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La Banque de France publie des enquêtes de conjoncture : un diagnostic sur l’économie française, sous la forme d’indicateurs de climat des affaires et de prévisions à court terme. L’enquête mensuelle de conjoncture, chaque début de mois, décrit la situation conjoncturelle du mois précédent et prévoit le PIB trimestriel, grâce aux réponses de 8 500 dirigeants d’entreprise.
Selon les chefs d’entreprise qui participent à notre enquête (environ 8 500 entreprises ou établissements interrogés entre le 27 mars et le 3 avril), l’activité en mars continue de progresser, à un rythme voisin des mois précédents, dans l’industrie, les services marchands et le bâtiment, malgré un contexte marqué par la guerre au Moyen‑Orient.
Dans l’industrie, la production se raffermit nettement et dépasse les anticipations de production des chefs d’entreprise formulées le mois précédent. Cette progression concerne la plupart des branches, portée notamment par les secteurs technologiques et de la défense, ainsi que par un effet de rattrapage dans l’automobile. La situation de trésorerie évolue peu et les carnets de commandes s’améliorent, principalement sous l’effet de la demande nationale, en partie stimulée par des comportements d’anticipation liés au contexte géopolitique.
Les services et le bâtiment demeurent dans l’ensemble bien orientés en mars, avec toutefois des évolutions contrastées selon les branches.
La trésorerie se dégrade dans les services, en particulier dans les secteurs les plus exposés aux coûts de transport ou à une demande moins dynamique.
Les difficultés de recrutement restent globalement stables et concentrées dans certains métiers techniques et dans le bâtiment.
Les chefs d’entreprise signalent une incertitude accrue, qui pèse sur leur visibilité à court terme. Pour avril, ils anticipent que l’activité ralentirait dans l’industrie et qu’elle marquerait le pas dans les services et dans le bâtiment.
Les hausses de coûts, en particulier celles liées à l’énergie et aux dérivés du pétrole, restent concentrées sur certains secteurs exposés. Leur diffusion aux prix de vente reste limitée en mars. En avril, les entreprises sont nettement plus nombreuses à envisager des relèvements de prix, même si elles les qualifient majoritairement de faibles.
Sur la base des résultats de l’enquête, complétés par d’autres indicateurs, nous confirmons notre prévision d’une progression du PIB allant jusqu’à 0,3 % au premier trimestre.
1. L’activité progresse en mars dans l’ensemble des secteurs
En mars, le conflit au Moyen‑Orient a constitué un choc d’incertitude important pour les chefs d’entreprise. Malgré ce contexte, la production industrielle se raffermit et s’avère supérieure à leurs anticipations formulées le mois précédent.
Cette orientation favorable de la production concerne la plupart des branches industrielles, à l’exception des produits minéraux non métalliques (caoutchouc, plastique et verre). Les évolutions demeurent toutefois contrastées selon les secteurs. La production automobile est dynamique en raison d’un effet de rattrapage après un début d’année faible, dans un contexte de légère amélioration de la demande. Les secteurs de l’aéronautique, de la défense et du nucléaire restent très porteurs, soutenant l’activité dans les produits informatiques‑électroniques‑optiques, les équipements électriques et les machines et équipements. Dans plusieurs autres secteurs, notamment ceux du textile‑habillement‑chaussure, de la chimie ou de la pharmacie, la hausse de la production reflète également des comportements d’anticipation liés au contexte géopolitique : avancée des commandes et constitution de stocks par les clients ou adaptation des stratégies de production face aux hausses attendues des coûts des intrants.
Taux d'utilisation des capacités de production (en %)
Opinion sur l’évolution de l’activité (solde d’opinion CVS‑CJO, pour avril : prévision)
En conséquence, le taux d’utilisation des capacités de production s’établit à 77 %, en hausse sensible par rapport au mois précédent, et plus proche de sa moyenne de long terme. La progression est plus marquée dans les secteurs où la production augmente, notamment dans l’automobile, la pharmacie ou le textile‑habillement‑chaussure (+ 2 points).
Selon les chefs d’entreprise, les stocks de produits finis restent élevés en fin de mois, bien qu’en légère diminution par rapport au mois précédent.
