Bulletin de la Banque de France

La percée historique du livret d’épargne populaire

31 Octobre 2023
Auteurs : Marie-Laure Barut-Etherington, Charlotte Bellon, Valentine Salmon, Franck Sédillot

Bulletin no 248, article 9. Lors de la révision des taux des livrets d’épargne réglementée en juillet 2023, le ministre de l’Économie et des Finances a retenu deux mesures en faveur du livret d’épargne populaire (LEP), proposées par le gouverneur de la Banque de France : un taux à 6 % pour les six prochains mois, au lieu des 5,6 % de la formule de calcul, et le relèvement de son plafond de 7 700 à 10 000 euros.

Ce livret, dont le rendement est entièrement protégé de l’inflation, connaît un véritable succès, avec une collecte cumulée de 11 milliards d’euros entre août 2022 et août 2023. Alors que la barre des 10 millions de LEP a été franchie en août 2023, l’objectif affiché est d’atteindre au moins 12,5 millions de comptes à l’été 2024. Étudier le profil des détenteurs du LEP fait ressortir des marges de progression au sein de la population éligible.

Image Bulletin No. 248, article 9
La percée historique du livret d’épargne populaire

En juillet 2023, le livret d’épargne populaire (LEP) a bénéficié de deux gestes marquants : une rémunération maintenue à 6 %, au rebours du taux à 5,6 % issu de la formule, et un plafond de dépôt relevé de 7 700 euros à 10 000 euros. Ces deux mesures, couplées à une mobilisation renforcée des banques, devraient stimuler le taux de détention du LEP, avec pour objectif d’atteindre au moins 12,5 millions de LEP d’ici l’été 2024, soit plus des deux tiers des 18,6 millions de personnes éligibles.

Ce livret, créé en 1982 dans un contexte de forte inflation et de perte du pouvoir d’achat, a été jusqu’à présent peu étudié comme outil au service de l’épargne populaire, le livret A restant le produit phare des Français.

Or, dès l’origine, la mise en place de ce produit s’est heurtée à la question de la capacité d’épargne au sein de ces ménages aux revenus d’activité modestes. Dans le contexte actuel de lutte contre l’inflation et d’inquiétude des ménages sur le maintien de leur pouvoir d’achat, revenir sur les origines de ce livret, son évolution et ses détenteurs permet d’éclairer davantage la notion d’épargne populaire, fondement du modèle français de l’épargne réglementée.

1 Une nouvelle dynamique s’est enclenchée en 2022

La protection de l’épargne populaire

Le LEP est adopté le 27 avril 1982 avec pour objectif « d’aider les personnes aux revenus les plus modestes à placer leurs économies dans des conditions qui en maintiennent le pouvoir d’achat » (art. 1). La genèse de ce livret s’inscrit d’une part dans une longue tradition sociale (cf. encadré 1), mais répond aussi à une interrogation plus large face à l’érosion progressive de l’épargne dans un contexte fortement inflationniste. En effet, alors qu’en 1975 le taux d’épargne des ménages s’établissait encore à 19 %, il passe à 15,9 % en 1979, puis à 14,6 % en 1980 (Sénat, 1982). La mise en place d’un complément de rémunération en plus du taux de rémunération fixé sur celui du livret A, vise ainsi à protéger le pouvoir d’achat des dépôts (cf. encadré 2). Cet objectif se retrouve encore aujourd’hui : « Le compte sur livret d’épargne populaire est destiné à aider les personnes disposant des revenus les plus modestes à placer leurs économies dans des conditions qui en maintiennent le pouvoir d’achat » (art. L221-13 du Code monétaire et financier).

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