Une sous-performance marquée des exportations françaises en 2020
Les exportations de biens des grandes économies de la zone euro ont fortement chuté au cœur de la crise sanitaire au deuxième trimestre 2020, et ont connu un rebond marqué dès le troisième trimestre de cette même année (graphique 1). Néanmoins, cette dynamique apparaît fortement hétérogène d’un pays à l’autre et la France se distingue nettement de ses principaux partenaires de la zone euro. Comparées à ces pays, les exportations de la France ont chuté plus brutalement, et sont restées plus durablement affaiblies. Au deuxième trimestre 2020, les exportations de biens de la France en valeur étaient inférieures d’environ 34% à leur niveau du quatrième trimestre 2019 (Allemagne : -25% ; Italie : -28% ; Espagne : -28%). Au quatrième trimestre 2020, elles étaient encore inférieures de presque 10% à leur niveau du quatrième trimestre 2019, tandis que les exportations des trois autres pays avaient quasiment récupéré leur niveau d’avant-crise.
Une spécialisation sectorielle défavorable dans la crise sanitaire
L’analyse du commerce international détaillé par pays exportateur, pays importateur et produits (Berthou et Gaulier, 2021) permet d’identifier la contribution des effets de la spécialisation sectorielle ou géographique dans l’évolution des parts de marché à l’exportation de la France et de ses principaux partenaires de la zone euro. La contribution résiduelle aux évolutions de parts de marché à l’exportation peut s’interpréter comme un effet de "performance", une fois contrôlé des effets de spécialisation sectorielle et géographique.
Lors du premier confinement qui a débuté en mars 2020, la baisse de la part de marché mondiale de la France en avril 2020 s’explique principalement par cet effet de "performance" défavorable (qui réduit la part de marché mondiale de la France à hauteur de -23%), et non par sa spécialisation sectorielle ou géographique (graphique 2). Cette mauvaise performance à l’exportation de la France est attribuable au confinement plus strict en avril, relativement à i) d’autres pays proches sur le plan géographique ayant connu une vague épidémique concomitante mais ayant introduit moins de restrictions ou s’y étant mieux adaptés (à l’exemple de l’Allemagne), ii) des pays proches en matière de niveau de développement économique mais ayant connu une vague épidémique décalée dans le temps (comme les États‑Unis), ou encore vis‑à‑vis de pays émergents ayant connu des vagues épidémiques décalées (comme la Chine ou l’Inde). L’effet de spécialisation géographique apparaît défavorable à la France en avril 2020 (et réduit la part de marché de la France à hauteur de -2%), ce qui s’explique par l’intensité de la vague épidémique chez nos partenaires les plus proches sur cette période. L’effet de spécialisation sectorielle de la France est neutre en avril, au moment où le gel de l’activité touche tous les secteurs.
Dès les mois de mai et juin 2020, alors que les flux de commerce revenaient progressivement à leur niveau d’avant crise (en France et chez nos partenaires), les exportations de la France sont restées affaiblies par un effet de spécialisation sectorielle. En juin 2020, celui‑ci expliquait près d’un tiers de la baisse de la part de marché mondiale à l’exportation de la France sur douze mois. En décembre, alors que l’effet "performance" des exportations de la France redevenait fortement positif, signe d’un rattrapage de nos exportations, celui‑ci était entièrement compensé par un effet de spécialisation sectorielle défavorable.
Sur l’ensemble de l’année 2020, la part de la France dans les exportations mondiales de biens baisse de 8%. Cela s’explique en partie par des effets défavorables de spécialisation sectorielle (– 2,3 %) et géographique (– 0,7%). La contribution du facteur "performance" sur l’ensemble de l’année, hors spécialisations sectorielle et géographique, contribue à hauteur de – 5%. Sur le second semestre, la spécialisation sectorielle de la France explique environ 68% de la perte de parts de marché.