Bulletin économique de la BCE

Bulletin économique de la BCE n°1/2026

Mise en ligne le 19 Février 2026

Le Bulletin économique résulte de l'obligation légale faite à la BCE de publier des rapports sur les activités du SEBC au moins chaque trimestre (en vertu de l’article 15.1 des Statuts du SEBC). Les éditions publiées après les réunions de politique monétaire de mars, juin, septembre et décembre fournissent une analyse approfondie des évolutions économiques et monétaires.

Évolutions économiques, financières et monétaires

Synthèse

Lors de sa réunion du 5 février 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Son évaluation actualisée a confirmé une nouvelle fois que l’inflation devrait se stabiliser au niveau de sa cible de 2 % à moyen terme. L’économie continue de résister dans un environnement mondial difficile. La croissance est soutenue par le faible niveau de chômage, la solidité des bilans dans le secteur privé, le déploiement progressif des dépenses publiques supplémentaires consacrées à la défense et aux infrastructures et les effets bénéfiques des réductions passées des taux d’intérêt directeurs. Les perspectives restent cependant incertaines, en particulier en raison des incertitudes entourant les politiques commerciales au niveau mondial et des tensions géopolitiques.

Le Conseil des gouverneurs est déterminé à assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de sa cible de 2 % à moyen terme. Il suivra une approche s’appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation appropriée de la politique monétaire. Plus particulièrement, les décisions du Conseil des gouverneurs relatives aux taux d’intérêt seront fondées sur son évaluation des perspectives d’inflation et des risques entourant ces perspectives, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.

Activité économique

L’économie a crû de 0,3 % au quatrième trimestre 2025, selon l’estimation rapide préliminaire d’Eurostat. La croissance a été principalement tirée par les services, en particulier dans le secteur de l’information et de la communication. L’activité manufacturière a bien résisté malgré le contexte défavorable lié au commerce international et aux incertitudes géopolitiques. L’activité dans le secteur de la construction s’accélère, en partie soutenue par les investissements publics.

En dépit d’un nouveau ralentissement de la demande de main-d’œuvre, le marché du travail continue de soutenir les revenus. Le chômage s’est élevé à 6,2 % en décembre, après 6,3 % en novembre. La hausse des revenus du travail et la baisse du taux d’épargne des ménages devraient stimuler la consommation privée. Les dépenses publiques consacrées à la défense et aux infrastructures devraient également contribuer à la demande intérieure. L’investissement des entreprises devrait encore se renforcer, les enquêtes montrant notamment que les fonds alloués aux nouvelles technologies numériques augmentent de plus en plus. Cela étant, l’environnement extérieur reste difficile du fait de la hausse des droits de douane et du renchérissement de l’euro au cours de l’année écoulée.

Le Conseil des gouverneurs souligne le besoin urgent de renforcer la zone euro et son économie dans le contexte géopolitique actuel. Les gouvernements devraient cibler en priorité la soutenabilité des finances publiques, les investissements stratégiques et les réformes structurelles propices à la croissance. Il reste crucial de libérer le plein potentiel du marché unique européen. Il est également vital de favoriser une plus grande intégration des marchés de capitaux, en achevant l’union pour l’épargne et l’investissement et l’union bancaire selon un calendrier ambitieux, et de rapidement adopter le règlement établissant l’euro numérique.

Inflation

En janvier 2026, l’inflation est revenue à 1,7 %, après 2,0 % en décembre et 2,1 % en novembre. La baisse des prix de l’énergie s’est accentuée, à – 4,1 %, après – 1,9 % en décembre et – 0,5 % en novembre, alors que la hausse des prix des produits alimentaires s’est accélérée, à 2,7 %, après 2,5 % en décembre et 2,4 % en novembre. L’inflation hors énergie et produits alimentaires s’est atténuée  pour s’établir à 2,2 %, après 2,3 % en décembre et 2,4 % en novembre. Le renchérissement des biens s’est légèrement accentué, à 0,4 %, tandis que la hausse- des prix des services est revenue à 3,2 %, contre 3,4 % en décembre et 3,5 % en novembre.

Les indicateurs de l’inflation sous-jacente ont peu évolué ces derniers mois et restent conformes à la cible du Conseil des gouverneurs de 2 % à moyen terme. La progression des salaires négociés et les indicateurs prospectifs, comme l’outil de suivi des salaires de la BCE et les résultats des enquêtes sur les anticipations relatives aux salaires, signalent une poursuite de la modération des coûts de main d’oeuvre. En revanche, la contribution à la croissance globale des salaires des versements effectués en sus de la composante des salaires négociés demeure incertaine.

La plupart des mesures des anticipations d’inflation à plus long terme continuent de s’établir autour de 2 %, favorisant la stabilisation de l’inflation au niveau de la cible du Conseil des gouverneurs.

