Le taux d’épargne des ménages français a atteint des niveaux historiquement élevés durant la crise Covid. Si l’« épargne forcée » a diminué avec la levée des restrictions sanitaires, le taux d’épargne n’est pas revenu à son niveau pré-crise. À fin 2024, il est supérieur de plus de 3,5 points à son niveau de fin 2019.
Nous étudions plusieurs facteurs possibles du maintien du taux d’épargne en France à un niveau élevé. Tout d’abord, nous examinons des facteurs « fondamentaux » liés au comportement du consommateur, à savoir les mécanismes de lissage de la consommation par les ménages face aux fluctuations de leur revenu, ainsi qu’à la substitution intertemporelle entre consommation et épargne. Deuxièmement, l’étude porte sur l’effet de la composition du revenu disponible des ménages, influencée entre 2022 et 2024 par le dynamisme des revenus du patrimoine. Nous nous intéressons ensuite aux pertes inflationnistes sur le patrimoine des ménages en 2022 et 2023, qui peuvent affecter leur comportement d’épargne. Enfin, nous analysons comment l’incertitude a pu susciter une épargne de précaution.
Ces différents facteurs, quantifiés séparément, ne se cumulent pas nécessairement et peuvent recouvrir des déterminants communs (inflation, réponse de la politique monétaire, etc.). Ils permettent toutefois d’élaborer une vue d’ensemble macroéconomique sur la consommation des ménages, avec des implications pour les projections de moyen terme de la Banque de France.
1 Le récent décalage entre revenu permanent et revenu courant aurait incité les ménages à accroître leur taux d’épargne
Les comportements de lissage des fluctuations du revenu et des mécanismes de substitution intertemporelle entre consommation présente et future, ont pu contribuer à la hausse du taux d’épargne. Le modèle FR-BDF (Lemoine et al., 2019), utilisé à la Banque de France pour les projections à moyen terme et les simulations de politiques ou de chocs macroéconomiques, est mobilisé pour estimer cet effet.
Dans ce modèle, les ménages cherchent à optimiser leur consommation intertemporelle en fonction de leurs anticipations de revenus futurs – ou revenu permanent – et d’un écart de taux d’intérêt réels (par rapport à une cible de long terme). À court terme, la dynamique de la consommation dépend également des variations de l’écart de production et de la variation de l’écart de taux d’intérêt réel (cf. annexe 1).
Cette modélisation fait apparaître deux phénomènes. Le premier est un comportement de lissage dans le temps de la consommation des ménages face aux fluctuations de leur revenu. …