Bulletin de la Banque de France

La crise de la Covid-19 interrompt la dynamique de baisse des délais de paiement de 2019

27 Janvier 2021
Auteurs : Olivier Gonzalez

Bulletin n°233, article 2. En 2019, juste avant la crise sanitaire, les délais de paiement moyens baissent significativement, de 2 jours d’achats pour les délais fournisseurs et de 1,5 jour de chiffre d’affaires pour les délais clients. La crise de la Covid-19 a interrompu cette tendance mais sans dérapage incontrôlé à ce stade. D’après la société Altares, les retards de paiement augmentent de 3 jours entre le premier et le troisième trimestre 2020 (14,4 jours), au plus haut depuis plus de quinze ans mais sous les niveaux du début des années 2000 (19 jours). La réduction des délais de paiement de 2019 concerne l’ensemble des secteurs et catégories d’entreprises à l’exception des grandes entreprises dont les délais, clients comme fournisseurs, progressent. À fin 2019 trois entreprises françaises sur quatre paient leurs fournisseurs sous 60 jours. Mais des retards subsistent, avec un coût en trésorerie estimé à 19 milliards d’euros pour les PME.

Image Les délais de paiement en France (2004-2019) Description Le graphique présente les délais de paiement en France de 2004 à 2019 (délais clients en jours de chiffre d'affaires, délais fournisseurs en jours d'achats) en s'intéressant aux délais clients et aux délais fournisseurs. Source : Banque de France, base FIBEN (données à fin octobre 2020). Chiffres clés : 49 jours d'achats : le délai fournisseurs moyen des entreprises françaises. 43 jours de chiffre d'affaires : le délai clients moyen. 73% : la part des entreprises françaises réglant leurs fournisseurs avant 60 jours.

1. En 2019, la baisse des délais de paiement est liée à une conjoncture favorable et au renforcement des sanctions

Une évolution plutôt favorable en 2019 avant la crise sanitaire

Selon les données bilancielles de la base FIBEN de la Banque de France à fin octobre 2020, l’année 2019 est marquée par une baisse notable des délais de paiement des entreprises françaises (cf. graphique 1 et tableau 1 infra). Sur un an, les délais fournisseurs diminuent de près de 2 jours d’achats, au vu du passif des entreprises. Cette baisse significative vient renforcer la tendance amorcée l’année précédente (– 0,7 jour entre 2018 et 2017), après le léger rebond enregistré entre 2015 et 2017 (+ 1,1 jour).

À l’actif du bilan, les délais clients reculent de près de 1,5 jour, contrastant avec la stabilité affichée les cinq années précédentes. Dans les deux cas, les niveaux enregistrés en 2019 constituent un plus bas depuis l’entrée en application de la loi de modernisation de l’économie (LME) instaurant un délai plafond à 60 jours pour les délais de paiement interentreprises. Le solde commercial, qui mesure la charge moyenne du crédit interentreprises pour les entreprises françaises, profite de la dynamique positive des délais de paiement et se réduit de 0,3 jour en un an, à 11,3 jours de chiffre d’affaires.

L’évolution favorable des délais de paiement en 2019 s’explique à la fois par un contexte économique porteur, par le développement de la facturation électronique 4, mais aussi par le renforcement des sanctions. La médiatisation des sanctions imposées à certaines entreprises tend à montrer que les délais de paiement sont devenus un sujet de préoccupation grandissant pour les agents économiques. Cette tendance positive nécessitera cependant d’être confirmée à l’avenir tant on peut craindre, en 2020, un dérapage des délais de paiement. La crise sanitaire de la Covid-19 expose ainsi les petites et moyennes entreprises (PME) aux effets conjugués du ralentissement économique et d’une dégradation des conditions de paiement (cf. encadré et les estimations données en fin d'article).

La baisse des délais de paiement concerne tous les secteurs

Si l’année 2019 démontre à nouveau l’hétérogénéité sectorielle structurelle des délais de paiement, dont les niveaux sont liés notamment à la place des entreprises dans la chaîne de valeur, l’amélioration des comportements de paiement bénéficie à l’ensemble des secteurs. Elle est particulièrement importante dans le secteur « information et communication ». 

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