Des taux d’intérêt mieux adaptés à l’économie française
En transférant sa politique monétaire au niveau européen, la France a paradoxalement bénéficié d’une politique monétaire davantage adaptée à ses cycles d’activité et d’inflation.
Une manière conventionnelle de calculer le taux d’intérêt de court terme « adapté » à l’économie d’un pays est d’utiliser une règle de Taylor. Il s’agit d’un taux théorique calculé comme la moyenne pondérée de trois termes : (i) le taux d’intérêt « neutre », (ii) l’écart de l’inflation à sa cible (2%), et (iii) l’écart entre le PIB et son potentiel, ces deux derniers termes étant pondérés chacun à 50%. Le taux d’intérêt neutre nominal est la somme du taux neutre réel et du taux d’inflation. Le taux neutre réel est ici supposé égal au taux de croissance du PIB potentiel, qui reflète la capacité de production de l’économie.
L’idée générale de la règle de Taylor est que le taux d’intérêt réel (différence entre le taux d’intérêt nominal et l’inflation) augmente lorsque l’inflation est en hausse. Il augmente aussi lorsque le PIB augmente plus vite que son niveau potentiel, car cela annonce généralement une hausse des pressions inflationnistes.
On calcule ici les « taux de Taylor » séparément pour la zone euro et pour la France, sur la période 1999-2023, à partir de l’inflation totale harmonisée. Le calcul du PIB potentiel est sujet à débats. On utilise ici l’évaluation faite par la Commission européenne. Pour ne pas provoquer d’instabilité financière, les banques centrales font varier leurs taux directeurs de manière progressive, par petites marches d’escalier répétées dans le temps. Pour simplifier, on ne tient pas compte de cet ajustement progressif et les taux obtenus sont purement indicatifs. En zone euro, le taux d’intérêt à très court terme est fixé par le Conseil des gouverneurs de manière à stabiliser l’inflation à 2%, sous la contrainte de ne pas pourvoir descendre fortement en-dessous de zéro, ni varier trop rapidement dans le temps. Ceci justifie d’importants écarts par rapport à la règle de Taylor.
Les taux de Taylor suivent les inflexions et crises de l’économie de la zone euro (graphique 3). En particulier, ils baissent fortement lors de la crise financière mondiale (2008-2009), de la crise des dettes souveraines (2012-15) et de la pandémie de Covid-19 (2020). Ils augmentent fortement lors de la poussée inflationniste de 2022.
Par construction, le taux de Taylor de la zone euro est une moyenne qui n’a pas de raison de correspondre à la situation économique d’un pays en particulier. Toutefois, sur l’ensemble de la période 1999-2023, et plus particulièrement après la crise financière mondiale, le taux de Taylor de la France est très proche de celui de la zone euro. L’économie française bénéficie du fait qu’elle ressemble beaucoup à celle de la zone euro dans son ensemble, aussi bien en matière d’inflation que de cycle économique. La politique monétaire unique de la BCE, conçue en fonction des besoins agrégés de la zone, a donc toutes les chances de convenir à l’économie française.