Mais avec des différences de législation entre la France et l’Allemagne
Dans les deux pays, le salarié reçoit une indemnité pour chaque heure chômée à hauteur de 60 à 84 % de son salaire horaire net. Cette indemnité ne peut cependant être inférieure au Smic horaire en France. La durée maximale d’indemnisation est désormais limitée à douze mois en France, dans la limite de 1 607 heures par salarié et par an, et peut être allongée par décret en Allemagne, selon la situation conjoncturelle du pays ou d’un secteur en particulier.
Il existe trois différences principales en termes de législation entre la France et l’Allemagne, atténuées depuis la crise du Covid-19. Premièrement, l’activité partielle comprend les contrats atypiques comme les CDD et les intérimaires en France, alors qu’en Allemagne, elle ne concerne pas les mini-jobs et les intérimaires n’ont été pris en compte qu’à partir d’avril 2020. Deuxièmement, le paiement s’effectue par l’entreprise en France, celle-ci étant ensuite remboursée par l’État et l’Unédic (à hauteur de 7,23€/h pour les entreprises de plus de 250 salariés et 7,74€/h pour les plus petites ; à noter que l’indemnité est intégralement prise en charge depuis le 17/03). En Allemagne, l’allocation est intégralement prise en charge par les pouvoirs publics, allégeant ainsi les contraintes financières des entreprises. Cette différence est susceptible d’expliquer le recours plus soutenu à l’activité partielle en Allemagne en 2009. Troisièmement, le niveau des difficultés est laissé à l’appréciation de l'administration en France, alors que le dispositif allemand comprend des seuils de déclenchement du recours à l’activité partielle en termes de proportion d’effectif et/ou d’heures concernées, ce qui permet de mieux cibler les entreprises en difficultés. L’entreprise doit également avoir épuisé toutes les autres options pouvant l'aider à éviter le recours à l’activité partielle. Ces conditions ont été partiellement relâchées depuis la crise du Covid-19.
Un dispositif plébiscité dans une Europe confinée
En Europe, l’activité partielle constitue une mesure phare de lutte contre la crise liée au Covid-19. De nombreux pays européens ont engagé des réformes de ce dispositif ou l’ont créé (Grèce, Suède). Le dispositif est ainsi généralement plus généreux à l’égard des salariés et/ou des entreprises (Autriche, Belgique, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni), la procédure est simplifiée (Autriche, Espagne, Finlande) ou l’assiette a été élargie pour bénéficier à certaines catégories de salariés exclues jusque-là (Espagne).
En vue d’encourager ces initiatives, la Commission Européenne a d’ailleurs annoncé le 2 avril 2020 l’instauration d’un mécanisme d’assistance financière destiné à protéger les emplois menacés par la pandémie. Il serait doté d’une enveloppe de 100 Md€ octroyée sous forme de prêts à des conditions avantageuses aux États membres pour encourager la création ou l’extension de dispositifs nationaux tels que l’activité partielle.
Cependant, s’il permet la sauvegarde de l’emploi, le dispositif d’activité partielle peut également être assorti d'effets pervers, notamment s’il est utilisé de manière prolongée en dehors de périodes de crise. Certaines entreprises n’ayant pas de difficultés peuvent être tentées d’y recourir pour des raisons de profitabilité, grevant les finances publiques pour un effet négatif sur les heures travaillées sans gain pour l’emploi (effet d’aubaine). D’autres, en difficultés structurelles, seraient tentées d’y recourir et ainsi de retarder voire d’empêcher la réallocation de leur main-d’œuvre vers des secteurs d'activité plus productifs. Ces effets négatifs entrainent une perte de production agrégée par rapport à l'optimum social (Cahuc et Nevoux, 2018 ; Cooper et al., 2017). Cependant, ces effets restent relativement faibles au regard des bénéfices de l’activité partielle en temps de crise.