Document de travail

Quand un choc d’offre persistant justifie-t-il une politique monétaire plus agressive ?

Mise en ligne le 23 Juillet 2026

Document de travail n° 1054. Les banques centrales s’appuient généralement sur l’heuristique suivante : accommoder les chocs d’offre transitoires afin de stabiliser l’écart de production, mais répondre agressivement pour stabiliser l’inflation lorsque les chocs sont persistants. Pourtant, les modèles standards apportent peu de soutien à cette heuristique. Ils la justifient dans le cas des chocs de taux de marge — un type particulier de choc d’offre — mais concluent que, pour les chocs d’offre auxquels les banques centrales sont confrontées en pratique — chocs de productivité, d’offre de travail, ou de prix de l’énergie —, stabiliser l’écart de production demeure proche de l’optimum, même lorsque les chocs sont persistants. Qu’est-ce qui peut alors justifier l’heuristique des banques centrales ? Cet article montre que, contrairement à une idée largement répandue, le risque de désancrage des anticipations est insuffisant. Même lorsque les anticipations sont adaptatives et peuvent se désancrer, la stabilisation de l’écart de production reste proche de l’optimum. En revanche, la rigidité des salaires réels fournit une justification à une réponse monétaire plus agressive. Lorsque les salaires réels sont suffisamment rigides, stabiliser l’écart de production devient beaucoup plus coûteux et la politique monétaire optimale accorde un poids croissant à la stabilisation de l’inflation à mesure que la persistance des chocs augmente, que les anticipations puissent ou non se désancrer. Ces résultats suggèrent que, pour évaluer la nécessité d’un resserrement monétaire face à un choc d’offre persistant, le suivi de la rigidité des salaires réels est au moins aussi important que celui des anticipations d’inflation.

Figure: Central Bank Loss under Different Assumptions

WP1054
Note: The figure reports the welfare losses associated with monetary-policy rules that place greater weight on inflation stabilization (hawkish, left) or output-gap stabilization (dovish, right) in response to energy-price shocks with different half-lives. The first panel shows that, in the standard model with rational expectations, a dovish policy that stabilizes the output gap remains close to optimal even when shocks are highly persistent. The second panel shows that this result continues to hold when expectations are adaptive and can become de-anchored. The third panel shows that, in the presence of sufficiently strong real wage rigidity, output-gap stabilization becomes substantially more costly as shock persistence increases.

Mots-clés : chocs d'offre ; désancrage ; rigidité des salaires réels ; politique monétaire.
Codes JEL : E52, E31, E58
 

Mise à jour le 23 Juillet 2026