Note : le choc d’activité représente la différence relative entre le chiffre d’affaires observé et le chiffre d’affaires contrefactuel simulé. Le choc est présenté en cumulé sur mars-décembre (courbe rouge), puis selon trois sous-périodes (histogramme) : mars-mai, juin-septembre et octobre-décembre.
Outre une différence d’intensité, les 1er et 2nd confinements diffèrent également par le nombre de secteurs significativement touchés (graphique 2) :
- le 1er confinement (mars-avril) constitue un choc généralisé, qui touche tous les secteurs, mais avec une ampleur variable. L’hôtellerie-restauration ou la fabrication de matériel de transport sont les secteurs les plus affectés. À l’inverse, le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) a le mieux résisté ;
- le constat est très différent lors du 2nd confinement (octobre-novembre) durant lequel le choc est plus localisé. Seuls certains secteurs sont touchés de manière significative, tels l’hôtellerie-restauration et les services à la personne (inclus dans les "autres services") tandis que, pour l’essentiel des autres secteurs, l’activité ne baisse que de façon plus limitée. Cet impact tient à la fois à des mesures de confinement moins strictes, et à l’adaptation des entreprises à ces nouvelles conditions d’activité à la suite du premier confinement.
Au-delà du choc sectoriel, des situations individuelles contrastées
Pour apprécier la variété des trajectoires individuelles en 2020, il faut la mettre en regard de ce qui se passe une année "normale". En effet, même en l’absence de choc majeur on observe une grande hétérogénéité d’évolution entre secteurs ainsi qu’entre entreprises d’un même secteur. Mais avec la crise de 2020, cette diversité de trajectoires est amplifiée.
Les deux graphiques 3a et 3b illustrent ces points. Le premier (3a) présente par secteur d’activité les principaux quantiles de la distribution des chocs d’activité en 2020, année exceptionnelle. Le second (3b) montre ces mêmes indicateurs lors d’une année "normale", en l’occurrence l’année 2019. Les chocs y apparaissent significativement dispersés. La médiane est relativement proche de zéro et certaines entreprises ont enregistré des évolutions plus favorables ou défavorables qu’attendu. Même si certains secteurs semblent avoir globalement eu en 2019 une activité meilleure ou moins bonne qu’anticipé par le contrefactuel, les différences entre secteurs ne sont pas massives.
La situation diffère en 2020 (graphique 3a) d’un triple point de vue. D’abord, l’ensemble de la distribution des chocs est translaté vers le bas, ce qui reflète la chute globale de l’activité et une proportion globalement beaucoup plus forte de reculs d’activité / chocs d’activité négatifs. En second lieu, les évolutions diffèrent notablement entre secteurs d’activité. Enfin, la dispersion au sein de chaque secteur est également plus importante en 2020 qu’en année normale.
Une contribution sectorielle un peu renforcée au pic de la crise
La plus forte hétérogénéité intra-sectorielle des chocs d’activité en 2020 peut traduire une plus forte prévalence de chocs de grande ampleur ou une inégale exposition ou adaptation à la crise des entreprises d’un même secteur. Elle peut aussi résulter du fait qu’au sein de certains secteurs d’activité, toutes les entreprises n’ont pas été contraintes de la même manière en 2020 : par exemple, dans le commerce, les décisions de fermetures administratives relèvent d’une définition sectorielle plus fine, fondée sur l’activité principale exercée par l’entreprise.
Pour caractériser la nature et l’importance de l’hétérogénéité sectorielle à un niveau très fin (code d’activité sur 732 positions), la variance globale des chocs individuels peut être décomposée en une composante inter-sectorielle (reflétant la dispersion des chocs entre secteurs à un niveau fin) et une composante intra-sectorielle. Au plus fort de la crise (avril 2020), la dimension sectorielle n’explique pas plus de 20 % de la variance des chocs. La dimension sectorielle joue un rôle nettement plus important que lors d’une année normale (moins de 5 % sur un mois donné en 2019). Cependant, même en raisonnant à ce niveau très granulaire, elle n’explique qu’une part limitée de la dispersion des chocs d’activité. Le rôle du secteur est également plus marqué dans les secteurs davantage contraints par des mesures administratives spécifiques (par exemple, l’hébergement-restauration) que dans ceux qui n’ont été affectés que par des mesures générales : la part de variance expliquée par le secteur en 2020 pour les premiers est 6 fois supérieur à son niveau de 2019 contre seulement 2 fois pour les seconds.
Mieux comprendre les déterminants de la résistance ou de la vulnérabilité des entreprises face à la crise au sein d’un même secteur est une piste prometteuse pour tirer les leçons de cette crise. Les facteurs ayant contribué à la résilience de certaines entreprises (numérisation, localisation, réaménagements du mode d’activité, etc.) sont certainement porteurs d’enseignement plus généraux sur l’évolution souhaitable du tissu économique.
Enfin, du point de vue des politiques publiques, ces constats suggèrent que, si l’appartenance sectorielle joue un rôle plus important que d’habitude, il peut difficilement être le seul critère à considérer pour la définition des politiques de sortie de crise.