Depuis une dizaine d’années, les monnaies locales, ou monnaies complémentaires communautaires, cherchent à se développer dans certaines zones géographiques limitées en permettant la valorisation des produits du terroir et des artisans locaux. Cependant, ces monnaies n’ont pas cours légal et peuvent donc être refusées en paiement. La monnaie « officielle », en l’occurrence l’euro, est la seule à présenter toutes les caractéristiques d’une monnaie :
- Unité de compte
- Intermédiaire des échanges
- Réserve de valeur
La loi du 31 juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire (ESS) définit d’ailleurs les monnaies locales de manière restrictive comme des « titres de paiement ».
C’est à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qu’il revient d’apprécier, si l’émetteur d’une monnaie locale doit, en fonction des caractéristiques de celle-ci, faire ou non l’objet d’un agrément.
Pourquoi en parle‑t‑on ?
Parce que le développement des monnaies locales n’est pas seulement national : elles existeraient un peu partout. On compterait 5 000 monnaies locales dans le monde (e.g. le dollar de Salt Spring au Canada, la livre de Brixton au Royaume-Uni, le rheingold de Düsseldorf en Allemagne). La France en compte environ soixante-dix et reste, avec le Brésil, le pays où l’on en trouve le plus. Certains observateurs relient d’ailleurs cette expansion à la crise financière de 2008 comme autant de réponses locales à une crise globale.
Parce que c’est un phénomène difficile à quantifier et à qualifier, foisonnant, composé d’initiatives multiples de tailles très diverses et parfois sans lien avec les institutions financières traditionnelles.
Parce que la mise en place d’une monnaie locale poursuit des objectifs de localisation des transactions et de soutien à l’économie locale en orientant la consommation vers la production de proximité. En effet, la monnaie locale ne peut être dépensée que sur un territoire géographiquement limité. À ce titre, elle s’utilise seulement auprès des acteurs locaux membres du réseau de partenaires, à l’exclusion, notamment, des super- et hypermarchés.
Parce que la monnaie locale cherche aussi à transformer les pratiques de l’échange en rendant la consommation plus responsable, durable et éthique.
Elle vise souvent à orienter la consommation des particuliers vers des secteurs déterminés, jugés plus vertueux (e.g. produits issus de l’agriculture biologique ou du commerce équitable).
Enfin, elle ambitionne de répondre à un intérêt collectif dont l’objet est de promouvoir une économie de proximité.
Néanmoins, ces monnaies locales restent anecdotiques. Celle qui est la plus distribuée en France est l’Eusko du Pays basque : elle rassemble 4 600 utilisateurs, 1 400 professionnels, 40 communes adhérentes ; elle représente en valeur l’équivalent de 5 M d’Eusko en circulation et un volume de transaction de 6,8 M d’Eusko en 2025.
Comment cela fonctionne‑t‑il ?
Généralement à l’initiative d’associations ou de collectivités territoriales, les monnaies locales s’utilisent dans une zone géographique limitée, auprès de commerçants partenaires. Leur objectif est de développer l’économie locale, souvent dans une volonté sociale et solidaire. À ce titre, les monnaies locales peuvent être assimilées à un instrument de finance solidaire.
Concrètement, une monnaie locale est mise en place par une association qui en assure la gestion en partenariat avec un établissement financier. L’association recueille l’adhésion d’entreprises et de commerçants qui souscrivent alors à une charte éthique intégrant des notions de respect des conditions de travail, de l’environnement, et plus globalement de l’être humain.
La pérennité d’une monnaie locale repose souvent sur des subventions publiques et la présence d’un nombre suffisant de bénévoles et d’utilisateurs. Certaines monnaies locales ont fusionné ou disparu pour ces raisons.
La monnaie locale prend fréquemment la forme de billets aux symboles et couleurs du territoire, très différents des billets en euros. Elle peut aussi être émise sous forme de monnaie scripturale ou électronique (e.g applications mobiles). Le rendu de monnaie est souvent fait avec des pièces en euros : on dit alors que la monnaie locale est « fongible ». Par ailleurs, elle est « liquide » si elle peut être convertie en euros.
Les monnaies locales telles que l’Epi lorrain, l’Eusko du Pays basque, le Galléco d’Ille-et-Vilaine, l’Abeille du Lot-et-Garonne, le Sol-Violette de Toulouse ou le Gwada de la Guadeloupe répondent à des obligations légales et à des conditions strictes. Si la monnaie s’échange au pair avec l’euro (1 Eusko = 1 Euro), aucune épargne n’est possible : elle ne peut ni être « placée », ni rapporter des intérêts. De même, il n’est pas possible de déposer de la monnaie locale sur un compte en banque et d’imposer à quelqu’un de payer avec, car ces monnaies locales n’ont pas cours légal.
Si ces monnaies ont bien été créées au sens de « mises en place », cette création n’a rien à voir avec la création monétaire au sens où l’entendent les banques centrales. Différents mécanismes permettent en effet à leurs créateurs de faire en sorte que ces monnaies circulent localement : date de validité limitée (on parle de « monnaie fondante ») ou encore conversion payante en euro (assimilable à un taux de change), de l’ordre de 2 à 3 % selon les monnaies.
La monnaie locale permet de payer des transactions entre particuliers et entreprises, ainsi qu’entre entreprises. Au départ, les utilisateurs doivent échanger des euros contre de la monnaie locale. Ces euros échangés forment un fonds de garantie géré par la banque partenaire.
Les monnaies locales n’échappent pas aux évolutions en cours du secteur financier (grâce aux Fintechs notamment) et se tournent de plus en plus vers le numérique.