Les SLB permettent-ils réellement d’améliorer la performance climatique des entreprises ?
Les acteurs économiques doivent s’adapter au changement climatique, ce qui se traduit par un engagement de décarbonation de leurs activités. Au regard de cet impératif, la performance climatique des entreprises peut se définir par leur volume d’émissions de GES, et/ou par leur engagement dans une trajectoire de diminution de ces émissions. Les émissions sont distinguées par champ d’application (ou scopes) : le scope 1 concerne les émissions directes d’une entreprise provenant de sources qu’elle détient ou contrôle. Le scope 2 désigne les émissions résultant de l’utilisation d’électricité, de chaleur ou de vapeur par une entreprise. Le scope 3 concerne les autres émissions indirectes, en amont ou en aval du cycle de production. Les activités économiques ne sont pas affectées de la même manière par ce besoin d’adaptation et certains secteurs doivent engager des efforts importants pour y parvenir. L’absence d’adaptation génère un risque financier à terme (Boissinot, Clerc et Dees, 2021).
Face à ce besoin, le mécanisme SLB à cible environnementale signale l’engagement de l’émetteur à réduire ses émissions de GES, en y associant des conséquences financières. Cependant, la pertinence et l’ambition des cibles sont difficiles à évaluer et le niveau de pénalité financière en cas de non atteinte des objectifs reste, en général, bas. Les émissions de GES indirectes (scope 3) sont par exemple parfois absentes dans les cibles climatiques d’émetteurs de SLB appartenant à des secteurs où ce niveau d’émission est élevé. De plus, le niveau de step-up des SLB (i.e. de prime à verser aux investisseurs en cas de manquement de la cible) le plus répandu se situe en moyenne à 25 points de base (0,25 %), contre 125 points de base (1,25 %) pour un step-up lié à la variation de la notation de crédit de l’émetteur, courant dans le marché. Enfin, les éventuelles clauses de remboursement anticipé affaiblissent la contrainte du mécanisme (Kölbel et Lambillon, 2022).
Dans ce contexte, les marchés ESG ne traitent pas les titres SLB de façon homogène. La majorité des SLB ne semble pas bénéficier d’une prime significative (équivalente à un greenium pour les obligations vertes) par rapport aux titres obligataires classiques (Mirova 2022). Des émissions SLB avec un niveau de step-up ou de step-down plus élevé semblent néanmoins bénéficier d’une prime de la part des investisseurs (Kölbel et Lambillon, 2022). Les SLB prennent des formes variées et parfois complexes à valoriser sur les marchés, car ils résultent de choix propres à chaque émetteur.
En réponse à ces limites, l’International Capital Market Association (ICMA) a récemment répertorié 300 cibles ESG standardisées pour les SLB, par secteur d’activité. L’ICMA fournit des références permettant aux émetteurs de calibrer leurs cibles et recommande d’adopter, pour la plupart des secteurs, des cibles fondées sur les émissions scope 1, 2 et 3. Par ailleurs, la Commission européenne a annoncé en juillet 2021 son projet d’élaborer un label pour les titres SLB. Ces initiatives sont susceptibles de consolider à terme les émissions sous le format SLB et d’améliorer l’évaluation de la pertinence des cibles.
Pour les secteurs les plus polluants, le projet européen d’atteinte de la neutralité carbone en 2050 crée des mécanismes de décarbonation plus efficaces , notamment avec les quotas d’émissions et les marchés du carbone auxquels sont soumis un nombre croissants d’acteurs. Dans ce contexte, le choix d’un format SLB est une marque d’engagement supplémentaire des entreprises vers la transition.