Quand la diversification s’estompe : une analyse au niveau des entreprises des corrélations entre actions et obligations
Document de travail n° 1065. Cet article examine l’évolution de la corrélation entre les rendements des obligations d’entreprises et ceux des actions dans la zone euro sur la période 2007–2025. Alors que la théorie prévoit des corrélations négatives (ou du moins affaiblies) en période de stress de marché et de chocs de demande négatifs, les données empiriques montrent une forte instabilité au cours du temps. Nous construisons des indices actions et obligations d'entreprises à partir d'un univers d'émetteurs strictement identique, de sorte que les entreprises constituant les deux indices sont exactement les mêmes. Nous analysons ensuite la dynamique de leurs corrélations sur les principaux marchés de la zone euro à l'aide de modèles de corrélation conditionnelle dynamique (Dynamic Conditional Correlation, DCC). Les résultats indiquent que les corrélations, historiquement négatives, ont progressivement évolué vers la neutralité depuis 2009, tout en pouvant varier rapidement. Nous montrons que le canal des taux d’actualisation s’impose comme le principal facteur expliquant les co-mouvements, aussi bien en environnement de faible inflation que de forte inflation. En revanche, le stress financier réduit les corrélations — conformément à une dynamique de fuite vers la qualité — seulement dans les régimes de faible inflation, mais pas en régime de forte inflation : lorsque l’inflation est élevée, les investisseurs ne peuvent pas compter sur une baisse des taux d’actualisation induite par la politique monétaire pour générer des opportunités d’arbitrage en faveur des obligations.