la situation pré-crise : la contribution au total selon la position dans la distribution totale, dont les valeurs ont été commentées dans le paragraphe précédent. Les barres grises donnent la contribution de chaque groupe à la variation totale des exportations entre les mois d’avril-mai 2020 et la même période en 2019. Si, pour une classe de taille d’exportation donnée, la barre grise dépasse la barre noire, cela signifie que le groupe en question a contribué plus que sa part pré-crise. On observe que ceci est vrai pour les deux groupes d’unités légales concentrant les plus grands exportateurs : le choc lié à la Covid a été plus fort pour ces très grands exportateurs que pour les autres. Au total, le recul des ventes de la centaine des plus grands exportateurs en 2019 (i.e. le cumul des deux dernières barres grises du graphique 1) explique presque la moitié de la chute des exportations françaises (hors aéronautique). Au sein de ce groupe, la dizaine des plus grands exportateurs explique à elle seule un recul de 22% des exportations agrégées. Il est important de remarquer que ces résultats persistent lorsque l’on compare la performance par classe de taille d’exportations au sein des secteurs par des méthodes économétriques. Autrement dit, ces résultats ne sont pas la conséquence de la composition sectorielle des exportations françaises, et cela reste vrai si l’on réintroduit le secteur aéronautique.
Ces résultats constituent une illustration de la vision dite "granulaire" de l’économie (Gabaix, 2011) : les performances des entreprises individuelles ont de fortes conséquences pour les évolutions macroéconomiques lorsqu’il existe une concentration importante. Si en temps normal une poignée de "champions à l’exportation" contribue largement aux performances agrégées de la France sur les marchés extérieurs, leur contre-performance apparait elle aussi déterminante pour comprendre l’impact de la Covid et l’effondrement des exportations agrégées lors du déclenchement de la crise sanitaire.
* L’accès aux données utilisées dans cette étude a été autorisé par le Conseil national de l’information statistique (CNIS) et mises à disposition par le Centre d’accès sécurisé aux données (CASD).