Dans les services marchands, l’activité continue de progresser, à un rythme légèrement inférieur à celui observé en février, comme anticipé le mois précédent. Toutefois, certains secteurs ralentissent de manière inattendue, en particulier le transport et l’entreposage ainsi que la location, en lien avec la hausse des prix des carburants. Les secteurs de l’hébergement et de la restauration progressent, mais moins qu’attendu et principalement sur les segments haut de gamme. Le travail temporaire reste bien orienté, porté par la demande de main-d’œuvre qualifiée dans l’industrie.
Dans le bâtiment, l’activité progresse à un rythme légèrement supérieur à sa moyenne de long terme et à celui anticipé le mois précédent. Elle est principalement portée par le second œuvre, tandis que le gros œuvre évolue plus modérément.
En mars, le solde d’opinion relatif à la situation de trésorerie évolue peu en moyenne dans l’industrie et se maintient en territoire négatif. À la fin du mois, les tensions de trésorerie sont les plus marquées dans les secteurs de l’automobile, des produits minéraux non métalliques et de l’agroalimentaire. Dans ce dernier secteur, les chefs d’entreprise expliquent que la trésorerie est pénalisée par la hausse des coûts de transport et des emballages plastiques, alors même que le cycle de négociation avec la grande distribution est désormais achevé.
Dans les services marchands, la situation de trésorerie se dégrade. Cette évolution est particulièrement notable dans les secteurs exposés à la hausse des prix des carburants, tels que le transport et l’entreposage ou la réparation automobile, ainsi que dans ceux où l’activité est restée peu dynamique, notamment la programmation‑conseil. Le secteur de la publicité présente une situation de trésorerie particulièrement dégradée en mars, en lien avec des retards de paiement et une activité peu porteuse : la situation géopolitique a incité les clients à différer leurs décisions, retardant la signature de certains contrats. Enfin, dans la restauration, la trésorerie recule malgré la progression de l’activité.
Situation des stocks de produits finis dans l’industrie (solde d’opinion CVS CJO)
Situation de trésorerie (solde d’opinion CVS CJO)
2. L’activité ralentirait en avril dans un contexte d’incertitude élevée
En avril, les chefs d’entreprise anticipent une poursuite de la progression de la production industrielle, à un rythme toutefois nettement ralenti.
Les carnets de commandes se redressent en mars, sous l’effet d’une demande nationale plus dynamique que la demande étrangère. Cette amélioration concerne principalement les branches technologiques, notamment l’aéronautique, les produits informatiques‑électroniques‑optiques, ainsi que les équipements électriques, ce qui laisse présager une orientation toujours favorable de la production dans ces secteurs. Les chefs d’entreprise soulignent toutefois que ce redressement tient en partie à des comportements d’anticipation de la part
des clients, qui avancent certaines commandes afin de se prémunir contre de futures hausses de prix.
Dans les services marchands, l’activité ne progresserait que faiblement. Certains secteurs anticipent même une contraction de l’activité, notamment la restauration et la publicité, probablement en lien avec une baisse attendue de la consommation dans un contexte de crise qui se prolongerait. À l’inverse, les services aux entreprises (activités juridiques et comptables, bureaux d’études techniques, travail temporaire, etc.) resteraient bien orientés, portés par la demande du secteur industriel.
Dans le bâtiment, les entrepreneurs anticipent une légère contraction de l’activité, principalement en raison d’un repli du gros œuvre, dans un contexte d’incertitude géopolitique et de réévaluation des projets par les nouvelles équipes municipales. Le second œuvre resterait mieux orienté, soutenu notamment par la poursuite des travaux de rénovation, mais soumis aux aléas de hausses probables du prix des devis en lien avec les augmentations des coûts des matières premières.
En raison de la guerre au Moyen‑Orient, l’indicateur d’incertitude, construit à partir de l’analyse textuelle des commentaires libres des entreprises, a fortement progressé en mars et atteint des niveaux comparables à ceux observés lors des premiers mois de la guerre en Ukraine. Tous secteurs confondus, les chefs d’entreprise expriment de vives préoccupations concernant l’évolution des prix, le renchérissement des coûts de fret, ainsi que les risques de difficultés d’approvisionnement et de perturbations logistiques. Ils signalent dans l’ensemble des difficultés accrues à se projeter à court terme. Dans un contexte d’incertitude élevée, leurs prévisions demeurent particulièrement prudentes.
