Les Outre-mer : un terrain adapté à l’étude des effets sectoriels des catastrophes météorologiques
L’impact des catastrophes météorologiques (inondations, tempêtes, températures extrêmes) sur l’inflation fait l’objet d’une attention croissante de la part des décideurs publics, et notamment des banques centrales (Ciccarelli et al., 2023 ; Kotz et al., 2023 ; Cevik et Tovar Jalles, 2023). Néanmoins, si divers travaux ont exploré les effets de ces catastrophes sur le niveau moyen des prix, il existe peu d’analyses granulaires de leurs effets selon les produits. Or, les catastrophes météorologiques provoquent une combinaison complexe de chocs d’offre et de demande, qui n’affectent pas les prix de tous les produits de la même façon.
Les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) français constituent à cet égard un cas d’étude particulièrement utile pour comprendre l’effet des catastrophes météorologiques sur les prix. Tout d’abord ces territoires sont fréquemment touchés par des évènements météorologiques extrêmes : depuis 1965, Météo-France y a recensé plus d’une centaine « d’évènements mémorables ». En outre, pour quatre de ces territoires (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion), l’Insee publie depuis plusieurs décennies un indice local des prix à la consommation, ce qui n’est pas le cas pour les départements métropolitains. Gautier et al. (2023) utilisent la fréquence des évènements météorologiques extrêmes et la disponibilité de données locales de prix dans ces quatre DROM pour estimer plus précisément l’effet de ces évènements sur l’inflation entre 1999 et 2018.
Dans cette étude, nous combinons des données déclaratives sur les catastrophes naturelles (EM-DAT, à l’échelle internationale, et GASPAR, répertoriant les arrêtés de catastrophes naturelles au niveau municipal en France), avec des données météorologiques satellitaires (cf. Graphique 1). La combinaison de ces données vise à limiter certains risques de biais bien identifiés. En effet, les données déclaratives sur les catastrophes naturelles comportent des risques de sur- ou de sous-déclaration, qui dépendent notamment des conditions économiques locales (Grislain-Letrémy, 2022). Elles peuvent ainsi mesurer des catastrophes qui ne sont pas nécessairement liées à des phénomènes météorologiques de grande ampleur. Les données météorologiques sont quant à elles délicates à utiliser car elles ne fournissent pas mécaniquement d’indication sur les conséquences économiques des intempéries : le vent ou la pluie ne deviennent destructeurs que lorsque les niveaux enregistrés dépassent un certain seuil (non-linéarité des effets), et les dégâts qu’ils provoquent dépendent des caractéristiques géologiques et économiques des endroits où ils se manifestent. Nous combinons ces deux types de données pour ne sélectionner, parmi les catastrophes naturelles identifiées, que celles issues d’évènements météorologiques extrêmes.
Une hausse modérée des prix à la consommation, mais des effets hétérogènes selon les produits
Les catastrophes météorologiques induisent une hausse temporaire et modérée des prix à la consommation, avec un effet maximal de +0,5 pp au bout de deux mois. Les effets varient fortement entre biens et services. D’une part, les prix des produits alimentaires augmentent nettement comme l’illustre le Graphique 2, en particulier ceux des produits frais (+11 pp après deux mois contre +0,3 pp pour les produits transformés). D’autre part, les prix des biens manufacturés et des services diminuent de façon modérée, d’environ 0,2 pp. Enfin, les prix de l’énergie et du tabac, essentiellement administrés dans les DROM, ne réagissent pas de façon significative aux catastrophes météorologiques. Le détail par produit des données de prix à la consommation nous permet de décomposer totalement l’effet selon les composantes de l’indice de prix (Graphique 3).