Sources : Datastream, site de Robert Shiller, Fed Saint Louis & Philadelphia. Calculs des auteurs. Dernier point : octobre 2020. Note : IRR = Taux sans risque - E/P. Selon GS, IRR = Anticipations de croissance – Prime de risque. L’indicateur est normalisé.
Le Graphique 3 retrace l’évolution de l’IRR américain au cours du temps, les aires vertes/rouges indiquant si l’indicateur est inférieur/supérieur à sa moyenne de long terme. On remarque que l’IRR capte bien les périodes de fièvre boursière des années 1987 et 1990-2000, voire même de 2007 (zones rouges), épisodes marqués également par une augmentation des PER. Comme les taux d'intérêt réels étaient alors relativement hauts, les prix élevés des actions ne pouvaient être justifiés que par un excès d’optimisme sur la croissance ou par la perception d'un risque anormalement faible. En revanche, pour la période récente, si le PER ajusté du cycle envoie clairement un signal de surévaluation, l’IRR est plus neutre. Ainsi, alors que le marché action suivait une dynamique haussière indépendante lors de la "bulle Internet" de la fin des années 90, aujourd’hui les fortes valorisations sur le marché action vont de pair avec celles observables sur le marché obligataire. En d'autres termes, contrairement aux années 90, les investisseurs ne feraient pas preuve aujourd’hui d’un optimisme démesuré quant à la croissance ni ne seraient insensibles au risque dans la mesure où ils ne valorisent pas excessivement les actifs risqués -les actions- par rapport aux titres à revenus fixes -les obligations souveraines. Toutefois, ce diagnostic n’est que relatif, et ne présage pas de la valorisation efficiente des obligations sans risque dans l’absolu (cette dernière problématique nécessitant l’estimation d’un modèle structurel pour être évaluée).
Le constat est également valable pour le marché boursier français. Le Graphique 4 montre que depuis la grande crise financière, la hausse des cours boursiers ne semble pas liée à une forme "d’exubérance irrationnelle", d’autant plus que le rebond de mars 2020 a été moins marqué en France qu’aux États-Unis. À noter toutefois que la différence de dynamique de reprise à la fin du 1er semestre 2020 tient notamment à un effet de composition des indices. Les valeurs technologiques sont en effet plus présentes que celles liées à la consommation courante dans l’indice américain (29% de la capitalisation de l’indice pour les premières, 20 % pour les secondes), tandis que l’inverse est observé dans l’indice français (7% pour les valeurs technologiques, 12% pour les valeurs de consommation courante). En d’autres termes, dans la mesure où les politiques de confinement ont plus profité aux entreprises du numérique qu’aux secteurs de la consommation courante, il n’est guère surprenant d’observer une divergence entre les dynamiques boursières de ces deux pays.