Une politique qui s’adapte face au retour de l’inflation
La politique monétaire s’adapte en fonction de l’objectif d’inflation de 2 % à moyen terme. Après une décennie 2010 marquée par les risques de déflation, entre la crise financière de 2007-2008 et la crise Covid, la résurgence d’une inflation plus interne à la zone euro en 2022 et 2023 a conduit à un net changement d’orientation.
Une première remontée des taux d’intérêt de 50 points de base (soit 0,5 %) a pris effet le 27 juillet 2022. Les taux directeurs ont ensuite été régulièrement relevés jusqu'à ce que le taux de la facilité de dépôt atteigne 4%, un niveau suffisamment restrictif pour freiner la demande et l'inflation, et éviter le risque d'une dérive à la hausse des anticipations d'inflation. À partir de juin 2024, les taux directeurs ont progressivement été abaissés, avec une dernière baisse le 11 juin 2025 qui a amené le taux de la facilité de dépôt à 2%. Face au regain d'inflation lié notamment à la crise au Moyen-Orient, la politique monétaire a de nouveau été resserrée en 2026, avec une première hausse des taux directeurs prenant effet le 17 juin. Dans un contexte économique incertain, chaque décision des taux est fondée sur l’évaluation des données économiques et financières disponibles, des perspectives d’inflation et des risques qui les entourent, sur l’évolution de l’inflation sous-jacente, et l’évaluation de la transmission de la politique monétaire. Depuis cette date, les taux directeurs, et donc les taux d’intérêt bancaires, ont été régulièrement relevés. L’objectif est d’atteindre des niveaux suffisamment restrictifs pour réduire l’inflation en freinant la demande, et d’éviter le risque d’une dérive persistante, à la hausse, des anticipations d’inflation.
Cette politique monétaire s’appuie sur une évaluation approfondie des risques pesant sur la stabilité des prix. Cette évaluation est basée sur un cadre analytique intégré reposant sur deux types d’analyses.
Une analyse économique
Les experts de la BCE utilisent une large gamme d’indicateurs économiques et financiers permettant d’anticiper l’évolution future des prix dans la zone euro : coûts salariaux unitaires, mesures de l’activité réelle, indicateurs de prix et de coûts, enquêtes auprès des entreprises et des ménages, indicateurs des conditions financières (taux de change effectif de l’euro, pente de la courbe d’intérêt, rendements obligataires, etc.). Le Conseil des gouverneurs de la BCE appuie également son diagnostic sur des projections macroéconomiques trimestrielles publiées par la BCE et la Banque de France, et préparées conjointement avec les économistes de l’Eurosystème, dont ceux de la Banque de France.
Une analyse monétaire et financière
Cette analyse vise à apprécier les tendances de l’inflation à moyen et long terme. Elle s’appuie sur une gamme d’indicateurs, notamment l’évolution de l’agrégat monétaire M3 – autrement dit la masse monétaire globale en circulation dans l’économie de la zone euro – dont la croissance doit rester compatible avec le maintien à moyen terme de 2 % de hausse des prix.
La prise en compte du changement climatique
Lors de la révision de la stratégie monétaire de l’Eurosystème en 2021, le Conseil des gouverneurs a reconnu que le dérèglement climatique avait des conséquences sur la stabilité des prix. En conséquence, le Conseil a adopté un plan d’action visant à intégrer les facteurs climatiques dans les évaluations de la politique monétaire, à accroître ses capacités d’analyse dans ce domaine, à adapter la conception du cadre opérationnel de la politique monétaire et à mettre en œuvre des actions en rapport avec la déclaration et la communication relatives à la viabilité environnementale.
Une revue régulière du cadre de stratégie monétaire
Le Conseil des gouverneurs évalue à intervalles réguliers l’efficacité de sa stratégie et de son cadre de politique monétaire. Après la revue achevée en juillet 2021, une nouvelle évaluation, plus ciblée, a été achevée en juin 2025. Celle-ci a confirmé l'objectif symétrique de 2 % d'inflation à moyen terme, tout en tirant les enseignements du récent épisode de forte inflation. Elle renforce notamment la prise en compte de l'incertitude et des risques pesant sur les perspectives économiques, en s'appuyant notamment sur l'analyse de scénarios alternatifs lorsque cela est nécessaire. Elle prend également davantage en considération certains risques liés aux évolutions environnementales, notamment au changement climatique et à la dégradation de la nature. La prochaine évaluation de la stratégie est prévue en 2030. Parallèlement, la revue du cadre opérationnel achevée en 2024 a confirmé le pilotage de l’orientation de la politique monétaire en ajustant le taux d’intérêt de la facilité de dépôt, que la liquidité sera fournie par le biais d’une large gamme d’instruments et que les opérations principales de refinancement joueront un rôle central pour répondre aux besoins de liquidité des banques et continueront d’être menées via des appels d’offres à taux fixe avec allocation intégrale contre un vaste éventail de garanties.