Compte rendu de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne qui s’est tenue à Francfort-sur-le-Main le mercredi 4 et le jeudi 5 février 2026

Réunion des 4 et 5 février 2026

Mise en ligne le 5 Mars 2026

1. Examen des évolutions financières, économiques et monétaires et des options possibles de politique monétaire

Évolutions sur les marchés financiers

Mme Schnabel a commencé sa présentation en indiquant que, depuis la précédente réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs des 17 et 18 décembre 2025, l’incertitude géopolitique a fortement augmenté, et l’incertitude en matière de politique commerciale a brièvement rebondi jusqu’aux niveaux observés à l’été 2025. Cependant, la volatilité des marchés d’actions n’a que légèrement augmenté, dans une bien moindre mesure qu’au cours des précédents épisodes de tensions, tandis que la volatilité sur les marchés obligataires a peu réagi aux chocs de risque et a poursuivi sa trajectoire baissière. L’appétence pour le risque des investisseurs est restée très peu affectée par les récentes perturbations, et les indices d’appétence pour le risque de la zone euro et des États Unis sont proches de leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière mondiale de 2008. 

Deux facteurs expliquent la réaction globalement contenue du marché. Le premier facteur a été un changement de réaction face aux chocs d’aversion au risque, les investisseurs semblant faire de plus en plus abstraction du « bruit ». Alors que l’annonce relative aux droits de douane faite par les États Unis le 2 avril 2025 avait déclenché de fortes corrections sur les marchés d’actifs du fait des rééquilibrages effectués par les investisseurs, qui avaient délaissé les actifs plus risqués et ceux libellés en dollar américain au profit d’actifs plus sûrs libellés en devises autres que le dollar, la menace de droits de douane du 17 janvier 2026 en lien avec l’intérêt des États Unis pour le Groenland n’a donné lieu qu’à des corrections de courte durée sur les marchés d’actions et obligataires. Les seules classes d’actifs qui ont affiché sur deux semaines des réactions similaires à ces deux épisodes étant l’or et le taux de change effectif du dollar. En janvier 2026, les investisseurs ont maintenu un positionnement favorable au risque, tout en se couvrant de plus en plus contre les risques extrêmes par des réallocations vers les métaux précieux et une réduction graduelle de leurs expositions aux actifs libellés en dollars. Les données à haute fréquence relatives aux flux d’investissement montrent que les fonds d’investissement domiciliés dans la zone euro ont récemment réduit leurs expositions relatives aux actifs américains. Depuis la réunion du Conseil des gouverneurs de décembre, les fonds domiciliés dans la zone euro qui investissent en actions et en obligations américaines ont attiré des flux moins importants que ceux qui investissent dans des obligations ou des actions d’Europe occidentale. Cette dynamique de flux, conjuguée à l’augmentation des opérations de couverture des expositions en dollar, a contribué à la forte dépréciation récente du dollar en termes effectifs nominaux par rapport à un large éventail de devises, dont l’euro. L’euro s’est apprécié de 1 % par rapport au dollar depuis la précédente réunion, tandis qu’en termes effectifs nominaux, il s’est déprécié de 0,3 % au cours de la même période, ce qui montre que son renforcement vis-à-vis du dollar est entièrement déterminé par la faiblesse du dollar plutôt que par la vigueur de l’euro. 

Si l’on examine plus en détail les déterminants et risques qui influent sur le taux de change EUR/USD, ce dernier s’est davantage découplé des différentiels de taux d’intérêt. En d’autres termes, l’affaiblissement du dollar américain n’a pas résulté principalement des anticipations relatives à la politique monétaire. L’appréciation de l’euro depuis décembre 2025 est principalement attribuable à des chocs de risque qui ont eu un effet négatif sur le dollar car ils émanaient majoritairement des États Unis eux-mêmes. La politique monétaire de la zone euro et celle des États Unis ont eu un impact moindre et, en termes nets, globalement neutre sur le taux de change. 

Le second facteur expliquant les répercussions limitées des mesures américaines sur les marchés est la résilience persistante de l’économie mondiale. Les données macroéconomiques disponibles ont majoritairement surpris à la hausse au cours des six derniers mois, aussi bien dans la zone euro qu’aux États Unis, reflétant une dynamique de croissance robuste et plus forte que prévu des deux côtés de l’Atlantique.  

Les inflation fixings dans la zone euro, qui sont liés à l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) hors tabac, ont été révisés à la hausse depuis la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de décembre. Après quelques fluctuations pour le premier semestre 2026, reflétant en grande partie des effets de base liés à l’énergie, les inflation fixings s’inscrivent actuellement autour de 1,8 % pour le second semestre 2026. Cela correspond à environ 1,9 % si l’on tient compte d’une estimation de la composante tabac. Une décomposition de la révision à la hausse des inflation fixings pour 2026 montre que la hausse des prix du pétrole et celle des prix des métaux industriels ont été les principaux contributeurs à l’augmentation substantielle (allant jusqu’à 30 points de base) de la compensation de l’inflation. En revanche, l’appréciation de l’euro vis-à-vis du dollar n’a eu qu’un modeste effet modérateur sur les perspectives d’inflation du marché. 

Mise à jour le 5 Mars 2026