Dans l’ensemble, en dépit de la stabilisation observée après la Grande crise financière et qui a moins concerné la zone euro que le reste du monde, la plupart des économies sont actuellement beaucoup plus intégrées qu’en 2003 et peu de signes indiquent une inversion pure et simple du processus de mondialisation. Ces changements ont profondément influé sur le paysage dans lequel la politique monétaire opère, comme le met en évidence un rapport récent mené dans le cadre de l’évaluation de la stratégie de politique monétaire de la BCE.
Une synchronisation accrue des cycles économiques et financiers des différents pays
Les variables économiques et financières des différents pays sont en corrélation plus étroite dans un monde caractérisé par des liens commerciaux et financiers plus forts. Cette synchronisation est visible pour les variables réelles, telles que les cycles d’activité, et pour les variables financières. Les fluctuations des flux de capitaux et des prix des actifs risqués résultent de facteurs mondiaux qui sont communs aux différents pays. En particulier, l’inflation dans la zone euro affiche une synchronisation croissante avec celle des autres économies avancées, notamment en raison de la corrélation entre les composantes les plus volatiles de l’indice des prix à la consommation (IPC). En outre, l’analyse conclut que, en dépit de son incidence sur la détermination des prix et des salaires, la mondialisation a eu un effet de second ordre sur l’inflation tendancielle et sur l’aplatissement de la courbe de Phillips par rapport à d’autres facteurs tels que le désancrage des anticipations d’inflation. On peut notamment expliquer ce résultat – peut-être contre-intuitif – par le fait que, même si l’ouverture commerciale peut intensifier la concurrence et donc exercer une pression à la baisse sur l’inflation, elle est également associée à l’émergence d’entreprises "superstars" qui, opérant dans des contextes oligopolistiques, tendent à absorber les fluctuations de coûts dans leurs marges. En outre, malgré le doublement de la part de biens provenant de pays à bas salaires dans les dépenses de consommation de la zone euro depuis le début des années 2000, la contribution globale à la hausse de l’IPC a été relativement modeste car l’inflation dans ces pays a augmenté à un rythme comparable à celui de la zone euro (et même légèrement plus rapide) – cf. Balatti et al, (2021) pour une analyse détaillée de l’impact de la mondialisation sur l’inflation).
La mondialisation influe sur l’environnement dans lequel la politique monétaire opère
L’étude sur la mondialisation menée dans le cadre de l’évaluation stratégique conclut que l’intégration commerciale a contribué à stimuler la croissance de la productivité en améliorant l’allocation des ressources vers des pays, secteurs et entreprises plus productifs et en incitant à l’innovation technologique. Elle montre également que l’intégration financière explique dans une certaine mesure la baisse du taux d’intérêt naturel (le taux auquel l’inflation est constante sur le long terme, appelé r*) car elle accroît l’offre d’épargne mondiale et la demande mondiale d’actifs sûrs. Le taux r* a enregistré une baisse constante au cours des dernières décennies (Graphique 3, Banque fédérale de réserve de New York ) (Marx, Mojon et Velde, 2017 ; Brand, Bielecki et Penalver, 2018). Le rapport montre également que la mondialisation a été associée à une plus grande inégalité des revenus et de la richesse au sein des pays.