Bloc-notes Éco

Vingt ans d’articles de presse sur l’Union européenne

Mise en ligne le 28 Janvier 2026
Auteurs : Camille Jehle, Florian Le Gallo

Billet de blog 429. À l’aide de méthodes d’analyse automatisée des textes, nous montrons que la couverture des questions européennes par la presse française est restée limitée et stable sur les deux dernières décennies, avec surtout des pics lors des élections européennes. Contrairement à la presse nationale, la presse locale s’intéresse davantage aux initiatives concrètes de l’UE, généralement présentées positivement.

Graphique 1 : Part des articles relatifs à l’UE dans la presse française 

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Source : Jehle et Le Gallo (2025), à partir des données Factiva.
Note : la part est obtenue comme le rapport entre le nombre d’articles identifiés comme traitant principalement de l’UE et le nombre total d’articles publiés.

Le fondement de l’action et de l’efficacité des politiques publiques repose notamment sur la confiance accordée par les citoyens aux décideurs publics (OCDE, 2024). Dans le cas de l’UE, la prise en compte de l’opinion des citoyens sur les politiques publiques constitue désormais une étape importante du processus décisionnel (Commission, 2005). Elle vise à intégrer les attentes des citoyens, recueillir leurs avis et maintenir la confiance dans l’action des différentes institutions européennes, y compris la Banque centrale européenne, gardienne de la confiance dans l’euro avec les banques centrales nationales.

Dans cette perspective, nous nous intéressons au traitement de l’UE par la presse française (cf. Jehle et Le Gallo, 2025). Certes, la presse connait un certain déclin et n’est pas complètement représentative de l’opinion publique, du fait de biais liés notamment au profil des lecteurs : ils sont en effet plus âgés et plus diplômés que la moyenne (Eurobaromètre). Les journaux demeurent toutefois une source utile pour comprendre l’opinion des Français, en tant qu’espace de débat contribuant à la formation de l’opinion publique (Vliegenthart et Walgrave, 2008). De plus, l’importance de la presse n’est pas seulement corrélée au nombre de lecteurs ou d’abonnés, les articles de presse pouvant par exemple être repris par d’autres médias et par les réseaux sociaux. À ce titre, la presse, bien que miroir partiel, reste complémentaire des enquêtes d’opinion afin d’évaluer le sentiment du public.

Nous menons une recherche par mots-clés (présence d’européen ou de ses dérivés) et utilisons un « grand modèle de langage » (large language model (LLM), c’est-à dire un modèle d’intelligence artificielle entraîné à traiter des textes à grande échelle) pour sélectionner près de 400 000 articles traitant des affaires européennes publiés entre janvier 2005 et juin 2023 dans une centaine de journaux et magazines français, à la fois locaux et nationaux. Nous déterminons également les thématiques abordées dans ces articles et leur tonalité vis-à-vis de l’UE. Avec sa large couverture du spectre de la presse écrite couvrant notamment l’ensemble des quotidiens nationaux et un grand nombre de journaux locaux (126 journaux au total représentant 5 millions d’abonnés en 2023 en cumulé selon l’ACPM, contre un ou deux journaux pour les précédentes études comme Papadia et al., 2019), cette étude cherche à mieux comprendre l’image de l’UE en France.

Une actualité d’abord centrée sur les élections européennes

Les résultats de notre analyse montrent une certaine stabilité dans le traitement des questions européennes. En moyenne, moins de 1 % des articles publiés chaque mois ont l’UE pour thématique principale (Graphique 1). D’importants pics sont identifiés autour du référendum de mai 2005 sur la Constitution européenne et des élections européennes, avec un intérêt de plus en plus marqué pour ces dernières. Toutefois, aucun effet durable n’est constaté après la période électorale. D'autres événements européens importants (comme le référendum sur le Brexit, la crise des réfugiés de 2015 ou le programme NextGenerationEU de 2020) n'ont suscité aucun intérêt majeur. Ces résultats sur la place réduite de l’UE dans la presse écrite rejoignent ceux de Broc et Verdier (2019) sur le traitement des enjeux européens par les journaux télévisés.

 

Graphique 2 : Part des articles relatifs à l’UE dans les sept quotidiens nationaux

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Source : Jehle et Le Gallo (2025), à partir des données Factiva.
Note : Les données incluent les éditions du week-end et les versions papier et numérique. Les données pour le Parisien (y compris Aujourd’hui en France) ne sont disponibles qu’à partir de 2010.

La fréquence des articles traitant des affaires européennes est plus élevée dans la presse quotidienne nationale (plus de 3 % en moyenne) malgré une forte disparité entre les différents titres. Les Échos et Le Monde par exemple consacrent davantage, et de plus en plus, d’articles aux affaires européennes (plus de 5 % mi 2023, Graphique 2), alors que la tendance est plutôt décroissante pour les autres quotidiens.

De quoi parle-t-on ? 

