Bulletin de la Banque de France

Perte de biodiversité et stabilité financière : une nouvelle frontière pour les banques centrales et superviseurs financiers ?

20 Octobre 2021
Auteurs : Mathilde Salin, Romain Svartzman, Lisa Biermann, Renaud Concordet, Léa Grisey, Erlan Le Calvar

Bulletin n°237, article 7. Les banques centrales (en particulier la Banque de France et la Banque centrale européenne) ont joué un rôle de premier plan dans la prise en compte des enjeux économiques et financiers du changement climatique. Au-delà du climat, la communauté scientifique alerte également sur l’impact des activités humaines sur la biodiversité et parle d’un déclin dangereux qui s’accélère. Les pertes de services écosystémiques qui résultent de cet effondrement et les transformations socio-economiques pour y répondre pourraient engendrer des risques économiques et financiers importants. La connaissance de ces risques reste cependant bien moins avancée que dans le cas du changement climatique. Il convient donc de spécifier le cadre et la méthodologie d’analyse des risques liés à la perte de biodiversité. Des études récentes estimant les dépendances du système financier aux services écosystémiques et son empreinte sur la biodiversité constituent à ce titre des premières pistes. De nouvelles approches conceptuelles et méthodologiques restent néanmoins nécessaires.

Image Dépendances aux systèmes écosystémiques et impacts sur la biodiversité

1. La perte de biodiversité : un phénomène encore relativement méconnu, un défi pour nos systèmes socio‑économiques

Un déclin accéléré de la biodiversité imputable aux activités humaines

La biodiversité est le tissu vivant de notre planète. La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, 2019) définit la diversité biologique comme "la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques, ainsi que les complexes écologiques dont ils font partie. Elle comprend la diversité au sein des espèces, entre les espèces et la diversité des écosystèmes". Les activités humaines causent une perte très rapide de biodiversité (IPBES, 2019), menaçant "la capacité de la Terre à soutenir une vie complexe" (Bradshaw et al., 2021). Le taux mondial d’extinction d’espèces est déjà de dix à cent fois supérieur au taux moyen des dix derniers millions d’années, et le rythme s’accélère (IPBES, 2019). Les biologistes considèrent que nous assistons actuellement à la sixième extinction de masse d’espèces de l’histoire de la Terre, la précédente remontant à 65 millions d’années (Ceballos et al., 2015). La diversité des écosystèmes et des habitats est également très affectée. Les forêts anciennes, les écosystèmes insulaires et les zones humides sont particulièrement menacés (IPBES, 2019).

Les activités humaines sont responsables directement et indirectement de la chute de la biodiversité. À l’échelle mondiale, et par ordre décroissant d’importance, cinq pressions ou facteurs directs s’exercent : le changement d’usage des sols (ou utilisation des terres) et de la mer, l’exploitation directe des organismes vivants, le changement climatique, les pollutions, et la propagation d’espèces exotiques envahissantes (cf. schéma 1). Ces cinq pressions directes résultent d’une combinaison de pressions indirectes qui incluent notamment les modes de consommation, de production et d’échange, les innovations technologiques.

Dans ce contexte, la perte de biodiversité, bien que moins prise en compte que le changement climatique, figure de plus en plus à l’ordre du jour de la gouvernance internationale. Le prochain événement majeur est la réunion de la Conférence des Parties (COP 15) à la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra en avril‑mai 2022 à Kunming en Chine. Elle devrait adopter un cadre mondial pour la biodiversité sur la période 2021‑2030, avec des objectifs répartis en trois grands domaines(...)

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