La dispersion individuelle brute donne une première idée de l’incertitude perçue, mais elle dépend mécaniquement du niveau anticipé d’inflation ou de croissance : plus ce niveau est élevé, plus l’éventail des scénarios jugés plausibles s’élargit, même à degré de doute inchangé. Cette relation de nature essentiellement statistique ne traduit donc pas nécessairement une hausse de l’incertitude économique au sens strict. Pour isoler la composante de la dispersion purement liée à l’incertitude, nous proposons de corriger cet effet d’échelle à l’aide d’une correction statistique. Cette correction s’apparente à une normalisation « à la coefficient de variation », mais adaptée à l’inflation. Plutôt que de rapporter la dispersion à la moyenne, on la rapporte à la dispersion attendue compte tenu de l’éloignement des anticipations par rapport à la cible de 2%. analyse plus complète de cette méthode et de ses implications pour le financement des entreprises est présentée dans un travail de recherche associé.
Un indicateur d’incertitude normalisé pour comparer les périodes
La mesure brute de l’incertitude tend à augmenter mécaniquement lorsque la prévision moyenne s’éloigne de la cible. Une inflation attendue plus élevée s’accompagne souvent d’une dispersion plus forte des scénarios possibles comme le montre le graphique 3. Celui-ci représente, pour chaque prévisionniste et chaque trimestre, la variance individuelle de la distribution d’inflation anticipée en fonction de l’écart entre leur prévision centrale et la cible de 2 %. Cette relation reflète un mécanisme simple : lorsque l’inflation anticipée s’écarte fortement de la cible, la variance brute augmente mécaniquement, non parce que les prévisionnistes deviennent nécessairement plus incertains, mais parce qu’un niveau plus élevé élargit automatiquement l’éventail des valeurs possibles. Pour isoler l’incertitude de cette dispersion mécanique, nous élaborons un indicateur normalisé fondé sur une méthode assimilable à une transformation stabilisatrice de variance. Pour l’inflation, celui-ci neutralise l’effet lié au niveau de la prévision, en s’appuyant sur la relation observée entre la dispersion déclarée et la distance de la prévision par rapport à la cible de 2 %. Nous appliquons la même démarche à la croissance, en la comparant cette fois à une cible qui correspondrait à ce que les économistes appellent la croissance potentielle de la zone euro, c’est-à-dire le rythme d’expansion que l’économie peut maintenir durablement sans accélération ni ralentissement de l’inflation. Pour l’estimer, nous utilisons une méthode qui extrait la tendance de long terme de la série de PIB en zone euro, en isolant les mouvements durables des fluctuations temporaires liées au cycle.
Graphique 3 : Incertitude individuelle sur l’inflation selon la distance à la cible