Bulletin de la Banque de France

Les réformes du marché du travail et la baisse du chômage structurel en France : rétrospective 2015-2025

Mise en ligne le 19 Mai 2026
Auteurs : Antoine Devulder, Marco G. Palladino

Bulletin no 264, article 1. En 2025, le taux de chômage en France s’est établi autour de 7,7 %, alors qu’il avait culminé à plus de 10 % en 2015. Même s’il remonte depuis 2022, l’amélioration est nette et celle ci ne tient pas seulement à la conjoncture : le taux de chômage structurel aurait reculé d’environ 1,3 point entre 2015 et 2025, selon nos estimations. Ce repli reflète à la fois l’impact des réformes structurelles mises en œuvre durant cette période – assurance chômage, ordonnances travail, apprentissage – et une amélioration plus diffuse du fonctionnement du marché du travail. Prises dans leur ensemble, les réformes expliqueraient plus de 80 % de la baisse du chômage structurel, soit environ un tiers de la diminution totale du chômage observée depuis 2015.

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Taux du chômage et chômage structurel en France

Depuis 2015, le marché du travail français connaît une amélioration notable. En 2025, malgré une légère remontée depuis 2022, le taux de chômage, autour de 7,7 %, se situait presque 3 points au dessous de son pic de 2015. Au cours de cette période, le chômage structurel a poursuivi une tendance baissière continue, amorcée il y a une dizaine d’années et qui pourrait se prolonger, selon nos estimations. Le taux de retour à l’emploi s’est progressivement renforcé, puis a atteint un niveau historiquement élevé en 2021, tandis que le taux de sortie de l’emploi est resté stable (cf. annexe 1, graphique GA1). Depuis la fin de l’année 2022, le taux d’emplois vacants – qui est un indicateur de la demande de travail des entreprises – diminue après avoir atteint un pic (cf. annexe 1, graphique GA2), tandis que le taux de chômage remonte légèrement. Alors que des réformes importantes ont été menées au cours de la décennie 2015 2025, cette situation témoigne d’une amélioration de l’efficacité du marché du travail pour apparier chômeurs et emplois vacants : la courbe de Beveridge s’est déplacée vers l’intérieur, signe d’un assouplissement des tensions de recrutement presque sans dégradation de l’emploi.

Comment ces réformes ont elles été prises en compte dans les projections macroéconomiques de la Banque de France ? Cet article retrace, de manière rétrospective, la contribution des différentes réformes au recul du taux de chômage structurel français entre 2015 et 2025, à l’aide des outils effectivement utilisés dans le cadre des exercices de prévision. Sur cette décennie, le taux de chômage structurel aurait, d’après nos estimations, baissé d’environ 1,3 point de pourcentage, dont plus de 80 % seraient attribuables aux réformes structurelles. Les « ordonnances travail » de 2017, le renforcement des contrôles de recherche d’emploi et la réforme de la formation professionnelle (hors apprentissage) auraient contribué à hauteur de 0,4 point. L’effet cumulé des réformes de l’assurance chômage de 2021 et de 2023 atteindrait 0,6 point. Enfin, les mesures de soutien à l’apprentissage auraient réduit le chômage structurel de 0,1 point tout en augmentant durablement le taux d’emploi de 0,5 point. Ces évaluations, bien qu’entourées d’incertitude, semblent confortées par les données observées et cohérentes avec les évaluations microéconomiques disponibles.

1 Qu’est ce que le taux de chômage structurel ?

Le taux de chômage structurel correspond au taux de chômage corrigé des fluctuations liées au cycle économique

Il s’interprète comme le niveau de chômage théorique qui serait déterminé … 

Mise à jour le 19 Mai 2026