Notes : La proximité entre les nœuds et leur taille dépendent du nombre de liens bilatéraux. Les liens affichés sont significatifs au seuil de 0,1%. Période : 1er janvier 2021 – 23 février 2022.
Interconnexions et effets de contagion
Les interconnexions désignent les liens économiques et financiers entre les agents économiques ainsi que leur exposition à des facteurs de risque communs (économiques, sanitaires, climatiques, géopolitiques, etc.). Ces interconnexions peuvent être mesurées en termes de co-mouvements entre les rendements de différents actifs financiers. Les effets de contagion se manifestent par l’augmentation de ces interconnexions de marchés en réaction à des événements négatifs extrêmes (Forbes, 2012).
Les phénomènes de contagion peuvent provenir de changements dans les préférences des investisseurs et de phénomènes comportementaux, tels que l'aversion accrue pour le risque, les paniques financières et les comportements grégaires, parfois déclenchés par des signaux d’alerte ("wake-up call", Goldstein, 1998). Ces comportements peuvent être individuellement rationnels, lorsqu'ils sont entre autres associés à des contraintes de risque et de liquidité qui conduisent certains investisseurs à vendre des actifs sains pour compenser leurs pertes en période de crise (Dornbusch et al., 2000). Ce canal peut être exacerbé par la prise de risque excessive de certains acteurs.
L'étude des interconnexions de marchés et des effets de contagion revêt une grande importance pour la stabilité financière. Plus un marché est interconnecté, plus il est exposé aux chocs externes transmis par les autres marchés. La nature soudaine de la contagion est un facteur de risque supplémentaire, car les investisseurs peuvent être contraints d’ajuster brutalement leurs portefeuilles aux nouvelles conditions de marché. Par conséquent, une augmentation des interconnexions tend à signaler un risque accru de correction sur les marchés financiers (Berger et Pukthuanthong, 2012, 2015).
L’impact de la guerre en Ukraine sur les interconnexions de marchés
La guerre russo-ukrainienne a-t-elle entraîné des effets de contagion entre les marchés financiers ? Pour répondre à cette question, ce billet compare le réseau d’interconnexion entre les marchés financiers (i) avant l’invasion de l’Ukraine (1er janvier 2021 – 23 février 2022) et (ii) pendant la guerre (24 février – 15 avril 2022). La mesure d’interconnexion utilisée est fondée sur le coefficient de corrélation ajusté de Forbes et Rigobon (2002), calculé en suivant l’approche proposée par Dungey et al. (2005). Contrairement au coefficient de corrélation standard, cette mesure est robuste aux changements de régimes de volatilité sur les marchés financiers. Pour chaque classe d’actifs, l’étude porte sur un échantillon de neuf marchés avancés. Dans le cas des matières premières, la sélection vise à représenter la diversité de cette classe d’actifs (denrées alimentaires, métaux précieux, métaux industriels, énergies, fibres textiles).
Avant le début de la guerre, les classes d’actifs étaient relativement peu corrélées les unes avec les autres, facilitant la diversification. Ce constat met en évidence l’existence de facteurs de risque spécifiques à chaque classe d’actifs se matérialisant par des clusters (à l'exception des matières premières : cf. Graphique 1 en vert) et l’absence relative de facteurs de risque communs à toutes les classes d’actifs. Deux groupes se distinguent : les obligations (souveraines et d’entreprises, en jaune et bleu) et les actions (en rouge).