À l’aide de l’algorithme BERTopic qui permet d’identifier les différentes thématiques abordées dans un corpus de documents, nous pouvons identifier les sujets abordés dans les articles relatifs à l’UE (Graphique 3). L’intérêt marqué pour les élections européennes conduit logiquement à ce que le sujet le plus fréquent soit lié aux partis politiques. En deuxième et troisième positions se situent les échanges scolaires et culturels pour les jeunes - notamment le programme Erasmus - ainsi que les sujets agricoles, reflétant l’importance de la Politique Agricole Commune. Viennent ensuite plusieurs sujets conjoncturels et liés aux crises récemment traversées par l’UE, qu’il s’agisse de la crise migratoire, de la crise de la zone euro, du Brexit ou encore de l’invasion de l’Ukraine. A noter que les questions touchant directement les banques centrales, les institutions financières et l’euro représentent moins de 10% du total. 
 

Graphique 3 : Thématiques relatives à l’actualité de l’UE les plus traitées

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Source : Jehle et Le Gallo (2025), à partir des données Factiva.
Note : l’algorithme choisit, pour représenter chaque thématique, les quatre mots les plus spécifiques à ce sujet. Seules les thématiques traitées dans plus de 1,5 % des articles sont ici présentées.

Notre montrons par ailleurs que les journaux locaux consacrent davantage d’articles à des sujets concrets. Le thème des échanges culturels et scolaires, par exemple, est avant tout un sujet local : environ 70 % des articles sur ce sujet proviennent de la presse locale, alors que celle-ci représente un quart des articles au total. Il en va de même pour les affaires agricoles, avec 35 % des articles publiés sur ce sujet, principalement dans la presse locale. Ces résultats font écho à l’étude de Mendez et al. (2020), qui montre que la presse locale espagnole et britannique se concentre sur les politiques européennes concrètes, en lien avec les préoccupations locales. À l’inverse, les quotidiens nationaux se concentrent sur des enjeux nationaux et internationaux et couvrent une gamme de sujets plus large.

Une image de l’UE qui s’améliore sur la dernière décennie

En dernier lieu, à l’aide de notre LLM, nous montrons qu’un volume légèrement supérieur d’articles adopte un ton négatif à l’égard de l’UE – 36 % contre 30 % d’articles positifs et 34 % neutres. Ce résultat illustre le ton relativement critique de la presse vis-à-vis de l’UE. 
Nous calculons un indice de sentiment de la presse à l’égard de l’UE, défini comme la différence entre le nombre d’articles positifs et négatifs rapportée au nombre total d’articles (voir Graphique 4).

 

Graphique 4 : Indice de sentiment de la presse française vis-à-vis de l’UE

a) Pour l’ensemble de la presse

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Source : Jehle et Le Gallo (2025), à partir des données Factiva.
Note : l’indice de sentiment est calculé mensuellement comme la différence entre le nombre d’articles positifs et négatifs sur le nombre total d’articles.

b)    Selon le type de journa

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Source : Jehle et Le Gallo (2025), à partir des données Factiva.
Note : l’indice de sentiment est calculé mensuellement comme la différence entre le nombre d’articles positifs et négatifs sur le nombre total d’articles.

Alors que les nombres d’articles positifs et négatifs sont similaires entre 2005 et 2008, on observe ensuite une chute marquée de l’indice de sentiment à partir de 2009 pour atteindre un minimum en décembre 2011. À cette période, 55 % des articles publiés sur l’UE sont négatifs et seulement 20 % positifs. La situation est similaire pour les quotidiens nationaux, y compris en cas de pondération par le nombre d’abonnés de chaque journal. Cette baisse est imputable aux différentes crises traversées alors par l’UE — crise financière, crise de la dette souveraine, entre autres. Les thématiques liées à la zone euro et aux déficits publics, souvent abordées sur un ton négatif, prennent alors une place centrale dans le traitement médiatique de l’UE, contribuant fortement à la dégradation de l’indice.

S’ensuit une reprise irrégulière, marquée notamment par une nouvelle période de recul entre 2018 et 2019, puis une stabilisation à partir de 2021 à des niveaux supérieurs à ceux observés avant la crise de 2008. Sur la période récente, les articles positifs sont légèrement plus nombreux que les articles négatifs.

Si l’évolution de l’indice de sentiment est similaire entre les différentes catégories de presse, les journaux locaux se distinguent par une tonalité plus positive dans leur couverture de l’Union européenne. Deux facteurs expliquent cette tendance. D’une part, la presse locale met davantage l’accent sur les réalisations concrètes de l’UE — comme les échanges scolaires — qui sont généralement considérées positivement. D’autre part, cette différence s’observe dans le traitement même des sujets : pour 90 % des sujets, l’indice de sentiment moyen des articles de la presse locale est supérieur à celui des journaux nationaux.

Mise à jour le 28 Janvier 2026