Bulletin de la Banque de France

Pourquoi le secteur manufacturier européen et français n’a-t-il pas retrouvé sa tendance pré-Covid ?

Mise en ligne le 23 Avril 2026
Auteurs : Mélanie Coueffé

Bulletin no 263, article 2. Fin 2025, en France, la valeur ajoutée manufacturière demeure environ 8 % au dessous de sa tendance pré-Covid (2015-2019). Par secteur, la fabrication de matériels de transport reste en retrait depuis 2020 : l’industrie automobile subit une baisse de la demande, tandis que l’aéronautique fait face à des contraintes d’approvisionnement. L’industrie agroalimentaire pâtit encore du recul de la consommation lié à la forte inflation de 2022-2023. Enfin, la fabrication d’autres produits industriels se trouve également pénalisée, en partie en raison d’effets d’entraînement des autres branches. Si certaines branches devraient progressivement se redresser avec la baisse de l’inflation et l’allègement des difficultés d’approvisionnement, d’autres pourraient rester durablement fragilisées. Sur la même période, l’emploi manufacturier a légèrement progressé, induisant une baisse de la productivité.

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Valeur ajoutée manufacturière en France

Depuis la crise sanitaire, la valeur ajoutée manufacturière demeure atone dans la plupart des grandes économies de la zone euro (cf. graphique 1). En France, elle avait décroché dès 2021, avant de rebondir en 2023 et de se stabiliser en 2024. En Italie, elle s’avère globalement stable depuis la crise, tandis qu’elle décline en Allemagne depuis 2023. Seule l’Espagne se distingue, avec une croissance soutenue de sa valeur ajoutée manufacturière. Ces divergences relèvent en partie d’effets de composition sectorielle. L’Allemagne et l’Italie se positionnent fortement sur le secteur des machines et équipements, sensible au cycle d’investissement. La production de leurs industries énergo-intensives a nettement reculé, du fait surtout de leur exposition importante aux hydrocarbures russes (Insee, 2025; Baget et Rivaud, 2026). À l’inverse, l’Espagne bénéficie du dynamisme de ses industries électriques et informatiques. Ainsi, à fin 2025, la valeur ajoutée manufacturière de ce pays est inférieure de seulement 3 % à sa tendance pré-Covid, calculée sur la période 2015-2019, contre 8 % pour la France, 10 % pour l’Italie et 17 % pour l’Allemagne.

Aux États-Unis, la dynamique du secteur manufacturier est proche de celle qui est observée en zone euro. En excluant l’Irlande, dont la valeur ajoutée varie fortement en raison du poids de l’activité des multinationales, la valeur ajoutée en zone euro se révèle un peu moins dynamique que celle des États-Unis depuis la crise sanitaire. L’atonie du secteur manufacturier dans la plupart des économies avancées contraste avec l’expansion observée en Chine (cf. graphique 2 infra). Après la crise Covid, l’industrie chinoise a rapidement rebondi et continue de croître sur la période récente, portée par les exportations, en particulier dans l’automobile, l’électronique et les technologies vertes (FMI, 2024). À fin 2025, la valeur ajoutée manufacturière chinoise reste toutefois inférieure de 2 % à sa tendance pré-Covid, certes très dynamique. L’écart à la tendance est semblable aux États-Unis, mais plus marqué en zone euro (– 8 %), surtout hors Irlande (– 11 %).

Au quatrième trimestre 2025, la valeur ajoutée manufac-turière française a retrouvé son niveau de 2019, mais demeure à 8 % environ en deçà de sa tendance sur la période 2015-2019 (cf. graphique 3). La valeur ajoutée des services marchands est comparativement supérieure de 10 % à son niveau de 2019, mais aussi légèrement inférieure de 2 % à sa tendance pré-Covid. …

Mise à jour le 23 Avril 2026