Quand un choc d’offre persistant justifie-t-il une politique monétaire plus agressive ?
Document de travail n° 1054. Les banques centrales s’appuient généralement sur l’heuristique suivante : accommoder les chocs d’offre transitoires afin de stabiliser l’écart de production, mais répondre agressivement pour stabiliser l’inflation lorsque les chocs sont persistants. Pourtant, les modèles standards apportent peu de soutien à cette heuristique. Ils la justifient dans le cas des chocs de taux de marge — un type particulier de choc d’offre — mais concluent que, pour les chocs d’offre auxquels les banques centrales sont confrontées en pratique — chocs de productivité, d’offre de travail, ou de prix de l’énergie —, stabiliser l’écart de production demeure proche de l’optimum, même lorsque les chocs sont persistants. Qu’est-ce qui peut alors justifier l’heuristique des banques centrales ? Cet article montre que, contrairement à une idée largement répandue, le risque de désancrage des anticipations est insuffisant. Même lorsque les anticipations sont adaptatives et peuvent se désancrer, la stabilisation de l’écart de production reste proche de l’optimum. En revanche, la rigidité des salaires réels fournit une justification à une réponse monétaire plus agressive. Lorsque les salaires réels sont suffisamment rigides, stabiliser l’écart de production devient beaucoup plus coûteux et la politique monétaire optimale accorde un poids croissant à la stabilisation de l’inflation à mesure que la persistance des chocs augmente, que les anticipations puissent ou non se désancrer. Ces résultats suggèrent que, pour évaluer la nécessité d’un resserrement monétaire face à un choc d’offre persistant, le suivi de la rigidité des salaires réels est au moins aussi important que celui des anticipations d’inflation.