Ces indicateurs extraits des prix de marché présentent deux avantages par rapport à d’autres mesures tirées d’enquêtes comme le SPF. D’une part, issus d’instruments cotés tous les jours sur les marchés, ils fournissent des mesures fréquentes et réactives des anticipations d’inflation. En particulier, ils permettent, sans attendre l’actualisation de prévisions, d’évaluer l’impact d’une nouvelle ou d’un choc sur les anticipations d’inflation. D’autre part, ils sont fondés sur des transactions réelles où les investisseurs s’exposent à un risque financier lié à la justesse de leurs anticipations. Ils ne sont ainsi pas sujets au risque de biais déclaratif ou de faible incitation à répondre précisément, comme c’est le cas dans les enquêtes.
Néanmoins, ces différentes mesures tirées des prix d’instruments de marché sont entachées de différents biais : notamment elles incorporent, outre l’anticipation d’inflation, une prime de risque (variable) dédommageant les acheteurs de ces instruments pour leur exposition au risque d’une inflation plus élevée qu’anticipé. La liquidité quelquefois limitée de ces supports est une autre source de biais.
Déflation, désancrage : élévation des risques en 2012 puis en 2014
Les anticipations d’inflation jouent un rôle important pour évaluer l’efficacité de la politique monétaire. L’Eurosystème a pour objectif la stabilité des prix, définie comme une inflation inférieure à, mais proche de, 2% à moyen terme. Des anticipations à moyen terme s’écartant durablement de cette cible, à la hausse comme à la baisse, pourraient être le signe d’une perte de confiance des acteurs dans l’efficacité de l’action de la banque centrale ou dans la crédibilité de sa détermination à atteindre son objectif.
Un tel risque est apparu dans la zone euro à partir de 2014 dans un contexte de reprise macroéconomique fragile après la crise souveraine, puis de baisse du prix du pétrole. Le taux d’inflation a glissé graduellement vers une valeur proche de zéro au début de 2015. Dans le même temps, la baisse d’indicateurs d’inflation anticipée à long terme a laissé présager un risque de désancrage des anticipations, et la possibilité d’une dynamique d’inflation faible, voire de déflation. Ainsi, le coût d’une protection contre la déflation sur le marché des options a atteint un record de 276 points de base début janvier 2015, avant l’annonce du programme d’achats de titres du secteur public (PSPP). Le précédent pic, de 270 points de base en juin 2012, avait correspondu à la crise souveraine européenne. Le taux d’inflation « 5 ans dans 5 ans » issu des swaps signalait un risque de désancrage, touchant un point bas à 1,3% en juillet 2016 (voir graphique 2). De plus, la tendance des marchés financiers à être plus pessimistes sur les perspectives d’inflation que les prévisionnistes professionnels, apparue début 2015, a persisté pendant presque 2 ans.