Note : Le graphique présente un nuage de mots constitué des 30 mots les plus fréquemment utilisés d’après les "déclarations de politique monétaire en bref" de la BCE entre juillet 2021 et septembre 2022 et le document de la Banque d’Angleterre intitulé "Monetary Policy Report in a nutshell" entre novembre 2019 et août 2022. Plus les mots sont écrits gros et en gras, plus ils sont fréquents dans le texte.
Une évolution vers davantage de clarté
Afin de rendre leurs décisions de politique monétaire compréhensibles pour un public plus large, certaines banques centrales ont commencé à compléter la publication de leurs déclarations de politique monétaire par des résumés simplifiés utilisant un langage plus simple et des infographies ("communication à plusieurs niveaux"). Cette communication adaptée à différents publics a été initiée par la Banque d’Angleterre dès 2017. Davantage de banques centrales ont aujourd’hui adopté cette pratique, combinant des informations textuelles et visuelles destinées à des publics différents. L’idée est d’expliquer la politique monétaire en des termes plus simples, afin que le public comprenne pourquoi les décisions sont prises et ce qu’elles impliquent pour lui (cf. également Billet BDF 244).
Dans ce billet, nous analysons certaines caractéristiques de cette communication à plusieurs niveaux, en termes de niveau de complexité et de couverture des sujets dans les déclarations de politique monétaire de la BCE, de la Fed et de la Banque d’Angleterre.
Décisions de politique monétaire en langage clair
Depuis sa revue stratégique de juillet 2021, la BCE complète sa déclaration de politique monétaire par une autre "strate", une version visuelle ("Déclarations de politique monétaire en bref") destinée à un public plus large. Elle s’inscrit ainsi dans la tendance vers une communication de banque centrale "à plusieurs niveaux", les banques centrales choisissant des niveaux de strates différents pour leur communication. Depuis août 2015, la Banque d’Angleterre, par exemple, publie ses décisions sous la forme d’une synthèse (Monetary Policy Summary, MPS) à chaque réunion de politique monétaire. Depuis novembre 2017, la décision est également complétée, chaque trimestre, par un Rapport (Monetary Policy Report, MPR) publié en trois strates. La première explique la décision relative aux taux d’intérêt en format abrégé accompagné d’icônes. La deuxième "strate", intitulée "In a nutshell", est une synthèse visuelle du MPR, sous forme de vue d’ensemble plus approfondie, mais toujours brève, des principaux facteurs à l’origine de la décision. La troisième strate correspond au MPR intégral écrit dans un langage plus technique.
Le graphique 1 présente les 30 mots les plus utilisés dans la "déclaration de politique monétaire en bref" de la BCE et dans le "MPR in a nutshell" de la Banque d’Angleterre. Au-delà des mots classiques les plus utilisés tels que "inflation", "economy" (économie) et "interest rates" (taux d’intérêt), nous en observons également d’autres tels que "people" (personnes), "businesses" (entreprises), "help" (aide), "support" (soutien), "spend" (dépenser) et "jobs" (emplois). Ces mots sont plus simples que ceux les plus utilisés dans les déclarations de politique monétaire respectives, qui tendent à être plus techniques. Ils sont aussi essentiellement spécifiques à la communication "en bref" : dans cette strate, la décision de politique monétaire est expliquée sous l’angle de l’aide et du soutien qu’elle apporte aux personnes, aux entreprises et aux emplois.
Le graphique 2 montre que les déclarations de politique monétaire traditionnelles de la BCE, de la Banque d’Angleterre et de la Fed se caractérisent par un niveau de complexité élevé quand on l’évalue via des mesures de lisibilité telles que le test Flesch-Kincaid Grade, généralement utilisé pour estimer le nombre d’années d’éducation nécessaires pour comprendre un texte. En moyenne, nous observons que le score des déclarations de politique monétaire oscille autour de 15, ce qui signifie que 15 années d’éducation (soit un âge de 20-21 ans) sont nécessaires pour les comprendre. Cela contraste avec les versions "en bref" de la BCE ou "nutshell" de la Banque d’Angleterre, qui obtiennent un score inférieur à 8, correspondant à 8 années d’éducation, soit un âge scolaire de 13 à 14 ans.
À noter que même si la Fed n’a pas de communication à plusieurs niveaux formalisée pour ses décisions de politique monétaire, le score de lisibilité de sa déclaration de politique monétaire s’est sensiblement amélioré à la suite de sa revue stratégique en août 2020 (graphique 2). De même, à la suite de sa revue stratégique en juillet 2021, la BCE a elle aussi restructuré sa déclaration de politique monétaire pour expliquer en termes moins techniques comment et pourquoi les décisions sont prises.