Les risques passés à la loupe des superviseurs
De par son activité de financement de l’économie réelle, une banque est exposée à plusieurs risques pour lesquels une couverture en capital est nécessaire. Le scénario adverse affecte en particulier plusieurs classes de risques, dont :
- Le risque de crédit reflétant les pertes réalisées ou potentielles sur l’activité de prêts de la banque du fait de l’incapacité d’un emprunteur à honorer ses engagements.
- Le risque de marché lié à la fluctuation du cours des instruments financiers (obligations souveraines, obligations d’entreprises, actions, produits dérivés, etc.).
- Le risque opérationnel, résultant par exemple de fraudes, de catastrophes naturelles ou encore de cyber-attaques.
Les canaux de transmission de ces risques sont complexes et diffèrent en fonction du modèle d’affaire des banques. À titre d’illustration et de façon non exhaustive :
- Une baisse de l’activité économique réduit les revenus des banques en ralentissant la demande de nouveaux crédits (du fait de la baisse de l’investissement et de la consommation par exemple). Elle affecte également les revenus des emprunteurs (entreprises et ménages), pouvant remettre en cause leur capacité de remboursement. De plus, les pertes en cas de défaut sont d’autant plus importantes que les prix des actifs ayant été déposés en garantie de ces prêts connaissent une forte baisse (exemple : l’immobilier résidentiel aux États-Unis pendant la Grande Crise Financière de 2008). Ces risques potentiels croissants de non-remboursement et de perte de valeur du collatéral augmentent ainsi le capital exigé, tandis que les pertes constatées diminuent le revenu des banques.
- La hausse de l’aversion au risque augmente le coût de refinancement des banques (coût de la dette ou du capital à leur passif – cf. Graphique 2) ; elles peuvent alors décider de répercuter cette hausse des coûts sur les taux d’intérêt appliqués aux emprunteurs. Cela peut mettre en difficulté les entreprises ou les ménages qui doivent renouveler leurs prêts ou emprunter à taux variables, ralentissant la reprise économique, voire générant un risque accru de crédit. À l’inverse, si une hausse du coût de refinancement n’est pas transmise dans les taux d’emprunts, les marges d’intérêt des banques diminuent, et par conséquent leurs revenus.
Dans le cadre des exercices coordonnés de stress-tests, la façon dont une banque doit prendre en compte ces différents canaux de transmission des risques est encadrée par les autorités prudentielles afin d’assurer une homogénéité de traitement et une comparabilité des résultats entre banques. En pratique, il est notamment imposé aux banques, lors de la conduite de ces exercices de stress, de raisonner sous hypothèse de bilan statique : tout se passe comme si elles n’optimisaient pas leur bilan face aux chocs sur la durée du stress test et subissaient « passivement » l’intégralité des chocs.
Si l‘utilisation des stress tests s’est imposée comme un outil de gestion du risque incontournable pour la prise de décision en matière de politique prudentielle au cours des dernières années aux États-Unis comme en Europe, la doctrine, les modèles utilisés et la nature même des enseignements à en tirer ne sont pas harmonisés d’une juridiction à l’autre et font encore l’objet de débats. Ils demeurent néanmoins des exercices utiles apportant de la visibilité quant à la capacité du système bancaire tant à résister aux chocs adverses qu’à soutenir la reprise économique dans les périodes les moins favorables. Ils sont aussi, rappelons-le, utilisés au niveau européen comme référence pour le calibrage de certaines exigences en capital des banques, en particulier celles dites du pilier 2.