L’intelligence artificielle, un moteur de la demande de cuivre
L’adoption de l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement de l’intelligence artificielle générative, s’est accélérée depuis début 2023, avec l’ouverture de ChatGPT au grand public. Cette technologie présente à la fois des opportunités et des risques pour le secteur financier (Banque de France, 2024). Les investissements dans l’IA générative ont explosé, passant de 2,6 milliards de dollars en 2022 à plus de 20 milliards de dollars en 2023, au niveau mondial (Our world in data, 2024), et le nombre de brevets déposés utilisant de l’IA a fortement augmenté au cours des dernières années.
Cette accélération du développement de l’intelligence artificielle implique une hausse de la demande en composants électroniques utilisés dans les systèmes de stockage de données (puces, circuits imprimés), qui sont constitués de métaux comme l’or, le cuivre, le palladium et le platine. Parmi ces métaux, le cuivre a des propriétés essentielles aux systèmes électroniques, telles que sa conductivité électrique et sa résistance à la corrosion. Il est notamment utilisé au sein des centres de données pour l’alimentation électrique, les systèmes de refroidissement et la connectivité. À titre d’exemple, le centre de données de Microsoft à Chicago a nécessité 2 177 tonnes de cuivre pour sa construction. L’entreprise minière BHP a estimé qu’au niveau mondial, la demande annuelle de cuivre des centres de données dédiés à l’IA devrait être multipliée par 6 et atteindre 3 millions de tonnes à horizon 2050, soit environ 9 % de la demande globale en 2050, contre 500 000 tonnes en 2024 (BHP, 2024). Cette forte hausse de la demande pourrait créer des pressions sur le marché des métaux précieux et potentiellement, si elle est trop rapide, entrainer des risques de pénuries.
L’accélération de l’intelligence artificielle implique également une hausse de la demande en électricité avec la création de nouveaux centres de données pour le développement de nouvelles IA génératives. D’ici 2030, la consommation électrique de l’intelligence artificielle représenterait 3 à 4 % de la demande mondiale (S&P Global, 2023).
Les besoins en cuivre liés au développement de l’intelligence artificielle viennent renforcer les risques de déséquilibre entre offre et demande également identifiés dans le cadre de la transition énergétique. En effet, celle ci nécessite aussi des métaux, dont le cuivre, indispensable à la production d’énergies renouvelables (éoliennes, panneaux solaires), au stockage d’énergie (batteries) et aux infrastructure de recharge pour les véhicules électriques (Banque de France, 2023). La consommation annuelle de cuivre pour un système énergétique bas carbone devrait ainsi passer de 7,9 millions de tonnes en 2025 à 17,3 millions de tonnes en 2050, selon l'Agence internationale de l’énergie.
La hausse de la demande de cuivre pourrait engendrer des risques pour le marché du cuivre
Le marché du cuivre est particulièrement sensible au contexte macro-économique et aux risques géopolitiques. Il dépend notamment de la situation économique en Chine, qui représente plus de la moitié de la demande mondiale. Le ralentissement économique en Chine, notamment dans le secteur de l’immobilier qui constitue un important moteur de la demande, et les incertitudes autour des perspectives de reprise ont ainsi contribué à la hausse de la volatilité des cours du cuivre en 2024 (Graphique 2).
Graphique 2 : Cours du cuivre et volatilité 30 jours