Situation des carnets de commandes (solde d’opinion CVS‑CJO)
Indicateur d’incertitude dans les commentaires de l’enquête mensuelle de conjoncture (données brutes)
3. Des hausses de prix de vente globalement contenues en mars
En mars, la proportion d’entreprises industrielles signalant des difficultés d’approvisionnement augmente légèrement à 10 %, avec des écarts importants selon les secteurs. Plusieurs branches font état d’un net regain de tensions, notamment les équipements électriques (20 %), la chimie (12 %), les machines et équipements (11 %) et la fabrication de produits minéraux non métalliques (8 %), où l’approvisionnement en intrants dérivés du pétrole – plastiques, résines, caoutchouc synthétique, certains solvants – se complexifie avec le ralentissement des flux dans la zone du détroit d’Ormuz. À l’inverse, les tensions d’approvisionnement diminuent dans l’aéronautique, à 24 %, tout en demeurant à un niveau élevé.
Dans l’industrie, les chefs d’entreprise soulignent la forte progression des prix de l’énergie, des matières plastiques et autres dérivés du pétrole, ce qui affecte en priorité les secteurs particulièrement exposés à ce type d’intrants (chimie, équipements électriques, produits informatiques électroniques‑optiques, produits minéraux non métalliques). Dans les autres secteurs, les hausses de coûts restent modérées.
Évolution des prix de vente par grands secteurs (solde d’opinion CVS‑CJO)
Les prix de vente augmentent dans les branches les plus exposées, mais de manière encore contenue. C’est le cas dans les secteurs de la chimie, des produits informatiques électroniques‑optiques, et des équipements électriques.
Au total, 11 % des entreprises industrielles déclarent avoir relevé leurs prix de vente en mars, une proportion conforme à la moyenne historique. Toutefois, les baisses de prix sont moins fréquentes qu’habituellement : seuls 2 % des entreprises industrielles signalent avoir diminué leurs prix de vente, soit une proportion plus faible que les 5 % généralement observés lors d’un mois de mars ordinaire. Pour le mois d’avril, les entreprises de l’industrie sont plus nombreuses à envisager d’augmenter leurs prix de vente (23 %), en réponse à la progression du coût de leurs intrants. Cependant, la grande majorité d’entre elles qualifient la hausse anticipée de modérée, suggérant une transmission limitée.
De même, dans le bâtiment, les prix des devis progressent modérément en mars, mais une accélération est attendue en avril.
Dans les services marchands, les prix de vente sont jugés en très légère hausse au mois de mars, essentiellement du fait de l’augmentation des prix dans les secteurs exposés au renchérissement du prix des carburants (transport et entreposage). Dans la plupart des autres services, les prix évoluent peu, voire reculent dans les secteurs de la location, de l’hébergement et des services d’études techniques. Environ 10 % des chefs d’entreprise dans les services marchands envisagent une hausse de leurs prix en avril, une proportion proche de la moyenne observée par le passé.
Enfin, les difficultés de recrutement restent globalement stables en mars, touchant 16 % des entreprises tous secteurs confondus. Elles s’intensifient toutefois légèrement dans les métiers techniques et qualifiés de l’industrie ainsi que dans le bâtiment.
Part des entreprises indiquant des difficultés de recrutement (en %, données brutes)
4. Nos estimations suggèrent une hausse du PIB allant jusqu’à 0,3 % au premier trimestre
Sur la base des informations de notre enquête mensuelle de conjoncture pour janvier, février et mars, complétées par d’autres données disponibles (indices de production dans l’industrie et les services, enquêtes de l’Insee, ainsi que données à haute fréquence), le PIB pourrait progresser jusqu’à 0,3 % au premier trimestre. L’activité resterait soutenue par les services marchands, en particulier l’information‑communication, les services aux entreprises et l’hébergement‑restauration. La valeur ajoutée se redresserait dans l’industrie manufacturière, comme le suggère l’enquête mensuelle de conjoncture. En revanche, l’activité baisserait nettement dans l’énergie, en lien avec des températures supérieures aux normales saisonnières, et se contracterait légèrement dans la construction, pénalisée par un recul des travaux publics, lié au cycle électoral.
D’après les informations collectées dans le cadre de l’enquête mensuelle de conjoncture, le conflit au Moyen‑Orient aurait eu un impact limité sur l’activité des entreprises interrogées ce trimestre.
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Mise à jour le 13 Avril 2026