Réunion des 10 et 11 juin 2026

Compte rendu de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne qui s’est tenue à Francfort-sur-le-Main le mercredi 10 et le jeudi 11 juin 2026

Mise en ligne le 9 Juillet 2026

1. Examen des évolutions financières, économiques et monétaires et des options possibles de politique monétaire

Évolutions sur les marchés financiers

Mme Schnabel a commencé sa présentation en indiquant que, depuis la précédente réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs des 29 et 30 avril 2026, les marchés financiers de la zone euro sont tiraillés entre deux évolutions antagonistes : le conflit non résolu au Moyen-Orient et l’essor mondial de l’intelligence artificielle (IA). Les perturbations persistantes du transport maritime dans le détroit d’Ormuz ont renforcé les anticipations selon lesquelles les prix du pétrole resteraient plus élevés plus longtemps, malgré une baisse sensible à court terme. Les fixings d’inflation ont diminué par rapport à leurs niveaux élevés d’avril, mais continuent de fluctuer au-dessus de 3 % pour 2026 et de 2 % pour 2027. Parallèlement aux prix du pétrole, les anticipations relatives aux taux de la BCE se sont légèrement modérées. Toutefois, les marchés continuent d’intégrer dans leurs prix environ trois hausses de taux d’intérêt au total, tandis que la réponse médiane dans l’enquête de la BCE auprès des analystes monétaires correspond à une anticipation de seulement deux hausses. Bien que la guerre pèse sur les anticipations de croissance dans la zone euro et au niveau mondial, l’appétence pour le risque des investisseurs reste solide. Un facteur sous-jacent essentiel tient au regain d’optimisme concernant l’IA et à la forte dynamique des investissements liés à l’IA. En conséquence, les marchés d’actions de la zone euro se sont redressés à des niveaux proches de ceux d’avant la guerre, et les écarts de rendement des obligations d’entreprises et souveraines sont restés étroits. Dans l’ensemble, les conditions financières sont demeurées globalement inchangées depuis avril 2026, mais restent plus strictes qu’avant le début de la guerre au Moyen-Orient. 

Les prix du pétrole à court terme ont nettement diminué par rapport au pic atteint au moment de la réunion de politique monétaire d’avril du Conseil des gouverneurs. Les prix du Brent sont revenus de 118 dollars à environ 94 dollars le baril et oscillent autour de ce niveau depuis fin mai. Dans le même temps, les prix des contrats à terme sur des horizons plus longs sont restés largement à l’abri de la forte volatilité observée pour les contrats à court terme, la courbe la plus récente des contrats à terme étant même légèrement supérieure à la courbe d’avril et nettement au-dessus des niveaux enregistrés avant le déclenchement du conflit. Les prix du gaz ont légèrement augmenté depuis la réunion d’avril et continuent de s’échanger à un niveau supérieur d’environ 50 % à celui d’avant la guerre. 

L’impact du conflit au Moyen-Orient s’est étendu au-delà des prix du pétrole brut et du gaz. Depuis le début de la guerre, les prix des produits raffinés tels que l’essence, le diesel et le kérosène ont augmenté de 40 % à 45 % environ, soit nettement plus que le prix du pétrole. Les prix des produits liés aux engrais et des plastiques ont eux aussi fortement augmenté, ce qui suggère que la hausse des coûts de l’énergie alimente une inflation plus large en affectant les prix des produits en aval. Les prix des produits alimentaires devraient rester légèrement plus élevés par rapport aux anticipations d’avant la guerre et sont également soumis à des risques à la hausse en raison de l’événement El Niño.

Les déplacements de la courbe des contrats à terme sur le pétrole se sont reflétés dans les anticipations d’inflation extraites des instruments de marché. La compensation de l’inflation (hors tabac) pour 2026 et début 2027 a diminué par rapport aux pics observés autour de la précédente réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs. Pour les horizons ultérieurs, les fixings d’inflation sont restés proches de leurs niveaux d’avril 2026. Cela suggère que les investisseurs continuent d’anticiper une persistance des effets inflationnistes du choc sur les prix de l’énergie au-delà de la phase initiale du conflit, reflétant probablement la répercussion attendue des coûts de l’énergie sur les autres composantes de la chaîne des prix. La compensation de l’inflation à moyen terme (hors tabac) – le taux des swaps indexés sur l’inflation à un an dans deux ans – a augmenté d’environ 30 points de base après le déclenchement de la guerre, en partie en raison des primes de risque sur l’inflation, et s’est établie légèrement au-dessus de 2 %. Les anticipations d’inflation à long terme sont restées globalement ancrées, avec seulement un léger déplacement vers le haut de la compensation de l’inflation à cinq ans dans cinq ans. 

Les risques pesant sur les perspectives d’inflation à moyen terme se sont nettement déplacés vers le haut depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. D’après les prix des options en probabilités neutres au risque, les marchés ont attribué une probabilité de 45 % à un scénario d’inflation supérieure à 2,5 %, en moyenne, au cours des deux prochaines années. En comparaison, la probabilité que l’inflation se situe au-dessous de 1,5 % a été évaluée comme étant inférieure à 15 %. Les marchés de taux d’intérêt signalent aussi des risques à la hausse, mais l’incertitude entourant la trajectoire de la politique monétaire s’est légèrement modérée au cours des semaines qui ont précédé la présente réunion et est restée moins prononcée que lors du pic d’inflation de 2022-2023. Par conséquent, malgré la forte incertitude qui entoure les perspectives macroéconomiques, la fonction de réaction de la BCE semble bien comprise, limitant ainsi la volatilité des taux.

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Mise à jour le 10 Juillet 2026