Évaluation des risques

La zone euro continue d’opérer dans un environnement politique mondial volatil. Une nouvelle poussée d’incertitude pourrait peser sur la demande, de même qu’une détérioration de la confiance sur les marchés financiers mondiaux. De nouvelles frictions dans les échanges commerciaux pourraient perturber les chaînes
d’approvisionnement, réduire les exportations et affaiblir la consommation et l’investissement. Les tensions géopolitiques, en particulier la guerre injustifiée menée par la Russie contre l’Ukraine, demeurent une source majeure d’incertitude.

À l’inverse, les dépenses prévues en matière de défense et d’infrastructures, associées à l’adoption par les entreprises de la zone euro de réformes induisant des gains de productivité et de nouvelles technologies, sont susceptibles de renforcer la croissance davantage qu’attendu, y compris grâce à des effets positifs sur la confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs. De nouveaux accords commerciaux et une plus forte intégration du marché unique seraient aussi de nature à attiser la croissance au-delà des anticipations actuelles.

Les perspectives d’inflation restent plus incertaines que d’ordinaire, en raison de la volatilité de l’environnement politique mondial. L’inflation pourrait être plus faible si les droits de douane réduisaient la demande d’exportations adressée à la zone euro de manière plus importante qu’attendu et si les pays en surcapacité augmentaient encore leurs exportations vers la zone euro. En outre, un euro plus fort pourrait entraîner un ralentissement de l’inflation plus marqué qu’anticipé actuellement. Des marchés financiers plus volatils et plus réticents à prendre des risques pourraient peser sur la demande et ainsi faire également reculer l’inflation. À l’inverse, l’inflation pourrait être plus forte en cas de hausse persistante des prix de l’énergie ou si une plus grande fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales poussait les prix à l’importation à la hausse, réduisait l’offre de matières premières critiques et accentuait les contraintes de capacité au sein de l’économie de la zone euro. Si le ralentissement de la croissance des salaires s’atténuait, la hausse des prix des services pourrait se tempérer plus tard que prévu. L’accroissement programmé des dépenses consacrées à la défense et aux infrastructures pourrait également aviver l’inflation à moyen terme. Des phénomènes météorologiques extrêmes et, plus généralement, l’évolution des crises liées au climat et à la nature pourraient conduire à une hausse des prix des produits alimentaires plus importante qu’anticipé.

Conditions financières et monétaires

Depuis la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs du 18 décembre 2025, les taux d’intérêt de marché ont diminué, tandis que les tensions liées au commerce mondial et de nature géopolitique ont provisoirement exacerbé la volatilité sur les marchés financiers. Les taux d’intérêt bancaires appliqués aux entreprises ont légèrement augmenté en décembre, à 3,6 %, contre 3,5 % en novembre, comme le coût du financement par endettement de marché. Le taux d’intérêt moyen appliqué aux nouveaux prêts hypothécaires est encore resté stable, à 3,3 % en décembre.

Les prêts bancaires aux entreprises ont progressé de 3,0 % en rythme annuel en décembre, après 3,1 % en novembre et 2,9 % en octobre. Les émissions d’obligations d’entreprise ont crû de 3,4 % en décembre. Selon l’enquête de janvier 2026 sur la distribution du crédit bancaire dans la zone euro, la demande de prêts des entreprises a légèrement augmenté au quatrième trimestre 2025, notamment pour financer leurs stocks et leurs fonds de roulement. Dans le même temps, les critères d’octroi de prêts aux entreprises se sont encore durcis.

Les prêts hypothécaires se sont accrus de 3,0 % en décembre, après 2,9 % en novembre et 2,8 en octobre, dans le contexte d’une demande toujours en hausse et d’un assouplissement des critères d’octroi.

Décisions de politique monétaire

Les taux d’intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal ont été laissés inchangés, à respectivement 2,00 %, 2,15 % et 2,40 %.

Les portefeuilles du programme d’achats d’actifs (asset purchase programme, APP) et du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (pandemic emergency purchase programme, PEPP) se contractent à un rythme mesuré et prévisible, car l’Eurosystème ne réinvestit plus les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance.

Conclusion

Lors de sa réunion du 5 février 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Il est déterminé à assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de sa cible de 2 % à moyen terme. Il suivra une approche s’appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation
appropriée de la politique monétaire. Plus particulièrement, les décisions du Conseil des gouverneurs relatives aux taux d’intérêt seront fondées sur son évaluation des perspectives d’inflation et des risques entourant ces perspectives, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l’inflation
sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.

En toute hypothèse, le Conseil des gouverneurs se tient prêt à ajuster l’ensemble de ses instruments, dans le cadre de son mandat, pour assurer une stabilisation durable de l’inflation au niveau de sa cible à moyen terme et pour préserver la bonne transmission de la politique monétaire.
 

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Mise à jour le 19 Février 2026